Un fonds vert qui a été mal utilisé, déplore le Bloc

Le Bloc québécois dénonce la « mauvaise utilisation » que le Parti conservateur a faite du Fonds pour l’énergie propre. Les subventions tirées de ce fonds, créé en 2009, ont majoritairement servi à diminuer les émissions des projets d’exploitation pétrolière plutôt que de financer des technologies vertes, et le Québec n’a reçu qu’une infime partie de l’enveloppe.

Dans un document du Bloc obtenu par Le Devoir, le parti « dénonce la monopolisation de l’enveloppe budgétaire du Fonds pour l’énergie propre par les projets de captage de carbone pour l’industrie pétrolière de l’Alberta ».

« C’est un non-sens qu’un fonds pour le développement d’énergies propres soit essentiellement utilisé pour financer l’industrie des sables bitumineux, que nos impôts servent à financer les projets des grandes pétrolières », écrit-on également dans le document.

« C’est du camouflage ! » dénonce un responsable du contenu du Bloc contacté par Le Devoir.

Entre 2010 et 2013, plus de 250 millions de dollars ont été distribués parmi plus de 50 projets. La « plus grande partie du financement » a été affectée « aux projets d’envergure de capture et de stockage du dioxyde de carbone » et « environ 146 millions de dollars ont été fournis aux projets de démonstration de moindre envergure de technologies fondées sur les systèmes d’énergie propre et renouvelable », précise le site Web de Ressources naturelles Canada.

L’entreprise d’hydrocarbures Shell a par exemple obtenu 120 millions de dollars du fonds pour l’énergie propre pour stocker plus d’un million de tonnes de CO2 chaque année à compter de la fin de 2015. Cela permettra de réduire de près de 35 % les émissions directes d’une de ses usines.

Le projet de pipeline principal de l’Alberta pour le carbone a quant à lui obtenu environ 30 millions de dollars de ce fonds pour mettre en place un système pleinement intégré de captage et de stockage de carbone comprenant la gazéification, le captage des émissions de CO2, le transport, le stockage et la récupération assistée des hydrocarbures.

Au total, dans le secteur de la recherche et développement, six projets de captage et stockage du CO2 ont été financés par ce fonds, ainsi que 13 projets liés aux sables bitumineux.


Peu de financement pour le Québec

Le Québec « s’est contenté d’un maigre 11 millions de dollars, soit 4 % de l’enveloppe disponible », déplore un responsable du contenu du Bloc, alors que l’Alberta, « principal émetteur de GES au Canada en raison des sables bitumineux », a reçu « pas moins de 152 millions de dollars, ou 61 % ». Hydro-Québec, quelques universités et SSQ Société immobilière se sont partagé la somme québécoise.

Le Bloc comprend mal l’écart de financement accordé à l’Alberta par rapport au Québec, qui aurait pu développer des projets de transports électriques, de géothermie, de recherche sur l’industrie forestière et l’énergie solaire.

En réponse à ces accusations, le Parti conservateur a rappelé ses engagements verts. « Je peux vous dire que nous sommes le seul gouvernement fédéral à avoir réduit les gaz à effet de serre au pays et nous travaillons à l’objectif de réduction de 30 % de ces émissions d’ici 2030, mis de l’avant en vue de la conférence Paris Climat 2015. Le gouvernement conservateur investit en moyenne 1 milliard par année depuis 2006 dans l’énergie verte, en plus de l’octroi direct de 350 millions de dollars pour le Plan vert du Québec en 2007 », a indiqué au Devoir la porte-parole Catherine Loubier.

4 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 18 septembre 2015 09 h 03

    Diagnostic pertinent !

    C'est comme ça quand on ne maitrise pas tous les leviers qui affectent son développement économique ?

  • Yves Corbeil - Inscrit 18 septembre 2015 09 h 35

    Les vraies affaires...

    Comme je l'ai dis ailleurs, ça sort pas de la bouche de ceux qui vont peut-être prendre le pouvoir.

    Quel ridicule ces actions de notre cher gouvernement, c'est comme si tout l'argent d'un fond pour prévenir et éliminer les commotions cérébrales allait à une compagnie qui fabrique des casques avec un collant ''stop'' à l'arrière.

  • Jean Richard - Abonné 18 septembre 2015 10 h 49

    Des projets, quels projets ?

    « Le Bloc comprend mal l’écart de financement accordé à l’Alberta par rapport au Québec, qui aurait pu développer des projets de transports électriques, de géothermie, de recherche sur l’industrie forestière et l’énergie solaire. »

    Nous sommes bien d'accord, le Québec n'a peut-être pas eu sa juste part. Mais quand il est question de projets que le Québec aurait pu développer, on doit se demander, quels projets ?

    Avec les gouvernements PLQ et PQ en alternance, nous avons une continuité remarquable de poursuite d'un modèle économique fondé sur la production-consommation d'énergie. On se met en situation de surproduction. Alors, on dope la demande à coups de subventions aux consommateurs. Quand la demande rejoint l'offre, on inverse les choses : on subventionne la production pour assurer sa croissance.

    On a décidé que la priorité, c'était les GES (même si à court et à moyen terme, il y a des enjeux environnementaux négligés au nom de ces GES, ou peut-être volontairement éludés). Alors soit, le moyen optimal de minimiser les émissions de GES sans changer le modèle économique de consommation-production, c'est d'optimiser la production. Diminuer les émissions tout en maintenant la production, c'est le chemin le plus court.

    « l’Alberta, « principal émetteur de GES au Canada en raison des sables bitumineux » » – Et si on refilait la facture des GES au consommateur ? On changerait peut-être le discours et surtout, l'approche du problème.

  • Jean Richard - Abonné 18 septembre 2015 10 h 49

    Des projets, quels projets ?

    « Le Bloc comprend mal l’écart de financement accordé à l’Alberta par rapport au Québec, qui aurait pu développer des projets de transports électriques, de géothermie, de recherche sur l’industrie forestière et l’énergie solaire. »

    Nous sommes bien d'accord, le Québec n'a peut-être pas eu sa juste part. Mais quand il est question de projets que le Québec aurait pu développer, on doit se demander, quels projets ?

    Avec les gouvernements PLQ et PQ en alternance, nous avons une continuité remarquable de poursuite d'un modèle économique fondé sur la production-consommation d'énergie. On se met en situation de surproduction. Alors, on dope la demande à coups de subventions aux consommateurs. Quand la demande rejoint l'offre, on inverse les choses : on subventionne la production pour assurer sa croissance.

    On a décidé que la priorité, c'était les GES (même si à court et à moyen terme, il y a des enjeux environnementaux négligés au nom de ces GES, ou peut-être volontairement éludés). Alors soit, le moyen optimal de minimiser les émissions de GES sans changer le modèle économique de consommation-production, c'est d'optimiser la production. Diminuer les émissions tout en maintenant la production, c'est le chemin le plus court.

    « l’Alberta, « principal émetteur de GES au Canada en raison des sables bitumineux » » – Et si on refilait la facture des GES au consommateur ? On changerait peut-être le discours et surtout, l'approche du problème.