Les CPE critiqués par un chercheur aussi conseiller de Trudeau

Photo: Franky De Meyer Getty Images

Elles ont largement bénéficié aux Québécoises en facilitant leur accès au marché du travail, en plus d’avoir des retombées économiques considérables. Mais les garderies à 7 $ pourraient-elles être nuisibles aux enfants ? C’est ce que soutient une étude publiée lundi, au moment où Justin Trudeau présentait sa solution de rechange au programme national de garderies subventionnées du NPD. Une recherche dont l’un des auteurs conseille le chef libéral, et dont les conclusions sont remises en doute par des experts québécois.

Si les retombées positives des centres de la petite enfance (CPE) sont connues depuis des années, cet élément fondamental du « modèle québécois » pourrait aussi avoir un côté sombre, soutiennent les économistes Michael Baker et Kevin Milligan, des universités de Toronto et de Colombie-Britannique.

En comparant les petits Québécois gardés depuis la création des CPE en 1997 aux enfants des autres provinces, ils arrivent à la conclusion que ces établissements avantageront plus tard les enfants au chapitre de la performance scolaire, mais pourraient leur nuire à d’autres niveaux. Les enfants qui ont fréquenté ces établissements risquent davantage de présenter des taux de criminalité élevés, d’être en moins bonne santé et d’être moins satisfaits de leur vie comparativement aux autres Canadiens qui n’ont pas accès au même système de garderies subventionnées, écrivent-ils.

Le système de garderies québécoises est le plus important de son genre en Amérique du Nord. Le Québec investit environ 2,2 milliards par an pour ce programme, qui coûte maintenant de 7,30 $ à 20 $ par enfant à leurs parents, en fonction de leurs revenus.

Le NPD est déterminé à étendre ce succès à l’échelle nationale en investissant 5 milliards par an — après une période de mise en place de huit ans — pour payer un million de places déjà existantes et en créer davantage, afin que les parents paient au final 15 $ par jour pour y envoyer leurs enfants. Les provinces auraient à assurer 40 % de la facture du programme, et le Québec pourrait conserver le sien, tout en bénéficiant d’un investissement accru de la part d’Ottawa.

L’étude jette toutefois un doute sur les réels bienfaits d’un tel service universel. Un doute lancé alors que le Parti libéral du Canada dévoilait lundi sa propre formule pour aider les familles qui font appel à des services de garde. Il aurait pu s’agir d’une simple coïncidence si l’un des auteurs n’était pas également membre du conseil consultatif sur l’économie de Justin Trudeau.

Kevin Milligan a reconnu en entrevue au Devoir « conseiller » les libéraux à divers égards. Le conseil consultatif auquel il siège aurait rencontré M. Trudeau à maintes reprises depuis sa création en décembre dernier, pour discuter d’investissements dans les infrastructures, du secteur de l’énergie du Canada et de la croissance de la classe moyenne, notamment. Ce dernier portefeuille contient notamment le dossier de la garde des enfants.

Quoi qu’il en soit, selon M. Milligan, l’étude recèle des « preuves frappantes » que le programme est associé à un haut taux de criminalité, surtout chez les garçons. Ces derniers seraient plus susceptibles d’être hyperactifs et agressifs. De leur côté, les filles ont démontré un déclin dans leurs « comportements prosociaux », qui se manifestent par des activités altruistes, comme les dons ou le bénévolat. Ces facteurs sont regroupés sous le terme « capacités non cognitives », qui incluent l’impulsivité et la stabilité émotionnelle.

« Les effets négatifs du programme québécois sur les compétences non cognitives semblent persister au niveau scolaire et, dans plusieurs cas, à des degrés plus importants qu’au préscolaire », soutient l’étude.

Pour en arriver à leurs conclusions, les chercheurs se basent sur des données récoltées notamment par Statistique Canada, dans le cadre de vastes études échelonnées sur plusieurs années. Les bases de données employées ne permettent pas de faire la distinction entre les enfants québécois ayant bénéficié des programmes de CPE proprement dits et ceux ayant pris part à d’autres formules de garderies, qu’elles soient en milieu familial ou privées, reconnaît-il.

« Ce qu’on fait, c’est qu’on a regardé les cohortes qui étaient admissibles au programme des CPE. Il pourrait y avoir d’autres facteurs qui expliquent les éléments non cognitifs », admet M. Milligan, affirmant qu’il s’agit d’une approche méthodologique employée fréquemment dans le milieu médical.

