Jusqu’à 60 000$ par année pour nourrir le Conseil des ministres

Photo: Wikipedia / CC

Le régime minceur imposé à l’État québécois n’a pas coupé l’appétit des gouvernants.

Au cas où les membres du gouvernement auraient un petit creux entre deux décrets, Québec met de côté 60 000 $ par année pour qu’on leur serve leurs plats favoris lors des réunions du cabinet, selon des documents obtenus du Conseil exécutif par La Presse canadienne.

C’est donc dire que chaque séance hebdomadaire du Conseil des ministres peut entraîner une facture de près de 1500 $, en frais de traiteur.

À ce rythme, durant le présent mandat du gouvernement Couillard (soit d’avril 2014 à octobre 2018), les casse-croûte pris autour de la table du Conseil des ministres auront coûté au total jusqu’à 270 000 $ de fonds publics.

Gouverner le Québec peut donc à la fois creuser l’appétit et creuser un trou dans les finances publiques, mais personne au gouvernement ne semble savoir ou vouloir dire en vertu de quel principe, en période de contrôle serré des dépenses, la facture du traiteur est assumée par les contribuables.

«Question administrative »

Interpellé, le cabinet du premier ministre a estimé qu’il s’agissait d’une « question administrative », relevant donc du Secrétariat du Conseil exécutif.

Au Secrétariat du Conseil exécutif, on a répondu que « nous fournissons le repas à des ministres qui sont en séance de travail sur l’heure du midi, ce qui est conforme aux pratiques en vigueur », a indiqué l’adjointe au directeur général adjoint du Secrétariat à la communication gouvernementale, Caroline Fraser.

Le budget de 60 000 $ est destiné exclusivement à calmer la faim des ministres et du premier ministre durant les séances hebdomadaires du cabinet.

Le Conseil exécutif, qui est le ministère du premier ministre, a budgété la somme de 60 000 $ au printemps 2014, puis a récidivé avec un montant supplémentaire de 60 000 $ en avril 2015, pour l’année en cours. Le document est signé par le secrétaire général du gouvernement, Juan Roberto Iglesias.

Les séances du cabinet ont lieu en général tous les mercredis à 11 h. Du 1er avril 2014 au 31 mars 2015, le gouvernement Couillard s’est réuni à 56 reprises au total, en séances régulières et spéciales, soit un peu plus d’une fois par semaine. Durant cette période, on a fait appel aux services d’un traiteur 41 fois.

Sur la base de 41 rencontres pour un budget maximal de 60 000 $, Québec prévoit donc que chaque séance du conseil des ministres pourrait coûter jusqu’à 1463 $ en frais de repas, soit environ 54 $ par personne.

La somme de 60 000 $ est un maximum autorisé, qui n’a pas été atteint l’an dernier. En 2014-2015, les agapes ministérielles ont coûté en fait 37 927,67 $. Pour chaque membre du gouvernement, la note du traiteur s’élève donc, en moyenne, à 1404 $ en petits plats gratuits pour l’année.

Le Conseil des ministres est formé du premier ministre et de 26 ministres.

Le Conseil exécutif fait affaire, en rotation, avec huit traiteurs différents de Québec : le Buffet Clémentine, qui promet une « expérience gastronomique sans égal », le Buffet Maison, La Cabane, dont la spécialité est le homard, Morena, traiteur de cuisine méditerranéenne, Je Reçois Traiteur, Pain Passion, Pomme Grenade et Vitalité Traiteur, qui prétend offrir aux convives « une cuisine raffinée et distinctive ».

5 commentaires
  • Christina Berryman - Abonnée 28 septembre 2015 04 h 54

    Le parlementaire

    N'y a-t-il pas un restaurant au parlement qui pourrait jouer le rôle de traiteur tout en conservant le homard au menu bien sûr?

  • Gilles Delisle - Abonné 28 septembre 2015 08 h 44

    Oui, madame!

    Il existe un excellent restaurant au Parlement: Le parlementaire. Mais là, le client doit payer de sa poche! Alors, pourquoi donc la séance commence-t-elle à 11h00, plutôt qu'à 13h30, par exemple? Ce qui économiserait 60 000.$ par année, mais cà, Lucienne n'y avait pas pensé!

  • Jean Richard - Abonné 28 septembre 2015 09 h 06

    Les pratiques en vigueur

    « nous fournissons le repas à des ministres qui sont en séance de travail sur l’heure du midi, ce qui est conforme aux pratiques en vigueur » – Il est vrai que certaines conventions collectives prévoient des allocations de repas (bien inférieures à 54 $ quand il s'agit du repas du midi), mais des conditions s'appliquent. Par exemple, un employé retenu au travail alors que ce n'était pas prévu, et pour une durée dépassant (largement) la période normale des repas aura droit à une allocation, mais ce ne sera pas le cas si c'était prévu avant qu'il ne se présente au travail.

    Or, si les clauses des conventions collectives des travailleurs étaient appliquées aux parlementaires, ils n'auraient probablement pas droit aux repas gratuits. Il faudrait donc que le Secrétariat du Conseil exécutif ajuste sa notion de pratiques en vigueur.

    Rares sont les travailleurs touchés par l'austérité qui mettent du homard dans leur boîte à lunch.

    • Paul St-Pierre - Inscrit 30 septembre 2015 12 h 39

      Bonjour Monsieur Richard,

      À votre commentaire, j'ajouterais ceci: pour bénéficier de l'allocation, un employé du secteur public doit être en affectation à l'extérieur de son territoire, sinon on considère qu'il lui est possible de dîner à son lieu de travail, et ce même s'il est en transit entre deux points de service.

      Puis, comme vous le releviez, cette allocation est bien inférieure à 54$: les normes locales des conventions collectives prévoient qu'elle est généralement au maximum de 20$, incluant le pourboire. L'employé doit fournir les pièces justificatives (ce qui est bien normal!) et assumer tout dépassement de coûts.

      Mais comme disait l'un de mes oncles: "Quand tu es valet, tu n'es pas roi!".

  • Yves Corbeil - Inscrit 28 septembre 2015 11 h 41

    Le tour de taille n'est pas soumis à la même rigueur pour tous le monde avec ce gouvernement libéral.

    Merci pour ces renseignements utiles pour les prochaines élections provinciale. Les électeurs doivent connaitre toutes les malversations de ceux qui les dirigent et c'est votre devoir de les rapportées pour qu'une démocratie éclairée soit pratiqué chez nous.

    Merci Mme Richer