Le retour du F-35 force les partis à ajuster le tir

Le grand retour du F-35 sur la scène fédérale a mené chacun des partis fédéraux à adapter sa propre position pour répondre à ses rivaux. Alors que les libéraux ont promis d’écarter l’appareil de Lockheed Martin, les conservateurs ont semblé se réconcilier avec le F-35 dont ils avaient pourtant essayé de se distancier. Quant aux néodémocrates, ils ont rejeté la position libérale qui était pourtant la leur en 2011.

Les libéraux ne veulent plus rien savoir des F-35 pour remplacer la flotte d’avions de chasse, annonçait Justin Trudeau dimanche.

« Le Parti libéral vit dans un monde imaginaire s’il croit qu’il peut se retirer du projet de développement du F-35 et ne pas perdre des contrats », a dénoncé Stephen Harper lundi, en semblant faire l’apologie du F-35 comme générateur d’emplois garantis. « C’est une des raisons pour lesquelles nous participons [au programme d’avions de combat interarmées]. »

Pourtant, son gouvernement avait martelé que rien n’était acquis pour Lockheed Martin, il y a deux ans, après que le vérificateur général eut révélé que le prix du F-35 et les risques de l’appareil avaient été grossièrement sous-estimés par le fédéral. Les troupes de M. Harper avaient confié le dossier à un secrétariat indépendant, qui étudie toujours la question. Mais le F-35 semblait de retour dans les bonnes grâces de M. Harper, lundi.

Thomas Mulcair, de son côté, a accusé Justin Trudeau de faire fausse route en excluant d’emblée Lockheed Martin d’un appel d’offres. « M. Harper et M. Trudeau font la même erreur : ils déterminent d’avance les résultats. » Le premier a décidé que le F-35 l’emporterait, le second qu’il serait écarté, a-t-il reproché.

Le NPD réclame depuis longue date un appel d’offres ouvert à tous — Lockheed Martin, Boeing, Dassault et EuroFighter. Mais Jack Layton promettait aussi en 2011, « plutôt que de se concentrer sur les avions de chasse F-35, [de] faire avancer les choses pour les navires de soutien interarmées de nos forces marines ». Un engagement semblable à celui de M. Trudeau, qui veut investir dans la marine les millions économisés en abandonnant les F-35. Une idée rejetée par M. Mulcair.

Les libéraux promettaient en 2011 de reprendre le processus d’acquisition des prochains avions de chasse. « Il y a plusieurs autres chasseurs à un moindre prix, qui ont fait leurs preuves, que nous pourrons retenir pour nous assurer que notre armée a les appareils dont elle a besoin », a fait valoir M. Trudeau lundi.

Pas de millions perdus

Un rapport indépendant a chiffré le coût des F-35 à 46 milliards pour une durée de vie d’une trentaine d’années. Leur achat pourrait rapporter des milliards en contrats pour l’industrie aérospatiale. « Le Parti libéral a des sièges à Montréal, M. Trudeau représente Montréal », a noté M. Harper en accusant les libéraux de s’apprêter à « pulvériser toute une industrie dans leur propre cour arrière ».

S’il fait partie du groupe de pays qui achèteront le F-35, le Canada aura le droit de soumissionner, sans garanties, sur des contrats d’une valeur estimée de 10,3 milliards de dollars. Des contrats de 587 millions de dollars ont déjà été octroyés pendant la phase de développement de l’appareil de dernière génération — contrats non révocables, note un expert sur la question.

David Perry, analyste principal à l’Institut canadien des affaires mondiales, convient que l’industrie aérospatiale perdrait des contrats potentiels. Mais d’autres occasions d’affaires seraient associées au choix d’un autre appareil, note-t-il. Sans consulter les chiffres confidentiels sur chacun des appareils en lice, que seul le gouvernement possède, impossible de dire quel chasseur rapporterait le plus à l’industrie aérospatiale du pays.

« Le gouvernement ne perdrait pas un sou, car il n’y a pas de pénalité à choisir de ne pas continuer sa participation », précise en outre M. Perry. Pas de risque donc d’écoper d’une facture de 500 millions comme en 1993, lorsque les libéraux ont annulé le contrat d’acquisition d’hélicoptères Sea King signé par les progressistes-conservateurs avant eux.