Il n’a pas voulu se prononcer sur les facteurs pouvant expliquer ces résultats. « Ce que cela démontre ultimement, c’est qu’il faut s’attarder aux effets non cognitifs des services de garde. Ces effets sont importants pour n’importe quel programme de garderie. Il faut s’assurer que les programmes sont bien développés à ce niveau-là afin d’assurer la réussite des enfants à divers égards. »

Professeure à l’Université du Québec à Montréal, Nathalie Bigras concentre également ses recherches sur les CPE. Elle connaît bien les auteurs de cette étude, pour avoir notamment examiné d’autres articles préparés par eux sur la même question. « Ce qui me frappe, c’est qu’ils n’ont pas mesuré la qualité des services de garde fréquentés pour arriver aux conclusions de leur étude, dit-elle. Je ne pense pas que les conclusions auxquelles ils arrivent sont béton. À l’époque, en 2008, j’avais dit que c’était des conclusions abusives. Je crois qu’on peut encore dire la même chose. » Auteur de nombreuses études sur les CPE, l’économiste Pierre Fortin émet lui aussi des réserves quant aux conclusions de l’étude, soulignant que seulement le tiers des enfants québécois seraient inscrits dans un CPE.

Le plan des libéraux

Le chef libéral, Justin Trudeau, ne veut visiblement pas être en reste. Il a annoncé lundi que lui aussi, s’il est élu, tentera de convaincre les provinces d’investir dans les garderies.

Il s’engage à rencontrer ses homologues provinciaux dans les 100 premiers jours de son mandat pour lancer des discussions en vue de conclure des ententes fédérales-provinciales sur la question. Son plan prévoit de garantir « des places de garderie abordables et de qualité ». Aucun détail n’a cependant été fourni. Le PLC indique que l’argent proviendrait de son vaste programme d’infrastructures de 60 milliards de dollars, dont le tiers est réservé aux infrastructures sociales.

En coulisse, on indique qu’une part « substantielle » de ces 20 milliards y serait consacrée. On refuse de dire si ce sera pour construire de nouvelles garderies ou subventionner des tarifs. On indique que cela dépendra des priorités des provinces. Le NPD, lui, promet de créer d’ici huit ans un million de places en garderie à 15 $ par jour maximum. Il faudrait que les provinces payent 40 % de la facture.

Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne
17 commentaires
  • Denis Fyfe - Abonné 22 septembre 2015 05 h 25

    Conclusions troublantes

    Cette étude ne me semble pas avoir véritablement et complètement fait le tour de la question.
    Pour l'instant, elle va plus créer de l'affolement auprès des parents qu'autre chose.
    J'ose espérer plus de réactions de la part des experts en CPE.
    Denis Fyfe, Rosemère

  • Richard Bérubé - Inscrit 22 septembre 2015 06 h 20

    Les garderies n'est-ce pas remettre l'éducation des enfants aux gouvernemens!

    Quoiqu'on puisse dire, remettre son enfant à l'âge de un (1) an aux soins des CPE ou autre, c'est d'en remettre l'éducation à l'État. Et c'est justement le but visé par l'Élite, au fil des ans il y aura probablement un prix à payer, soit le niveau d'attachement, d'appartenance, ou autre chose similaire....il semblerait que la famille telle qu'on la connait jusqu'à nos jours ne soit plus l'idéal pour la planète. Dans le projet Agenda 21 de l'ONU, elle est considèrée comme étant un danger pour la survie de la planète. Si cette mention fait partie de ce projet, il faut bien que quelqu'un (plusieurs auteurs participants) y croient. Il me semble que lorsque le Québec parlait de l'instauration de ce service, il était quelque part mentionné que cela faciliterait l'accès des femmes au marché du travail....la Fondation Rockefeller avait financé le mouvement féministe dans le temps pour 2 raisons (d'après Nick Rockefeller) la première parce qu'il y avait la moitié de la population qui ne payait pas d'impôts, et la deuxième pour que l'état prenne en charge l'éducation des enfants....les Rockefeller sont propriètaires de très grosses banques qui possèdent en autre la Fed américaine, qui contrôle aussi l'IRS (ministère du revenu aux USA)... moi personnelemnt je n'ai aucune connaissance dans le domaine, mais j'ai lu et regardé des documentaires sur le sujet, et cela me parait crédible....

    • Jean-François Trottier - Abonné 22 septembre 2015 10 h 28

      Désolé M. Bérubé, mais ce n'est crédible en rien.
      La question n'est pas de savoir si le but visé était de recevoir plus d'impôt, ce qui n'est pas le cas, ni de s'assurer d'un contrôle sur la formation des jeunes enfants.
      En fait dans le deux cas c'est faux au Québec.

      Il s'agissait, et il s'agit encore, de donner plus de pouvoir aux femmes, qui en sont encore teriblement démunies d'un point de vue social. L'évolution de la famille, en bonne marhce, n'a pas encore été suivie sur le marché du tavail même si le mouvement est enclenché.

      C'est la création d'un nouveau modèle de société qui est visé mais pas imposé le moindrement.

