La réforme n’a pas mené au désastre redouté

La réforme de l'assurance-emploi imposée par le gouvernement Harper avait soulevé la colère au pays.
Photo: Thierry Haroun Le Devoir La réforme de l'assurance-emploi imposée par le gouvernement Harper avait soulevé la colère au pays.

Les groupes de défense des chômeurs sont heureux de voir les néodémocrates, les libéraux et les bloquistes proposer des solutions pour améliorer l’accessibilité à l’assurance-emploi, mais admettent que la réforme imposée il y a deux ans par le gouvernement Harper n’a pas eu les effets dévastateurs redoutés au départ.

La réforme conservatrice entrée en vigueur en 2013 a notamment créé trois catégories de prestataires et redéfini ce qu’est un « emploi convenable ». En théorie, la nouvelle définition oblige les prestataires fréquents à être moins sélectifs dans leur recherche d’emploi, sous peine de se faire retirer leurs prestations.

Or, dans une étude publiée l’an dernier, un comité consultatif mandaté par les provinces de l’Atlantique concluait que les impacts de cette réforme ne s’étaient pas fait sentir aussi durement que prévu dans l’est du pays, du moins pour l’instant.

Le constat est le même au Québec, explique José Bazin, du Mouvement action-chômage de Montréal. En deux ans, seulement quatre personnes ont fait appel au mouvement en raison des changements évoqués.

M. Bazin perçoit davantage la réforme Harper comme une arme prête à être utilisée. « C’est un gros bazooka qui peut faire en sorte qui si tu n’élargis pas tes recherches, tu perds tes prestations d’assurance-chômage. »

Le porte-parole du Conseil national des chômeurs, Pierre Céré, estime que lui aussi que les changements législatifs ont surtout eu pour effet de semer la peur. « On a beaucoup de témoignages d’employeurs qui ont de la difficulté à trouver des travailleurs », explique cet ancien candidat à la chefferie du Parti québécois. Conséquences immédiates ou pas, le problème, ajoute M. Céré, c’est que « la table est mise » pour un resserrement administratif néfaste. Le NPD, le PLC et le Bloc ont promis à différents degrés de mettre au rancart la réforme Harper.

Cotisations

Les différents partis en campagne électorale se sont également prononcés sur le taux de cotisation à l’assurance-emploi : les néodémocrates et les bloquistes veulent le conserver à 1,88 $ par tranche de 100 $ de revenu, les libéraux souhaitent l’abaisser à 1,65 $ et les conservateurs entendent le faire passer à 1,49 $ en 2017.

« Nous sommes très déçus, parce que geler les cotisations ou encore pire, les baisser, c’est cadenasser le régime à la baisse », déplore M. Bazin. Si l’accessibilité à l’assurance-emploi est améliorée, mais que les taux de cotisation demeurent fixes dans les prochaines années, la caisse pourrait se vider, craint-il.

« Il faut minimalement geler le taux de cotisation pour arriver à bonifier de bonne façon le régime », acquiesce Pierre Céré. Il souligne cependant que le « taux d’équilibre » pour financer le programme sans déficit ni surplus se situe à 1,62 $.

1 commentaire
  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 24 septembre 2015 06 h 48

    Ajout et précision

    Si le désastre concernant la définition de l'emploi convenable n'a pas (encore) eu lieu, celui concernant le Tribunal de la sécurité sociale (TSS) est bien réel. Nonobstant les membres/décideurs pour lesquels nous n'avons rien à reprocher, la mécanique administrative et juridique est une honte et une insulte au droit, à la justice et à l'intelligence. C'est ce qui doit être aboli.