Qui sera le champion du changement?

Thomas Mulcair a présenté Justin Trudeau comme la copie de Stephen Harper.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Thomas Mulcair a présenté Justin Trudeau comme la copie de Stephen Harper.

Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont lancé leur campagne en promettant d’être la voix du changement. À deux semaines du vote et à la veille du dernier débat de la campagne électorale, les deux chefs tentent encore de convaincre les électeurs qu’ils sont la seule et unique voix. Du côté néodémocrate comme du côté libéral, on essaie d’éclipser le rival en l’associant à l’ultime adversaire, Stephen Harper. Justin Trudeau pense comme lui en matière de pipelines ou de loi antiterroriste, scande Thomas Mulcair. Ce dernier promet comme Stephen Harper un budget équilibré et rien de neuf avant plusieurs années, martèle Justin Trudeau.

La stratégie du NPD ne pouvait pas être plus claire jeudi : changer le message, à tout prix. Hanté par sa position sur le port du niqab, Thomas Mulcair a voulu rappeler aux électeurs québécois ce qu’ils recherchaient lorsque la campagne électorale a été déclenchée, il y a deux mois : du changement.

« L’enjeu de cette élection, c’est de savoir si on veut un gouvernement qui est fermé, guerrier et pollueur, c’est-à-dire un gouvernement dirigé par Stephen Harper, ou si on veut un Canada responsable, tourné vers l’avenir, où on arrête de travailler contre la planète et on commence à travailler avec le monde », a clamé Thomas Mulcair en prononçant un discours à Montréal jeudi.

Conscient que c’est aux conservateurs — et dans une moindre mesure aux bloquistes — qu’a profité l’enjeu du niqab au Québec, M. Mulcair a dirigé l’essentiel de ses attaques vers Stephen Harper. Que fait-il de son rival libéral, qui semble avoir dépassé le NPD dans les derniers sondages ? Thomas Mulcair l’amalgame systématiquement au chef conservateur. Stephen Harper et Justin Trudeau « sont du même avis » sur la loi antiterroriste C-51, le pipeline Keystone XL ou les réductions d’impôts aux grandes entreprises, a-t-il répété sans relâche.

Plus question de causer niqab. Thomas Mulcair veut plutôt rappeler le bilan du chef conservateur, notamment en environnement. « Stephen Harper n’a pas d’objectifs de réduction des gaz à effet de serre, pas plus que Justin Trudeau et les libéraux d’ailleurs. Justin Trudeau baisse les bras et dit qu’on n’a pas besoin de cible, parce que c’est trop difficile. Ce n’est pas du changement, ça. C’est du pareil au même », a fait valoir M. Mulcair

Sondages défavorables

En coulisses, les néodémocrates refusent de s’inquiéter des coups de sonde. Il reste encore deux semaines à la campagne et une remontée conservatrice permet justement de vendre l’importance du changement. Un enjeu qui aide leur chef, selon eux. « Ce n’est pas de savoir qui est le mieux placé dans les sondages, mais qui est le mieux placé en matière d’expérience et de compétences », soutient un stratège. Un message qui sera repris dans une nouvelle publicité qui sera lancée au Québec lundi prochain.

Justin Trudeau n’a de son côté pas nié qu’il s’agissait encore d’une course à trois. Mais il a rejeté « la vision de Stephen Harper, qui dit que tout va bien, [qu’]on devrait continuer, [qu’]on devrait garder le cap ». Et celle de Thomas Mulcair « qui dit que ça prend du changement, mais seulement dans cinq ans, dans dix ans, pas tout de suite ». Le chef libéral a rappelé qu’il était le seul à promettre d’investir dès l’an prochain pour enregistrer des déficits d’ici 2019, contrairement à MM. Harper et Mulcair, qui font « le mauvais choix économique » en refusant de retarder l’équilibre budgétaire.

« Mes adversaires veulent faire de la politique d’attaques personnelles, de la politique de division, de peur », a reproché M. Trudeau en les accusant d’« essayer de distraire les gens » du fait qu’ils n’aient rien à offrir. « Et bien, je trouve qu’ils sont en train de manquer leur coup dans cette élection. »

Stephen Harper n’a pas tenu d’événement public jeudi. Il enregistrait lui aussi des publicités et se préparait au deuxième débat francophone et dernier débat de la campagne, organisé par TVA ce vendredi soir. Thomas Mulcair a beau vouloir arrêter de parler du niqab, il y a fort à parier que ses rivaux s’assureront de ramener le sujet.

Avec Karl Rettino-Parazelli

6 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 2 octobre 2015 07 h 49

    La question ne se pose plus et ne s'est jamais posée

    Mulcair peut bien parler, il ne fait pas le poids ou plutôt son parti ne fait pas le poids. Le NDP, c'est le parti de la troisième voix. Dans le ROC, le NDP demeure et reste un tiers-parti. Cette lubie du pouvoir lui vient de la vague orange mais cette vague n'a eu lieu qu'au Québec et pas ailleurs, même pas dans les Maritimes. Alors, arrêtons de parler « vote stratégique » dont la seule finalité est non pas d'empêcher l'élection du parti conservateur, mais plutôt celle de bloquer le Bloc. Voilà le vrai discours mensonger néo-fédéraliste des solidaires néo-démocrates.

    • Bernard Terreault - Abonné 2 octobre 2015 11 h 40

      Pourquoi est-ce que le NPD, identifié depuis des décennies à la social-démocratie, ne "pogne" pas dans la région atlantique, la région la plus pauvre du Canada? Peut-être parce que les libéraux fédéraux ont toujours su proposer juste ce qu'il faut de partage (péréquation, transferts pour la santé, assurance-chômage) pour les séduire.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 2 octobre 2015 13 h 13

      Ironie du sort, M. Terreault, avec l'histoire de déficit, c'est que le NDP s'est fait doubler sur sa gauche par le LPC.

    • - Inscrit 2 octobre 2015 14 h 47

      À M. Terreault: les pauvres ont toujours voté pour le riche de la place.

      À M. Boulanger: Le paradoxe, c'est que le PLC a vraiment doublé sur sa gauche le NPD. Alors, les maritimes vont voter libéral.

      Il en ressort que, grâce à Thomas-Tom, les provinces maritimes vont voter du bord de leur intérêts pour une fois ! Ils vont voter contre lui !

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 octobre 2015 14 h 40

    Il n'y a pas de débat pour le champion

    Tom est déjà le champion du changement ''de cap'' son bilan de carrière ou CV parle pour lui.

  • Colette Pagé - Inscrite 2 octobre 2015 17 h 29

    Un NPD associé au refus de l'égalité hommes / femmes !

    Désormais, si la tendance se maintient, le Canada sera dirigé par un gouvernement minoritaire pour le plus grand bien des électeurs. Dans ce contexte, l'opposition exercera un rôle déterminant. Par contre, le niqab a réduit à néant la possibilité que le NPD prenne le pouvoir et comme la lutte sera serrée entre le NPD et le PLC pour former l'opposition les prochaines semaines s'annoncent cruciales.

    Quant au BQ un grand nombre d'électeurs semblent avoir compris qu'ils ont intérêt à voter selon leurs convictions et à soutenir un parti qui défend exclusivement nos intérêts. Car, ne l'oublions pas, les partis fédéralistes une fois élus ont intérêt pour être réélu à défendre les intérêts du ROC au détriment souvent des intérêts du Québec.