Les chômeurs choyés par Mulcair

Thomas Mulcair était à Moncton mardi pour annoncer cette réforme majeure. Le taux de chômage au Nouveau-Brunswick est de 10,1%.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Thomas Mulcair était à Moncton mardi pour annoncer cette réforme majeure. Le taux de chômage au Nouveau-Brunswick est de 10,1%.

On peut dire que ce sera le clou de la plateforme électorale du NPD, du moins le morceau qui coûtera le plus cher au Trésor public. Le chef Thomas Mulcair promet de bonifier, à hauteur de 4 milliards de dollars par an, le programme d’assurance-emploi. Les chèques seront plus généreux et plus faciles à obtenir, au prix d’un gel des cotisations des travailleurs et de leurs employeurs pendant quatre ans.

« Le NPD restaurera l’équité. Nous protégerons les revenus de l’assurance-emploi de manière à ce qu’ils servent à payer des prestations plutôt qu’à servir de petit cochon au gouvernement », a lancé M. Mulcair alors qu’il se trouvait au Nouveau-Brunswick.

La réforme proposée serait profonde. D’abord, un gouvernement Mulcair abandonnerait les critères d’admissibilité à l’assurance-emploi variables selon la région et le taux de chômage qui y sévit. À l’heure actuelle, un employé doit, pour se qualifier, avoir travaillé entre 420 et 700 heures selon que le taux de chômage de sa région dépasse 13,1 % ou est en deçà de 6 %. Désormais, le critère serait de 360 heures partout. De la même manière, le montant des chèques versé aux chômeurs serait établi partout de la même manière, en se basant sur le salaire touché au cours de leurs 12 « meilleures semaines » de l’année, et non plus entre 14 et 22 semaines. Ces deux mesures coûteraient 1,6 milliard par année.

M. Mulcair s’engage aussi à annuler les réformes apportées au régime par le gouvernement de Stephen Harper en 2013 qui obligent les prestataires fréquents à être moins sélectifs dans leur recherche d’emplois. M. Mulcair offrirait aussi 500 millions de plus aux provinces pour bonifier la formation des travailleurs, ce qui permettrait, à son avis, de créer jusqu’à 90 000 occasions de formation de plus.

Un gouvernement Mulcair utiliserait aussi la caisse d’assurance-emploi pour bonifier les congés parentaux et de compassion. Ainsi, le second parent (généralement le père) pourrait prendre jusqu’à cinq semaines de congé sans raccourcir d’autant celui de la mère. En cas de grossesse multiple, le congé parental serait doublé. Le congé maladie passerait de 15 à 45 semaines. Enfin, les critères d’admissibilité aux congés de compassion de six mois pour prendre soin d’un proche malade seraient assouplis.

Une pluie de milliards

Au total, le NPD promet de verser 4 milliards par année à compter de 2017 pour toutes ces mesures. Cet argent, qui ne fait pas partie du cadre financier néodémocrate, serait puisé à même les cotisations à l’assurance-emploi que gèlerait un gouvernement Mulcair à 1,88 $ par tranche de 100 $ de revenu. Le budget conservateur prévoit que le taux de 1,88 $ doit passer à 1,49 $ en 2017. M. Mulcair n’autoriserait pas cette baisse.

M. Mulcair s’est défendu de procéder ainsi à une hausse de taxes déguisée. « Nous n’augmentons pas les taux de cotisation à l’assurance-emploi, nous les maintenons afin d’éviter les coupes mises en place par les conservateurs », a-t-il dit. Notons que le Parti libéral propose lui aussi de procéder de cette manière, quoique de façon moins prononcée, pour financer ses promesses de bonification du régime. Justin Trudeau, lui, abaisserait quand même le taux de cotisation, mais à 1,65 $ pour dégager une marge de manoeuvre de moitié moindre, soit de 2 milliards.

M. Mulcair a soutenu qu’il ne fallait pas se fier aux promesses libérales en ce domaine, rappelant la réforme d’il y a 20 ans. « On ne peut pas faire confiance au Parti libéral pour changer les choses. C’est le Parti libéral et Paul Martin qui ont en premier attaqué l’assurance-emploi. » M. Trudeau a répliqué qu’il incarnait une solution mitoyenne entre un Parti conservateur qui baisse les cotisations pour rendre le système plus chiche, et un NPD qui les maintiendrait à un niveau trop élevé. « Le Parti libéral recherche une solution responsable qui va en même temps comprimer les primes de 1,88 $ à 1,65 $ tout en augmentant les avantages aux Canadiens qui ont besoin des prestations. Nous pensons que les Canadiens souhaitent un plan d’assurance emploi allant dans ce sens. »

Le chef du Bloc québécois estime pour sa part que M. Mulcair « se contredit effrontément » en disant vouloir protéger les revenus de l’assurance-emploi puisqu’il s’est réjoui la semaine dernière du surplus de 1,9 milliard dégagé par les conservateurs, surplus rendu possible selon Gilles Duceppe parce qu’Ottawa a « pigé dans la caisse ».

