Les réfugiés s’invitent au débat

Stephen Harper, Justin Trudeau et Thomas Mulcair ont eu quelques vifs échanges qui sortaient parfois du cadre économique de ce débat organisé par le «Globe and Mail».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Stephen Harper, Justin Trudeau et Thomas Mulcair ont eu quelques vifs échanges qui sortaient parfois du cadre économique de ce débat organisé par le «Globe and Mail».

Le second débat des chefs de la campagne électorale, tenu jeudi soir à Calgary, devait porter sur l’économie. Et si la taxation, les investissements en infrastructures et les déficits ont occupé une part importante des échanges entre Stephen Harper, Thomas Mulcair et Justin Trudeau, les réfugiés syriens se sont invités dans la soirée, donnant lieu à certaines des prises de bec les plus émotives.

Les trois chefs avaient été invités par le modérateur, le rédacteur en chef du Globe and Mail, David Walmsley, à expliquer comment ils estiment que l’immigration contribue à l’économie. Le chef libéral Justin Trudeau s’en est alors pris au premier ministre sortant pour son refus des dernières semaines d’accueillir plus de réfugiés syriens. « Ces gens traversent l’océan, parviennent jusqu’au Canada et que fait M. Harper ? Il leur retire leurs soins de santé. Nous devons redevenir un pays qui est ouvert et accueillant. Oui, nous devons nous préoccuper de la sécurité, mais nous ne devons pas utiliser cela comme une excuse pour fermer nos portes. »

À ce moment, Stephen Harper n’a pas manqué de réagir. « Ces deux-là auraient voulu au cours des dernières semaines qu’on ouvre nos frontières pour littéralement laisser des centaines de milliers de personnes entrer sans documents ou sans faire de vérifications de sécurité. Cela aurait été une énorme erreur. » Cette affirmation, qui n’a aucun fondement dans la mesure où ni M. Trudeau ni M. Mulcair n’ont suggéré d’accueillir autant de Syriens, a fait bondir les principaux intéressés. « Nous avons un premier ministre qui préfère attiser la peur. Ce n’est pas bien, Monsieur », a lancé M. Trudeau. « Cela manque de dignité, s’est insurgé M. Mulcair pour sa part. C’est complètement faux de dire que quiconque voudrait ouvrir les portes à des gens sans se préoccuper de la sécurité. »

Pendant le segment du débat portant sur l’emploi, une offensive de M. Trudeau a amené Stephen Harper à reconnaître que son bilan n’était pas parfait. Ainsi, le chef libéral a demandé aux auditeurs : « Êtes-vous en meilleure posture aujourd’hui que vous ne l’étiez il y a 10 ans quand Stephen Harper est devenu premier ministre ? […] Si vous croyez que cette économie va bien, alors M. Harper est votre homme. » Ce à quoi le principal intéressé a répondu : « Je n’ai jamais dit que les choses vont bien. Mais je dis que nous vivons dans un environnement économique mondial très instable. Et je demande aux gens à la maison : au cours des 10 dernières années, où d’autre auriez-vous voulu être ? » D’autant plus que « ça fait maintenant sept années de suite que je rentre au travail avec rien d’autre que des crises économiques dans le monde », a-t-il plaidé.

M. Harper s’en est pris à ses rivaux en soutenant qu’ils alourdiraient le fardeau fiscal des travailleurs et leurs employeurs en bonifiant l’assurance-emploi et le Régime de pensions du Canada. Le chef libéral a alors répliqué du tac au tac : « Les pensions ne sont pas des impôts, M. Harper. Quand les gens prennent leur retraite, ils récupèrent leur argent de pension. Ils récupèrent leurs impôts. C’est ça, la différence. » Le chef néodémocrate a abondé dans le même sens. « Le Canadien moyen sait qu’un régime de pension est nécessaire. Dans la tête de Stephen Harper, le Régime de pensions du Canada est un impôt. Nous le voyons comme un investissement. »

Ce débat à trois, auquel n’avait pas été conviée la chef du Parti vert, Elizabeth May, était chronométré d’une main de fer, avec bruit de sonnette à l’appui pour signifier aux leaders que le temps était écoulé. Les temps d’échange étaient courts, amenant les chefs à parler très vite et à se couper la parole souvent. Le résultat a souvent été cacophonique.

Infrastructures

 

Sans surprise, le plan de M. Trudeau — qui prévoit trois déficits de suite pour investir 60 milliards dans les infrastructures — a été la cible d’attaques de ses deux rivaux.

« On ne doit pas dépenser davantage simplement pour le plaisir de dire qu’on a dépensé davantage », a scandé Stephen Harper. L’économie demeure fragile, et ce n’est pas le moment d’accuser un déficit malgré ce que martèle M. Trudeau, a-t-il insisté. « Il faut être capable de savoir, en tant que premier ministre, quand protéger l’argent des contribuables. » M. Harper a réitéré avoir investi plus que tous ses prédécesseurs en infrastructures.

Mais Justin Trudeau est revenu à la charge, martelant que les Canadiens avaient grandement besoin de logements et de transports en commun, eux qui sont pris dans les embouteillages tous les matins. « Vous avez été coincé dans votre limousine depuis 10 ans. Mais la plupart des Canadiens savent très bien que le sous-investissement en transports en commun est un frein notre économie », a lancé le chef libéral à M. Harper. Et les villes et provinces « ont besoin d’un partenaire fédéral fiable qui prenne ses responsabilités et investisse ». M. Harper ne l’a pas fait, a insisté M. Trudeau, et il a eu des déficits autant « les bonnes années » que « les mauvaises années ». « Les seules fois où vous avez dit que vous n’auriez pas de déficits, c’est les années électorales. »

M. Mulcair promet de ne pas retomber dans les déficits. « Nous savons que la seule façon d’amener des soins de la petite enfance est de le faire sur des bases solides, et c’est un budget équilibré », a affirmé le chef du NPD, qui n’a pas raté une seule occasion de parler de son programme de garderies — peu importe le thème discuté.

Or, la grande part du financement de ce programme arriverait en fin de mandat néodémocrate, a noté M. Trudeau. « Le long terme commence en fait maintenant, pas dans cinq ans, pas dans 20 ans, pas après quelques mandats de M. Mulcair. Les Canadiens ont besoin d’aide maintenant. »

Changements climatiques

 

Pendant le segment portant sur l’environnement, Thomas Mulcair s’est fait demander si le NPD militait toujours pour une taxe sur le carbone qui rapporterait 21 milliards de dollars. M. Mulcair s’en est dissocié, faisant plutôt l’apologie d’un système de plafonds et d’échanges d’émissions de gaz à effet de serre (GES). « Je ne crois pas qu’on peut garantir une réduction [de GES] avec une taxe sur le carbone. Une taxe sur le carbone est une taxe. Un système de plafonds et d’échanges peut garantir une réduction. » À ce moment, Justin Trudeau a fait une admission surprenante : son parti n’endossait plus un tel système, qu’il juge « irréaliste ». « L’idée d’imposer une bureaucratie d’Ottawa, un système de plafonds et d’échanges à des provinces comme la Colombie-Britannique qui est déjà allée de l’avant avec une taxe sur le carbone qui fonctionne pour elle est un non-sens total. »

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