Une forteresse de moins en moins rouge

James Hughes (NPD) et Marc Garneau (PLC) sont des candidats «ministrables». Tous deux comptent cependant sur des vents favorables à leur parti pour l’emporter.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir James Hughes (NPD) et Marc Garneau (PLC) sont des candidats «ministrables». Tous deux comptent cependant sur des vents favorables à leur parti pour l’emporter.

Il fut un temps où Notre-Dame-de-Grâce–Westmount, cette enclave de privilégiés qui descend du flanc du mont Royal vers l’ouest, était une « forteresse », un « château fort » rouge, avec des majorités libérales de 16 000 voix. Plus maintenant. En 2011, le député vedette Marc Garneau l’a emporté par 642 voix. Et cette fois, il n’y a plus de certitudes. Le rouge peut devenir orange.

L’ancien astronaute libéral et son adversaire néodémocrate, James Hughes — considérés tous les deux comme des candidats « ministrables » —, font la même prière : que la campagne nationale de leur chef ait le vent dans les voiles à quelques jours du scrutin. Les gens veulent voter du bon bord. Le « bon bord », ici, c’est la meilleure façon de battre les conservateurs.

« Ce que je veux, c’est mettre dehors le gouvernement Harper », dit Leslie Bergman, propriétaire d’une clinique d’optométrie sur l’avenue Monkland, dans Notre-Dame-de-Grâce. « NDG », comme on dit ici, en anglais. Elle et ses employées, Donna Olsen et Shauna Mackenzie, sont libérales depuis toujours. On dit que le Québec rural a un vieux fond « bleu ». Ici, dans le Montréal anglophone, le rouge reste dominant. « Plus les conservateurs disent que Justin Trudeau n’est pas prêt, plus je l’aime ! » dit Shauna Mackenzie.

L’arrivée de nouvelles familles francophones, qui achètent les maisons des vieux Anglos, change le visage du quartier. Ces jeunes francos sont un terreau fertile pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair, qui gagne du terrain.

Traversée du désert

Le local électoral de Marc Garneau est situé juste à côté. Le candidat nous attend, avant de repartir faire du porte-à-porte. L’ancien astronaute de 66 ans, qui a aussi dirigé l’Agence spatiale canadienne, siège dans l’opposition depuis son élection en 2008. C’est long, l’opposition, quand on rêve de devenir ministre. « Quelqu’un a déjà dit que la pire journée au gouvernement est meilleure que la meilleure journée dans l’opposition », laisse tomber Marc Garneau en souriant.

Le député est arrivé en politique au moment où les conservateurs étendaient leurs racines face à des libéraux entachés par le scandale des commandites. Le Parti libéral du Canada (PLC) a fait une longue traversée du désert qui tire à sa fin, espère Marc Garneau. « On forme un nouveau parti, dit-il. On a clairement le meilleur programme. »




Pauvreté grandissante
 

Un peu plus loin, rue Sherbrooke, James Hughes nous donne rendez-vous dans un café situé en face de son local électoral. Parfaitement bilingue, ancien sous-ministre des Affaires sociales au Nouveau-Brunswick — « j’ai géré un budget d’un milliard de dollars », dit-il —, ce père de trois enfants serait sans doute ministre dans un gouvernement du NPD, chuchotent nos sources.

James Hughes est né ici, dans l’ouest de Montréal. Il a dirigé durant quatre ans la Mission Old Brewery, qui aide les itinérants. Il connaît dans le menu détail les enjeux de logement et d’itinérance. « Ce n’est pas suffisant d’héberger les itinérants dans un refuge. Il faut les aider à sortir de là », dit-il.

Le candidat néodémocrate dénonce ce qu’il appelle le soi-disant virage à gauche du parti de Justin Trudeau. « Les coupes dans les transferts sociaux aux provinces par le gouvernement Chrétien, au milieu des années 90, ont entraîné une hausse de l’itinérance. Il y avait 150 lits à la Mission Old Brewery en 1995. Dix ans plus tard, il y en avait 450 », dit-il.

De nos jours, la pauvreté prend un nouveau visage. Pas besoin de dormir sur le trottoir pour faire partie des plus démunis. De plus en plus de familles de travailleurs ont de la misère à se loger et à se nourrir, même dans un quartier riche comme ici, explique Halah al-Ubaidi, directrice du Conseil communautaire de NDG. L’organisme a distribué 40 000 paniers alimentaires l’an dernier.

Mme Al-Ubaidi applaudit l’engagement de Thomas Mulcair et de Justin Trudeau d’investir dans le logement abordable et dans la lutte contre l’itinérance. Mais d’autres enjeux interpellent cette gestionnaire originaire de l’Irak : les difficultés créées par le gouvernement Harper pour accéder à la citoyenneté. L’interdiction de se rendre dans des pays où sévissent des « terroristes ». « Ça ne sera pas facile d’aller visiter ma famille en Irak », dit-elle dans un bon français.

Les conservateurs ont mis des efforts considérables pour séduire les nouveaux arrivants, mais ces efforts rapportent peu à Montréal. « Je crois que les gens sont pas mal tannés du style centralisateur, un peu froid, du gouvernement Harper », dit Peter Trent, maire de Westmount. Il appuie Marc Garneau, mais reconnaît que le néodémocrate James Hughes a aussi des chances de l’emporter. « Les gens n’ont plus de fidélité à un parti. La corruption à Montréal a mené au cynisme et au fractionnement de l’électorat. Le taux de participation aux élections diminue. Tout est possible, on ne sait pas ce qui va se passer le 19 octobre. »

Candidats à l’élection de 2015

Lisa Julie Cahn - Indépendant

Marc Garneau - Parti libéral du Canada

Rachel Hoffman - Parti marxiste-léniniste du Canada

James Hughes - Nouveau Parti démocratique

Simon Quesnel - Bloc québécois

Richard Sagala - Parti conservateur

Melissa Kate Wheeler - Parti vert du Canada
642
Majorité du libéral Marc Garneau à l’élection de 2011

1300
Majorité estimée de Marc Garneau avec le redécoupage de la circonscription, basée sur les résultats de 2011
3 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 16 septembre 2015 08 h 11

    Néanmoins...

    Le site Si la tendance se maintient donne au PLC 93% des chances de garder le comté (ou plutôt de prendre ce nouveau comté...).

    • Gilles Théberge - Abonné 16 septembre 2015 09 h 01

      Comme quoi les journalistes écrivent parfois pou influencer l'opinion. Du moin c'est ce qu'on peut penser...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 16 septembre 2015 21 h 18

      et j'allais dire la même chose m. Théberge...
      ah quand deux grands esprits se recontrent :-)