M. Mulcair promet de faire du compte d’assurance-emploi une caisse entièrement à part, qui ne ferait même pas partie du périmètre comptable du gouvernement fédéral, de manière à ce qu’elle ne finance aucune autre activité gouvernementale. « Les cotisations à l’assurance-emploi devront aider les travailleurs cotisants, un point c’est tout », a-t-il dit.

Il propose de nommer un conseil d’administration indépendant qui fixerait lui-même les taux même si, en promettant de geler le taux à 1,88 $ pour quatre ans, il lie de facto les mains de ce futur conseil d’administration.

Notons que le gouvernement conservateur a promis un tel mécanisme indépendant de fixation des cotisations, qui doit entrer en vigueur justement en 2017. C’est en vertu d’une évaluation actuarielle des besoins futurs qu’Ottawa a prévu que le taux serait abaissé à 1,49 $ par cette entité indépendante.

Avec Stéphane Baillargeon et La Presse canadienne

1,3 million
C'est le nombre minimal d’emplois que Stephen Harper espère créer d’ici 2020 s’il est réélu, indiquant qu’il s’agit d’un « but ». Bon an, mal an, il se crée au Canada entre 200 000 et 300 000 emplois par année, soit entre 1 et 1,5 million en cinq ans.

La réforme conservatrice et ses impacts

Le débat sur l’assurance-emploi qui anime actuellement la campagne électorale tire sa source de la réforme conservatrice entrée en vigueur en 2013, dans le but annoncé de jumeler chômeurs et emplois disponibles.

Les plus importantes modifications apportées par le gouvernement fédéral concernent la création de trois catégories de prestataires (travailleur de longue date, prestataire fréquent et prestataire occasionnel) devant remplir des obligations différentes selon leur situation et la redéfinition d’un « emploi convenable ». La nouvelle définition oblige par exemple les prestataires fréquents à accepter tout emploi correspondant à leurs compétences à moins d’une heure de leur lieu de résidence et à un salaire pouvant être jusqu’à 30% inférieur à celui de leur emploi précédent.

Ottawa a également revu le mécanisme d’appel des prestataires en abolissant les conseils arbitraux et les juges-arbitres pour les remplacer par le Tribunal de la sécurité sociale. Si la demande d’appel est entendue, la décision définitive est désormais rendue par une seule personne, comparativement à trois auparavant. Un comité consultatif mandaté par les provinces de l’Atlantique a admis l’an dernier que les impacts redoutés de cette réforme ne se sont pas tous manifestés, tout en soulignant qu’il était trop tôt pour rendre un verdict clair.
Karl Rettino-Parazelli
2 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 23 septembre 2015 09 h 54

    Commentaire de Duceppe: suite de fausses représentations.

    Le NPD propose un régime raisonnable et plus généreux d'assurance-emploi, et tout ce que Duceppe a à en dire est de déformer les propos de M. Mulcair la semaine dernière, en tentant de vouloir faire interpréter ces propos comme signifiant que c'était bien de piger dans la caisse d'assurance-emploi. Aucune reconnaissance, aucune félicitation pour la proposition. Rien.

    Du picossage, de l'acharnement aveugle contre le NPD.

    Incroyable.

    À répétition, M. Duceppe répand la fausse accusation que M. Mulcair a un double discours sur le pipeline, et un double discours sur le référendum.

    Encore de la fausse représentation.

    En fait, quand on voit avec quel sans-gêne ces contre-vérités sont assénées à répétition, ça n'est peut-être pas si incroyable.

    Cela crée un niveau d’attente très bas quant à l’honnêteté intellectuelle de Duceppe et du Bloc.

  • Christian Montmarquette - Abonné 23 septembre 2015 11 h 47

    Attitude mesquine de Gilles Duceppe

    Fidèle à lui-même, Gilles Duceppe ne trouve encore rien de mieux à faire que de critiquer les socio-démocrates et des mesures clairement progressistes pour corriger les règlements scélérats et restrictifs des conservateurs en matière d'assurance-emploi.

    Un comportement qui apparaît de plus en plus comme envieux et rabat-joie, alors que le NPD dispose hors de tous doutes du champion toutes catégories de la défense des droits des chômeurs en la personne de l'avocat bien connu Hans Marotte comme candidat NPD dans Iberville; et pendant que les bloquistes et les conservateurs, eux, nous ressortent leurs vielles polémiques poussiéreuses de divisions religieuses sur un voile porté par 60 femmes au Québec!

    Christian Montmarquette