Accueillir les minorités pour éviter les terroristes

Les conservateurs se défendent d’exclure délibérément les musulmans de Syrie, en privilégiant les minorités plus vulnérables dans leur accueil de réfugiés fuyant la région. Des milliers de Syriens de diverses fractions musulmanes sont persécutés par le groupe armé État islamique. Et en leur donnant la priorité, le Canada s’assure du même coup de ne pas inviter de terroristes au pays, a fait valoir le ministre sortant de la Défense, Jason Kenney.

Critiqué pour sa réponse à la crise des réfugiés syriens, Stephen Harper avait promis la semaine dernière d’annoncer « bientôt » de nouvelles mesures pour accélérer leur arrivée. Six jours plus tard, mercredi, le ministre Kenney a réitéré que l’annonce se ferait « dans un très proche avenir ».

Mais à ceux qui somment Ottawa de dépêcher des avions militaires pour aller chercher ces réfugiés au Proche-Orient, M. Kenney a rétorqué que ceux dont veut le Canada ne sont pas dans des camps. « Les minorités ciblées par les groupes EI ou al-Nosra ne vont pas dans ces camps, car elles y seraient aussi des minorités vulnérables. Elles vont ailleurs », a fait valoir le ministre en parlant de bidonvilles ou de villes comme Beyrouth, Amman ou Ankara, où vivent leurs familles éloignées.

Discrimination ?

Donner priorité à ces minorités, « c’est aussi une mesure de précaution, ajoute Jason Kenney. Parce que les gens qui sont victimes du terrorisme, par définition, ils ne l’appuient pas. » Moins de risques donc de faire venir un combattant qui se fait passer pour un réfugié.

Lorsque les conservateurs ont indiqué cet hiver qu’ils accorderaient la priorité aux réfugiés issus de minorités ethniques ou religieuses, les partis d’opposition les ont accusés de discriminer les musulmans.

« Ce n’est pas vrai », a rétorqué M. Kenney mercredi, en niant que son gouvernement ait usé d’un « discours codé pour exclure les musulmans ». Car les conservateurs ont dit qu’ils accueilleraient des ismaéliens, des Kurdes ou des Druzes, tous de confession musulmane, en plus des chrétiens. « Il n’est pas question d’un groupe religieux particulier. Il est question de gens qui se trouvent dans une guerre civile très complexe multifacettes, de gens qui “sont du mauvais côté” de groupes comme EI et al-Nosra. »

La Syrie compte 17,95 millions d’habitants, dont 87 % sont de confession musulmane — 74 % sunnites, 13 % chiites, ismaïliens ou alaouites, selon la CIA. La minorité kurde (9 %) est à majorité sunnite. Et 10 % de la population est chrétienne.

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