Thomas Mulcair insiste sur le niqab

Thomas Mulcair était à Montréal pour rencontrer le maire Denis Coderre, mercredi. M. Coderre a réitéré qu’il était pour l’interdiction du port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Thomas Mulcair était à Montréal pour rencontrer le maire Denis Coderre, mercredi. M. Coderre a réitéré qu’il était pour l’interdiction du port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté.

Prenant acte du malaise qui s’installe au Québec sur le port du niqab, Thomas Mulcair a senti le besoin de justifier sa position, la réitérant avec encore plus de fermeté. Tout ce débat est une question de droits et libertés, et les politiciens n’ont pas à dire à qui que ce soit comment s’habiller, a tranché le chef du NPD.

Tous les chefs ont pris une pause électorale mercredi, afin de se préparer au premier débat des chefs en français le lendemain. Tous, sauf Thomas Mulcair, qui a tenu à faire le point sur la délicate question du niqab, en voie de devenir une épine dans le pied des néodémocrates.

Le chef du NPD s’est présenté en rassembleur, défendant la Charte des droits et libertés, qui a d’ailleurs été soutenue tant par des fédéralistes sous Robert Bourassa que par des souverainistes sous René Lévesque, a-t-il noté.

« Et là-dessus, je veux être clair : personne n’a le droit de dire à une femme ce qu’elle doit porter ou ne pas porter », a statué M. Mulcair.

Le NPD ne se fait pas d’illusion, il voit bien que le sujet est source de tensions au Québec — où il espère conserver autant que possible ses 54 sièges et où sa position est contraire à l’opinion d’une majorité de la population qui s’oppose au port du niqab pendant les cérémonies de citoyenneté. Les néodémocrates admettent que c’est pour y répondre, et calmer le jeu, que leur chef a pris la peine de faire un discours d’une vingtaine de minutes sur la question mercredi. Mais il n’y a pas lieu de paniquer, disent-ils, car les données internes du NPD démontrent que ce n’est pas la priorité des électeurs.

Reste que quelques-unes de leurs pancartes ont été vandalisées à Montréal, pour y inscrire le mot « islam » ou encore pour peindre un niqab sur les candidats.

« Je sais fort bien aussi ce qu’on reproche au NPD dans ce débat, et ce qu’on me reproche, a admis M. Mulcair. Je ne suis pas naïf, je sais que les questions identitaires sont complexes. » L’égalité homme-femme, il y tient « absolument ». Et il comprend que le port du niqab « puisse créer un malaise et même de la colère, […] qu’on puisse y voir un symbole d’infériorité et d’oppression envers les femmes. […] Mais si certaines de ces femmes sont opprimées, il faut les aider et ce n’est pas en les privant de leur citoyenneté canadienne et de leurs droits qu’on va y arriver », a-t-il fait valoir.

Un débat « toxique »

Voulant s’élever au-dessus de la mêlée, M. Mulcair a déploré que la campagne électorale ait « pris un tournant négatif, plus vicieux et plus diviseur que jamais ».

Il blâme les conservateurs de Stephen Harper, qui ont annoncé, au fil de quelques jours afin d’étirer le sujet, qu’ils iraient jusqu’en Cour suprême pour interdire le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté, qu’ils demanderaient que soit suspendue la décision de la Cour inférieure invalidant cette interdiction, et qu’ils présenteraient dès leur réélection un projet de loi pour régler l’affaire.

« La question du niqab est la dernière en date dans le sac à malices des conservateurs », a reproché le chef du NPD. M. Harper « s’est même trouvé un allié improbable du côté du Bloc », a-t-il suggéré, en déplorant la « caricature publicitaire » du parti souverainiste qui, sentant l’occasion de faire des gains électoraux, a dénoncé la position néodémocrate sur le port du voile intégral. « C’est la goutte de trop. Je retourne au Bloc », concluait la publicité bloquiste. Il y a fort à parier que le chef Gilles Duceppe tapera sur ce clou au débat des chefs de ce jeudi.

Bloquistes et conservateurs refusent qu’une demanderesse de citoyenneté prête serment voilée. Libéraux et néodémocrates défendent les droits et libertés individuelles de ces femmes et les deux partis annuleraient l’appel du fédéral en Cour suprême s’ils étaient portés au pouvoir.


 
11 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 24 septembre 2015 06 h 03

    Un simple choix vestimentaire?

    Je ne sais pas si Tomas Mulcair a un fils, mais accepterais-t-il que celui-ci porte le costume du Klu Klux Klan sous prétexte que c'est une question de droits et libertés?

    Quels autres costumes peut-on mettre pour cette cérémonie de citoyenneté? Un costume de clown?, un uniforme nazi?, y aller tout nu?

    Il est clair que le niquab est un symbole qui dérange 90% des Québécois, et on se demande pourquoi Mulcair préfère plaire à des extrémistes religieux qu'à 90% des Québécois.

    Ça réagit très fort sur les réseaux sociaux, les gens sont choqués d'une telle position.

    Quand on connait la barbarie et l'intolérance que représente un tel symbole, il est bien difficile d'être d'accord avec Mulcair pour en faire une simple question de choix vestimentaire.

    • Loraine King - Abonnée 24 septembre 2015 08 h 31

      Vous présentez le meilleur exemple. Il y a des symboles qui dérangent plus que d'autres. Le principe devrait être l'interdiction de voiler son identité dans l'espace public. Celà devait être non seulement proscrit de prêter serment le visage couvert d'une cagoule pointue blanche ou d'un niqab, mais ce devrait l'être point, incluant le port de cagoules lors de manifestation. Les masques d'Halloween sont dangereux et encourage depuis des années les parents à maquiller les enfants plutôt que de leur acheter des masques.