      Quant à l'enfantine arithmétique de la fondation Rockefeller, elle est basée sur une vision sociétale sclérosée ou les castes inférieures sont démunies tant de moyens que d'esprit. Elle fleure bon le petit racisme quotidien.

      Je tiens à faire remarquer que la naissance des CPE coincide à peu de chose près, avec la réforme de l'éducation, l'échec du lac Meech, celui du référendum, l'arrivée de Charest au pouvoir avec sa culture de fournisseur de caisse occulte, les aberrations des commandites, et surtout la montée du néolibéralisme depuis Washington et son "patriotisme" de ne pas payer ses impôts!

      La réforme a certainement eu plus d'incidence sur la formation des élèves que les CPE. Les échecs constitutionnels ont découragé et désocialisé beaucoup de francophones qui ne croient plus à rien. La poliique tordue depuis a démontré à tous que ce sont les méchants qui gagnent, et l'obsession comme quoi notre argent est mieux utilisé loin du gouvernement a terminé le travail : une génération complète d'anarchistes sans morale.

      Heureusement, ce n'est qu'une tendance bien sûr! Disons que j'appuie fort pour bien dire comment cette étude est perdue dans un océan de raisons qu'elles n'étudie pas avec une belle malhonnêteté plutôt crasse.

    • Richard Bérubé - Inscrit 22 septembre 2015 13 h 13

      Monsieur Trottier, je rapporte le témoignage de Aaron Russo ami personnel de Nick Rockefeller qui explique les actions des membres de la famille Rockefeller pour le financement du mouvement féministe...que vous y croyiez ou pas n'est pas la question....de plus pour votre information Russo aurait été assassiné plus tard par la CIA...il était un producteur de film à Holliwood...en ajout, les Rochefeller font parti de l'élite le fameux 1%, et ont pas mal plus de pouvoir et d'entrée que nous tous réunis...vous pouvez nommer 1,000 questions politiques québecoises au pourquoi des garderies publiques de la province, il y a un mouvement mondial pour remettre l'éducation des enfants dans les mains de l'état..c'est commencé et celadevrait se poursuivre en augmentant....vous savez les politiciens ne disent pas tous les dessus des choses....et le sort des femmes ne semble pas être une priorité...

  • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2015 08 h 14

    Une étude

    Une étude indépendante a démontré que les économistes canadiens-anglais se trompent à 99% quand ils portent un jugement sur l'éducation au Québec.

    • Pierre Robineault - Abonné 22 septembre 2015 10 h 08

      En effet monsieur Dugal, je connais bien cette étude indépendante. Il y en a une autre semblable qui a prétendu que si une personne a déjà été un enfant au cours de sa vie, elle risque de décéder éventuellement, et pour quelques rares personnes de décéder ... dans un troud'eau.
      Pierre Robineault,
      Abonné

    • David Cormier - Abonné 22 septembre 2015 11 h 23

      Non attendez, vous faites erreur. Les économistes se trompent 99 % du temps lorsqu'ils portent un jugement sur à peu près n'importe quoi.

    • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2015 13 h 41

      @David Cormier
      Vous gagnez le prix de l'observation la plus judicieuse de la semaine!

  • Isabelle Laurin - Abonnée 22 septembre 2015 08 h 45

    Les résultats d'une étude récente

    Cette étude est problématique à plusieurs égards. Notamment parce que l'échantillon ne provient pas juste d'enfants n'ayant fréquenté QUE les CPE.
    Je vous invite à prendre connaissance d'une étude récente de la Direction de santé publique de Montréal "Quel est l'effet de la fréquentation d'un service éducatif sur le développement de l'enfant à la maternelle selon le statut socioéconomique" (Laurin, Guay, Bigras et Fournier 2015). Cette étude montre que la fréquentation exclusive d'un CPE, comparativement à ne pas avoir fréquenté de service éducatif pendant la période préscolaire, constitue un facteur de protection pour le développement des enfants de familles à faible revenu. Aussi, quand on compare les enfants de familles à faible revenu qui ont fréquenté un CPE exclusivement à ceux qui ont fréquenté d'autres services de garde régis, il ressort que les premiers sont plus avantagés au moment de leur entrée à l'école. L'étude conclut que parmi l'ensemble des modes de garde régis par le ministère de la Famille, ce sont les CPE qui contribuent à atténuer ou à diminuer les effets des inégalités sociales.
    Pour faire un lien avec l'étude citée dans l'article... ce qui explique une criminalité élevée dans une société, n'est-ce pas en grande partie les inégalités sociales????

  • Kateri Bourbeau - Abonnée 22 septembre 2015 08 h 56

    Méthodologie...

    On dit bien que l'étude porte sur les enfants admissibles au programme des CPE et donc on ne rien conclure spécifiquement sur ceux qui les ont ou pas fréquentés. De toute manière ce n'est qu'une étude d'observation.