Un surplus-surprise qui tombe à point pour Harper

Le chef conservateur Stephen Harper
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef conservateur Stephen Harper

Stephen Harper le promettait depuis des années, c’est maintenant chose faite : son gouvernement a retrouvé l’équilibre budgétaire l’an dernier, en affichant un surplus un an plus tôt que prévu. Le chef conservateur ne cachait pas sa joie lundi, prédisant même — malgré les avertissements de plusieurs experts — un second surplus cette année. Mais les libéraux accusent Stephen Harper d’avoir équilibré ses chiffres en réduisant en cachette les budgets des ministères.

La nouvelle ne pouvait pas mieux tomber pour les conservateurs, malmenés depuis deux semaines par la crise des réfugiés syriens. Stephen Harper avait retrouvé le sourire grâce au rapport annuel du ministère des Finances : plutôt qu’un déficit de 2 milliards — un septième de suite pour Stephen Harper —, c’est un surplus de 1,9 milliard qu’a enregistré le gouvernement fédéral en 2014-2015.

« Le surplus de la dernière année indique que nous sommes déjà en meilleure posture au commencement de cette année que prévu », a lancé le chef conservateur. S’ajoute à ce surplus l’autre que rapportait fin août le ministère des Finances : 5 milliards au premier trimestre de 2015-2016.

« Tous ces chiffres indiquent qu’on va avoir un surplus plus grand que prévu », a avancé Stephen Harper. « Alors, ce sera deux surplus de suite. C’est un record ! »

Ce que le chef conservateur n’a pas dit, c’est que les entrées de fonds d’Ottawa varient d’un mois à l’autre et que ce surplus ponctuel, entre avril et juin, risque d’être annulé en partie ou en totalité par les déficits d’autres mois. Le directeur parlementaire du budget a en outre prédit, en juillet, que le surplus de 1,4 milliard prévu pour 2015-2016 fondrait en déficit de 1 milliard, en raison des perspectives économiques moins positives de la Banque du Canada. « Je ne vois peu ou pas de risque à ce que nous atteignions autre chose qu’un surplus pour une deuxième année de suite, en se basant sur la trajectoire sur laquelle on se trouve », a néanmoins affirmé M. Harper.

Mais cette promesse est conditionnelle à ce que ce soit son parti qui soit réélu, et non le Nouveau Parti démocratique ou le Parti libéral, a-t-il prévenu. Car bien que l’économie canadienne se porte bien, la situation mondiale demeure instable. « Les mauvaises décisions maintenant au niveau national vont causer de réels dégâts économiques », a averti M. Harper.

Un surplus volé

Le chef libéral, Justin Trudeau, l’a toutefois accusé d’avoir atteint l’équilibre budgétaire à coup de « jeux politiques » en ne dépensant pas de façon systématique les budgets de ses ministères. « Si M. Harper a pu créer un maigre surplus l’année passée, c’est bien parce qu’il a choisi de couper dans les programmes pour nos anciens combattants, pour nos aînés, dans notre assurance-emploi. Pour pouvoir présenter un projet soi-disant équilibré à temps pour les élections. »

Les conservateurs se sont faits les champions des crédits budgétaires inutilisés. Le directeur parlementaire du budget notait même, il y a deux ans, que « le montant ainsi périmé augmente régulièrement depuis 10 ans, et il a atteint un sommet de 11,2 milliards de dollars (12,1 % des autorisations budgétaires) en 2010-2011 ».

Le ministère des Finances explique le surplus-surprise de l’an dernier par une hausse de 10,7 milliards des revenus d’Ottawa. Il note également que le montant des crédits inutilisés par les ministères a été plus élevé que prévu, par un montant de 1,5 milliard. Une réserve qu’aurait déjà connue le gouvernement Harper au moment de présenter son budget en avril dernier, mais dont il n’a pas fait état, selon les libéraux.

L’accusation est « absolument absurde », a rétorqué Stephen Harper. « Nous nous assurons toujours que les ministères aient amplement d’argent, mais on ne s’attend pas à ce qu’ils dépensent chaque cent. On s’attend à ce qu’ils dépensent efficacement. »

Le sort des finances publiques risque de dominer cette septième semaine de campagne, alors que les chefs fédéraux se préparent justement à un second débat sur l’économie organisé par le Globe and Mail.

M. Trudeau devra justifier le retour aux déficits à coup de milliards en infrastructures pour stimuler l’économie.

Thomas Mulcair promet, comme Stephen Harper, des budgets équilibrés. « Les chiffres d’aujourd’hui représentent une bonne nouvelle pour les Canadiens. Et cela démontre que le NPD va entamer [son mandat] du bon pied », a fait valoir le chef néodémocrate, qui a promis de présenter son cadre budgétaire d’ici au débat de jeudi. Il a cependant déjà eu à le défendre lundi, les journalistes notant que l’essentiel de ses nouvelles dépenses seraient faites en fin de mandat. « C’est une question de gros bon sens en termes d’administration publique. […] C’est une question de planifier à long terme, a répliqué M. Mulcair. Nous n’avons pas besoin d’une vision à court terme comme celle des libéraux, qui vont déverser une immense dette sur le dos des générations futures. »

M. Trudeau n’est cependant pas seul dans son camp. Gilles Duceppe a fustigé les adeptes de l’austérité budgétaire, s’inquiétant de voir un surplus à Ottawa alors que les dépenses en santé par exemple continuent d’exploser pour les provinces. Le chef bloquiste estime lui aussi qu’il vaudrait mieux profiter de la période économique actuelle pour investir.

Le plan libéral est aussi plus populaire chez les Canadiens. Selon un sondage Forum mené les 9 et 10 septembre, 29 % des 1300 répondants estiment qu’il s’agit de la meilleure plateforme économique, contre 24 % pour le plan conservateur et 21 % pour celui du NPD.

4,5 milliards
C’est le surplus du compte de l’assurance-emploi en 2014-2015, selon le rapport financier annuel du gouvernement fédéral. Le même rapport conclut à un surplus global de 1,9 milliard pour la même année.

La citation du jour

«Nous avons fait une quarantaine d’études et nous croyons que l’enjeu a été étudié à mort.»

Stephen Harper, au sujet de son refus de déclencher une enquête publique sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. Dans un entretien publié lundi par le magazine Châtelaine, le premier ministre et chef du Parti conservateur ajoute qu’il s’agit d’un phénomène « dérangeant » et que c’est la raison pour laquelle son gouvernement préfère investir ­dans la prévention et les enquêtes policières. «Il est temps de passer à l’action», conclut-il.


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