      Le froid est quantifiable au Canada - qu'on s'entende sur un degré passé lequel on peut protéger son visage du froid.

      La seule exception, est c'est la source des accommodements raisonnables, seraient pour les personnes handicappées, dont le visage est attaqué par la maladie ou qui sont vulnérables quand ils se promènent le visage découvert.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 24 septembre 2015 07 h 00

    Mulcair se démasque !

    « Et là-dessus, je veux être clair : personne n’a le droit de dire à une femme ce qu’elle doit porter ou ne pas porter », a statué M. Mulcair. Voilà l'autre qui voit dans le port du niqab un combat de féministes musulmanes. Mais c'est le monde à l'envers. Mulcair s'empêtre dans ses sophismes pour plaire au plus grand nombre. On appelle ça, faire le joli-coeur. Et faire le joli-coeur n"a que pour but d'abuser les personnes à qui on s'adresse. Voilà le véritable visage de Mulcair. Je lui laisserais même pas mon chien pour la promenade.

  • Marc Lacroix - Abonné 24 septembre 2015 07 h 41

    Défendre les droits et libertés ?!?

    Mulcair défend — une forme — de charte des droits et libertés, pas les droits et libertés. Dans sa forme actuelle, la charte des droits et libertés canadienne fait table rase des valeurs actuelles de la société canadienne pour protéger les droits et libertés ( D et L) des individus. Cette protection se fait sans que soit établi de hiérarchie de D et L, si bien que la charte va protéger les droits religieux d'une personne X, même si la religion de cette personne impose des valeurs qui viennent en contradiction avec des valeurs importantes de la société comme l'égalité des sexes ou l'interdiction de la discrimination envers les gays et lesbiennes...

    La vision défendue par Mulcair, comporte une profonde contradiction, elle protège des personnes (dites religieuses, pouvant provenir de tous les milieux, même intégristes) contre la société. Ces mêmes personnes peuvent être profondément intolérantes, prôner ouvertement que la femme doit être soumise à l'homme... Rien n’y fait, même les intégristes seront protégées par la charte, qui dit vouloir protéger de la discrimination — l'intolérant est protégé de "l'intolérance" de la société —, problème.

    Si les D et L étaient clairement hiérarchisés, nous pourrions éviter cet écueil qui à l'heure actuelle transforme notre société en société d'accueil "sans colonne vertébrale".

    Un symbole fort comme le niqab qui vient en contradiction avec le principe de l'égalité des sexes de prôné dans notre société si la charte précise que les droits religieux ne doivent pas remettre en cause certains droits fondamentaux comme l'égalité des sexes.

    Aucun parti politique, n'a osé discuter du sujet au Canada, car admettons-le, le sujet est délicat !

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 septembre 2015 08 h 07

    L'origine du problème : la politique migratoire des Conservateurs

    La question du port du niqab doit être réglée sur une loi générale qui interdit le port d’un masque sur la voie publique, à moins de raisons climatiques ou médicales (avec une exception particulière pour les enfants à l’halloween).

    Évidemment, cette loi invoquera la cause dérogatoire puisqu’elle limitera une croyance religieuse.

    Par contre, adopter une loi spécifiquement pour interdire un vêtement très précis durant une cérémonie qui dure 20 minutes, c’est aberrant.

    Il n’y a aucune raison de permettre le port de la cagoule par un _homme_ dans le métro (qui pourrait être un évadé de prison circulant librement) comme il m’est arrivé d’en voir, mais d’interdire le port niqab par une _femme_ durant une courte cérémonie à laquelle seulement des familles assistent.

    Si on ne veut pas de femmes portant de niqab au pays, on cesse l’immigration de peuples dont les femmes portent ce vêtement dans leur pays d’origine.

    Pour des raisons idéologiques, le gouvernement Harper a permis l’immigration de 25,00 à 35,000 Pakistanais (dont environ 10,000 femmes portant le niqab). Conséquemment, il est normal qu’on finisse par en voir sur la rue et ultimement, aux cérémonies de citoyenneté.

    http://www.lapresse.ca/actualites/national/201005/

  • Jean Lapointe - Abonné 24 septembre 2015 08 h 20

    Ce n'est pas qu' une façon de s'habiller parmi d'autres.

    « Et là-dessus, je veux être clair : personne n’a le droit de dire à une femme ce qu’elle doit porter ou ne pas porter », a statué M. Mulcair.

    C'est pour le moins réducteur. Ce n'est pas qu'une simple façon de s'habiller parmi d'autres.

    Même si ce ne sont que quelques femmes portant la burka qui sont concernées, cela n' en réduit pas l'importance.

    Je ne pense pas me tromper en disant que pour la plupart d'entre nous au Canada et au Québec, le port de la burka nous apparaît comme une aberration.

    Nous n'arrivons pas à concevoir qu'une femme puisse accepter de porter un tel accoutrement. C'est comme si ces femmes ne voulaient pas exister en tant qu'être humains uniques. C'est comme si elles voulaient se confondre dans le paysage.

    Pour nous qui tenons tellement à affirmer notre individualité, nous trouvons cela inconcevable.

    Si nous y tenons est-ce que ce n' est pas parce que c'est une conquête à laquelle nous tenons mordicus et que nous ne voulons pas revenir en arrière.

    Et cela concerne autant les hommes que les femmes. Il y a aussi des hommes qui se soumettent à l'autorité d'un chef au lieu de s'affirmer comme individus.

    Est-ce que ce n'est pas justement les aider, comme le dit Mulcair lui-même, que d'exiger d'elles qu'elles se découvrent au moins le visage lors de leur assermentation?

    Elles y prendraient peut-être goût alors. C'est peut-être une occasion de leur faire prendre conscience qu'elles ont le droit d'exister en tant qu'individus au lieu de rester anonymes.