M. Perry souligne que peu importe la couleur du gouvernement élu en octobre, celui-ci devra faire des choix. Car la Défense va manquer d’argent (40 milliards au total sur 20 ans), et la marine pourrait en profiter selon lui.

M. Harper n’est pas du même avis. « Tous nos chantiers navals ont du travail par-dessus la tête », a-t-il répliqué à la proposition libérale. Mais le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, ne s’est pas montré du même avis, arguant àLa Presse canadienne que la Davie est loin d’avoir obtenu sa part du gâteau.

Vétérans: Mulcair promet d’améliorer les services

Halifax — Le chef néodémocrate, Thomas Mulcair, était à Halifax pour annoncer ce qu’un gouvernement néodémocrate ferait pour améliorer la situation des anciens combattants, pour qui les conservateurs ont « manqué de respect », selon lui. Les néodémocrates ont promis d’investir 454 millions de dollars sur quatre ans pour améliorer l’accès aux services à long terme pour les anciens soldats, notamment ceux qui souffrent de trouble de stress post-traumatique. De l’argent sera également versé dans le Programme pour l’autonomie des anciens combattants, qui permet aux anciens militaires aînés ou handicapés de recevoir de l’aide pour divers services. Bien que plusieurs anciens combattants se soient réjouis de l’annonce, plusieurs se sont dits sceptiques. M. Mulcair a indiqué que sa promesse avait été comptée dans le cadre financier qu’il a présenté la semaine dernière et qui s’est attiré les foudres des partis d’opposition, notamment pour ses prédictions trop optimistes. La Presse canadienne
6 commentaires
  • Michel Fortier - Abonné 22 septembre 2015 00 h 52

    Le meilleur investissement

    "David Perry--- Sans consulter les chiffres confidentiels sur chacun des appareils en lice, que seul le gouvernement possède, impossible de dire quel chasseur rapporterait le plus à l’industrie aérospatiale du pays." Dassault étant le seul qui a offert que son Rafale soit fabriqué au Québec avec le plein transfert de la technologie, le choix de ce chasseur donnerait le plus de retombées économiques et technologiques.

  • Richard Bérubé - Inscrit 22 septembre 2015 06 h 45

    Le complexe militaro-industriel ennemi numéro un des nations!

    Je crois que le Canada finira avec des F-35, car ce sera le choix du complexe militaro-industriel..En 1958 l'ancien président Eisenhower avait averti de se méfier de cet organisme, qui composait déjè le gouvernement obscur à Washington...et croyez-vous que le gouvernement fédéral est capable de tenir tête à ce monstre...

  • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2015 08 h 21

    Le flop

    Le F-35 est un flop magistral. Le meilleur rapport qualité-prix dans ce domaine est le Super Hornet de Boeing. Bon deuxième, le Gripen de SAAB.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 septembre 2015 08 h 52

    Question bête

    Est-ce que nous avons vraiment besoin de F-35, Rafale, Gripen ou Hornet? Pour faire quoi, au juste? Des spectacles de boucane colorée lors de la Fête Nationale? Pour bombarder à tort et à travers en Syrie sans savoir si on tue des Islamistes, des Kurdes ou des innocents?

    • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2015 12 h 08

      Il s'agit d'inventer les bombardiers russes qui peuvent nous larguer des ogives nucléaires en attaquant le Canada par le nord.

    • Richard Bérubé - Inscrit 22 septembre 2015 13 h 30

      quand est-ce que les russes nous ont menacé monsieur Dugal....méfiez-vous plus des américains et de l'Otan...juste un rappel vous savez les russes en Afghanistan c'était des manigeances de Zbigniew Kazimierz Brzezinski conseillier du présidnet américain Jimmy Carter et qui est revenu avec Obama...Il avait dit que les russes devaient avoir eux aussi leur Vietnam...faites bien attention à la propagance américaine....car lorsque tu ne veux pas être part à leur négoce tu deviens leur ennemi... comme Boy Georges Bush disait you are with us or against us...