Conversation nationale féministe ce soir

Francine Pelletier, chroniqueuse au «Devoir»
Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir Francine Pelletier, chroniqueuse au «Devoir»

L’appétit des groupes de femmes pour un débat électoral sur les enjeux qui les touchent particulièrement était grand. L’intérêt des chefs de parti, lui, a été plus difficile à susciter, voire impossible dans le cas du premier ministre sortant. Par l’entremise d’entrevues vidéo, Gilles Duceppe, Elizabeth May, Thomas Mulcair et Justin Trudeau se prononceront enfin sur ces questions ce lundi soir, lors d’une conversation nationale qui sera diffusée par Le Devoir, le Toronto Star et Twitter.

Les instigatrices du débat avaient initialement proposé aux cinq leaders de tenir un débat en bonne et due forme. Stephen Harper n’a jamais daigné répondre à leur invitation, déplore Sarah Kennell, l’une des organisatrices de l’événement. Thomas Mulcair avait quant à lui déjà décrété qu’il ne participerait pas à un débat si le premier ministre était absent.

Au bout de dizaines de tentatives, elles se sont rabattues sur une autre formule.

À partir d’extraits d’entrevues individuelles réalisées par la chroniqueuse du Devoir Francine Pelletier, un panel de femmes analysera les propositions des partis politiques.

« Un plan B », avoue Mme Kennell, « symptomatique de la marginalisation de ces questions », ajoute Mme Pelletier. Cette dernière, que les questions féministes préoccupent depuis longtemps, cite à ce titre le dernier débat électoral : « On voit des gars qui s’engueulent entre eux et une femme [Elizabeth May] en train de dire à côté sur Twitter “Je suis là”. »

 

Fait rare

Le dernier débat portant sur les enjeux liés aux femmes remonte à 1984, quand Ed Broadbent, Brian Mulroney et John Turner avaient osé pour une rare fois croiser le fer durant plus de deux heures. Or, trente ans plus tard, force est de constater que, malgré les avancées en matière d’égalité, « les chiffres sont désolants », selon Francine Pelletier. La représentation politique n’a toujours pas atteint un tiers de la Chambre des communes et l’écart salarial de 20 % qui subsiste entre les hommes et les femmes « prendra encore 90 ans à rattraper si on continue au même rythme », déplore-t-elle.

Le regain d’intérêt pour le féminisme est pourtant notable, observe-t-elle. De quelques organisations, dont Action Canada où travaille Sarah Kennell, qui se sont réunies il y a un an, l’envie d’organiser la campagne Place au débat a fait boule de neige. Mais les 175 organisations qui l’appuient aujourd’hui n’auront pas convaincu le chef du Parti conservateur de prendre la parole sur la violence sexuelle, l’iniquité salariale et le leadership au féminin.

Sur les vidéos qui seront utilisées, certains chefs paraissent d’emblée beaucoup plus à l’aise que d’autres pour aborder ces trois thèmes principaux. Francine Pelletier réussit même à extirper à quelques-uns d’entre eux un « je suis féministe » plutôt senti, en plus de promesses concrètes sur les services de garde, les quotas dans les conseils d’administration et le harcèlement sexuel.

La campagne électorale n’est pas terminée et les organisatrices incitent les citoyens à interroger leurs candidats sur ces questions.

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 21 septembre 2015 13 h 48

    Je sympathise avec vous pour cette cause mais aujourd'hui mon attention est plus tourné vers la désolidarisation institutionalisée de tous les gouvernements envers leurs peuples.

    Personnes n'y échappent et si la situation ne fait pas un 180 on va tous devenir des fantômes ambulants, plus vu, ni entendu, errant ensemble dans l'environnement merdique de cette société imposée par une classe de citoyens immorales.

    Donc le féminisme s'est parfaitement défendable, mais si c'est pour continuer à vivre dans ces mêmes conditions qu'ossa donne.