Sans Harper, les chefs s’engagent pour les femmes

Les enjeux qui touchent les femmes, presque absents de la campagne électorale fédérale, ont fait surface lundi soir lors d’un débat au format alternatif. Les chefs — excepté Stephen Harper, qui avait refusé d’y participer — s’entendent pour dire que pour obtenir l’égalité des sexes, tant au Canada qu’à l’international, davantage de femmes doivent être élues en politique, mais ce domaine est loin d’être un modèle à ce jour.

Dans les entrevues individuelles diffusées lundi soir au théâtre Isabel Bader, à Toronto, et sur les sites Web du Devoir et du Toronto Star, les chefs du Nouveau Parti démocratique, du Parti libéral du Canada, du Parti vert et du Bloc québécois s’entendent sur l’importance d’établir une stratégie nationale pour lutter contre la violence faite aux femmes, de lancer une enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, de lutter contre les inégalités et de rendre plus accessibles les services de garde.

Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, suggère d’ailleurs « d’exporter le modèle québécois dans les autres provinces ».

Des politiques nationales et internationales ne suffisent toutefois pas si le milieu de la politique est lui-même problématique, reconnaissent les chefs. « Je n’ai jamais travaillé dans un milieu aussi dominé par les hommes et rempli de testostérone que la Chambre des communes », admet Elizabeth May, qui est à la tête du Parti vert. « C’est encore un boys’ club, il faut changer ça », renchérit le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

Les quatre politiciens promettent de donner une place de choix aux femmes dans leur parti. « 50 % de notre cabinet des ministres sera formé de femmes, assure Justin Trudeau. Ce symbole-là va aller très loin dans l’encouragement des femmes de s’impliquer. »

Tous dénoncent la présence de sexisme et de harcèlement sexuel au Parlement canadien. « Il y en aura, des règles contre le harcèlement sexuel, au Parlement », affirme M. Mulcair.

Les chefs du Bloc québécois et du NPD appuient l’idée d’imposer des quotas dans les conseils d’administration, contrairement à Mme May.

Le sexisme est parfois subtil, fait toutefois remarquer l’intervieweuse Francine Pelletier, en faisant référence au slogan du Bloc, « Qui prend pays prend parti », tiré du dicton jugé sexiste « Qui prend mari prend pays ». Le chef bloquiste assure qu’en aucun cas le slogan ne se voulait une référence aux femmes.

Contacté par Le Devoir, le Parti conservateur n’a pas voulu préciser quels enjeux touchant les femmes doivent selon lui être davantage mis en avant dans les prochaines semaines. « Les annonces prochaines seront faites ultérieurement », a précisé la porte-parole Catherine Loubier.

Féminisme de soirée

Seule la soirée a été réservée aux enjeux touchant directement les femmes. Durant la journée, ce sujet n’a pas été au centre des grandes annonces des différents partis politiques — à l’exception du Parti vert qui a publié un long communiqué à ce sujet.

Les entretiens menés auprès des quatre chefs ont remplacé le débat initialement prévu, qui a été annulé lorsque M. Mulcair a annoncé son absence puisque le premier ministre sortant Stephen Harper n’y participait pas.

Les entrevues pourront être réécoutées dans leur version intégrale sur le site du Devoir dans les prochains jours.

La citation du jour

«Ma fille a regardé mon débat jeudi soir dernier et ce qui m’agace est que, lorsqu’elle voit les gens qui pourraient devenir premier ministre, il n’y a aucune femme parmi eux. C’est une autre raison pour laquelle Elizabeth May devrait être du débat Munk et de tous les débats.»

Justin Trudeau, à propos de l’exclusion de la chef du Parti vert du débat Munk sur les affaires étrangères, qui aura lieu le 28 septembre prochain
1 commentaire
  • Élisabeth Germain - Abonnée 22 septembre 2015 07 h 59

    Bien, mais la traduction...

    La formule de remplacement était ingénieuse et très intéressante. Une excellente initiative, révélatrice et motivante.
    On peut cependant regretter la piètre qualité de la traduction simultanée en français. De longs silences embarrassés, alors qu'on pouvait voir parler les panélistes. Des expressions qui dénotaient un manque de connaissance du français usuel et de la culture francophone: par exemple, patriarchie au lieu de patriarcat, province de Prince Edward Island au lieu de l'Ile du Prince-Édouard, nouveaux démocrates au lieu de néo-démocrates.
    Cela enlevait nettement de l'intérêt et il fallait y tenir pour l'écouter!
    Cela dit, merci au Devoir et à Francine Pelletier pour leur participation de premier plan à cette innovation sociale et technologique!