Jack Layton courtise Sheila Copps

Ottawa - Le leader du NPD n'est pas dédaigneux. Jack Layton a décidé d'ouvrir toutes grandes les portes de son parti aux militants et députés de toutes les allégeances qui seraient insatisfaits des tendances prises par leur propre formation. Il a même sollicité nulle autre que l'ex-ministre Sheila Copps et le député libéral ontarien Charles Caccia.

Sheila Copps, une néo-démocrate? À en croire M. Layton, le scénario n'est pas impossible. Celle qui a brigué à deux reprises la chefferie du Parti libéral, tenu les rênes de divers ministères, occupé le poste de vice-première ministre et qui, dans l'opposition, n'hésitait pas à monter sur les pupitres de la Chambre des communes pour crier son désaccord n'aurait pas fermé la porte à un transfert d'allégeance politique.

«Ce n'était pas une invitation, a précisé M. Layton, c'était une conversation très préliminaire entre deux amis. Je lui ai dit qu'il y avait de la place pour elle dans un parti comme le NPD.»

Le bureau de Mme Copps n'a pas fait de commentaires hier, mais dans le Globe and Mail d'hier, son adjoint Ian Capstick a déclaré qu'elle «n'a pas l'intention de se joindre au NPD ou de se présenter pour le NPD». Mais il a aussi ajouté: «Comme elle le dit, en politique, on ne doit jamais exclure quoi que ce soit.»

M. Layton a pris l'initiative de cet appel téléphonique d'abord et avant tout pour signifier sa désapprobation au sujet du traitement réservé à Sheila Copps ces jours-ci. À cause de la reconfiguration de la carte électorale, une partie de la circonscription de Mme Copps a été amalgamée à une partie de celle du nouveau ministre des Transports, Tony Valeri. Ce dernier, qui n'habite pas dans les limites de la nouvelle circonscription, a quand même décidé de se présenter contre elle dans une course à l'investiture. Mme Copps dit y voir une tentative d'expulsion de son parti.

La motivation aurait été la même derrière l'appel fait à M. Caccia, qui fait face à une situation similaire. M. Caccia a toutefois déjà dit que s'il perdait sa course à l'investiture, il se présenterait comme candidat indépendant.

M. Caccia avait appuyé Sheila Copps dans la course à la chefferie contre Paul Martin. Autant lui que Mme Copps sont dépeints comme les éléments les plus progressistes du Parti libéral. C'est de cette mise à la marge des ailes progressistes du Parti libéral et du nouveau Parti conservateur que Jack Layton veut tirer profit.

«Je ne sais pas ce que Sheila Copps décidera, mais je dis aux libéraux qui partagent les valeurs de Sheila, aux libéraux qui pleurent la mort du parti de Pearson et Trudeau: votre place est chez nous. Je dis aussi à ceux qui pleurent la mort du Parti progressiste-conservateur, à ceux qui partagent les valeurs de Flora MacDonald et l'engagement de Joe Clark envers le Canada: votre place est chez nous.»

M. Layton et Sheila Copps auraient discuté de leur opposition — partagée — à une participation canadienne au bouclier antimissiles américain. M. Layton voit aussi un atout dans les positions que Mme Copps a défendues sur la propriété canadienne des médias, la diversité culturelle et l'environnement.

Le Québec n'est pas en reste dans les plans du chef néo-démocrate, qui voit une occasion en or pour les électeurs «qui croient que la raison d'être du Bloc québécois n'est plus pertinente» de se joindre à une grande famille de la gauche. Il dit ne pas avoir d'objection à accueillir des souverainistes dans son camp.

«Notre politique est une politique de fédéralisme asymétrique avec beaucoup de flexibilité. Moi, comme ancien Québécois, je connais bien ce dossier. Je ne suis pas le NPD centralisateur, comme M. Duceppe le dit tout le temps.»