Le Canada participera au financement du bouclier antimissile

Ottawa - Le gouvernement Martin a carrément l'intention de faire du Canada un «participant» au programme américain de défense antimissile, affirme le ministre de la Défense, David Pratt, dans une lettre envoyée à son homologue des États-Unis, Donald Rumsfeld.

«Nous avons l'intention de négocier, au cours des prochains mois, un protocole d'entente-cadre avec les États-Unis en vue d'inclure le Canada à titre de participant à l'actuel programme américain de défense antimissile», écrit M. Pratt dans la missive de deux pages qu'il vient d'envoyer à M. Rumsfeld.

Le ministre ouvre même la porte à une contribution financière du Canada au controversé projet, ce qu'Ottawa n'a jamais fait jusqu'ici.

«Nous devrions continuer d'explorer, dans le cadre de nos lois, des arrangements techniques, politiques et financiers appropriés concernant la défense du Canada et des États-Unis contre d'éventuelles attaques par missiles», évoque M. Pratt, en précisant qu'il faudrait examiner «la façon dont le Canada pourrait contribuer à cet effort».

Dans sa lettre de réponse au ministre, le secrétaire américain à la Défense se montre satisfait de la position d'Ottawa. «Je souscris à l'approche de coopération en matière de défense antimissile que vous décrivez dans votre lettre et conviens qu'elle devrait être le point de départ de nos travaux», indique-t-il.

Un pas de plus

Le contenu de cet échange de lettres est révélateur de la détermination d'Ottawa de prendre rapidement une décision dans ce dossier — vraisemblablement favorable au projet américain. La semaine dernière, pourtant, David Pratt assurait que la correspondance avait surtout pour but d'obtenir davantage d'informations sur le sujet de la part des États-Unis.

«Nous ne nous aventurons pas sur une route d'où il n'y a aucun retour possible», avait-il alors déclaré aux journalistes.

Or, dans sa lettre à Donald Rumsfeld, le ministre Pratt ne fait aucunement mention d'une possibilité qu'Ottawa ne participe pas au projet de bouclier antimissile.

La signature d'un protocole d'entente-cadre avec les États-Unis sur ce projet «devrait permettre de fixer un cadre mutuellement profitable afin d'assurer la participation la plus étroite possible du Canada, sur le plan tant gouvernemental qu'industriel, au programme américain de défense antimissile», précise M. Pratt dans sa correspondance.

Le ministre prend bien la peine de rappeler à son homologue américain le souhait du Canada que le projet de bouclier soit géré par le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), dirigé conjointement par Washington et Ottawa. Mais dans sa réponse, M. Rumsfeld se garde bien de s'engager clairement à cet égard.

M. Rumsfeld omet aussi de promettre que le projet de bouclier n'entraînera pas, à terme, l'envoi de missiles dans l'espace, ce qui contreviendrait à la position officielle d'Ottawa.

Les députés du Bloc québécois et néo-démocrates, de même que plusieurs libéraux, s'opposent au projet de bouclier antimissile américain, qui prévoit l'installation de lance-missiles sur terre et sur mer afin d'abattre des missiles en provenance de pays dits «voyous».

Ottawa réplique que Washington lancera son projet avec ou sans son appui. Il vaut donc mieux prendre part à sa mise en place et à sa supervision que de demeurer en retrait, avance-t-on.