Dix provinces, trois territoires et autant de luttes

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Colombie-Britannique

Deux importants projets de pipelines, destinés à amener le pétrole albertain vers de nouveaux marchés d’exportation, ont fait l’objet de nombreux débats dans la province de l’Ouest. Le NPD a tapé fort sur le tracé Northern Gateway d’Enbridge. Il a été plus timide en ce qui concerne celui de Kinder Morgan, le Trans Mountain. La chef du Parti vert Elizabeth May n’a pas manqué de le reprocher à Thomas Mulcair, au débat des chefs Maclean’s. Car c’est en Colombie-Britannique que Mme May a remporté son siège, le seul des verts au pays. La lutte s’annonce pour l’instant une course à deux entre le Parti conservateur et le NPD, qui mène largement dans les intentions de vote. Ce n’est pas pour rien que M. Mulcair s’est déjà rendu à deux reprises sur la côte ouest. Le Parti vert pourrait toutefois grappiller quelques appuis au NPD et aider le Parti conservateur ou le Parti libéral, dans cette province qui comptera six nouvelles circonscriptions en vertu du redécoupage de la carte électorale.

Alberta

Le raz-de-marée néodémocrate qui a causé la surprise en mettant un terme au règne des progressistes-conservateurs se maintiendra-t-il ou cette seconde vague orange se brisera-t-elle au fédéral ? La nouvelle première ministre provinciale Rachel Notley annoncera peu à peu, avec la rentrée, ses premiers changements politiques. Des décisions qui pourraient dissuader certains Albertains qui avaient fait confiance au NPD provincial de faire de même sur la scène fédérale. Le Parti conservateur de Stephen Harper demeure bon premier. Les six nouvelles circonscriptions, qui s’ajouteront à la carte électorale cet automne, auraient été acquises à ses troupes si l’on se fie aux résultats de 2011. Il faudra cependant surveiller la région d’Edmonton, qui a massivement voté NPD le printemps dernier et mené au changement de gouvernement albertain. La seule députée fédérale du NPD s’y trouve, Linda Duncan, qui représente Edmonton-Strathcona.

Saskatchewan

Représentée au provincial par un allié et collègue de la droite de Stephen Harper — le populaire Brad Wall, qui est toujours bien en scelle après près de quatre ans au pouvoir —, la province des Prairies ne risque pas de changer massivement d’allégeance politique au fédéral. À moins que les ajustements apportés à la carte électorale ne fassent perdre quelques plumes aux conservateurs, comme ils le craignaient. Les députés de Stephen Harper s’étaient plaints l’an dernier que les nouvelles limites créent des comtés plus urbains — ce qui aiderait le NPD, au détriment du PC. Les néodémocrates feront ainsi campagne plus activement dans les régions de Regina et de Saskatoon. Thomas Mulcair a fait escale dans cette dernière il y a dix jours.

Manitoba

Les néodémocrates et les libéraux espèrent faire de petits gains, leurs chefs s’y étant tous deux arrêtés en première moitié de campagne. Le Parti libéral de Justin Trudeau a les yeux rivés sur la région de Winnipeg, qui compte huit circonscriptions, dont celle de son unique député manitobain, Kevin Lamoureux. Thomas Mulcair courtise quant à lui la population autochtone du Manitoba — la plus importante au pays —, à qui il a réitéré sa promesse de tenir une enquête publique sur les femmes autochtones assassinées ou disparues, de passage à Winnipeg fin août. Le chef du NPD fédéral ne s’inquiète pas de payer les frais de l’énorme impopularité de son homologue provincial Greg Selinger. Le premier ministre manitobain a difficilement survécu cette année à une mutinerie de son caucus, qui est nerveux en vue de l’élection de 2016, car les Manitobains n’ont toujours pas digéré la hausse de la taxe de vente provinciale.

Ontario

C’était LE champ de bataille de l’élection de 2011. Ce le sera encore davantage cette année, avec 15 nouvelles circonscriptions et donc 121 sièges que se disputent farouchement les trois partis fédéraux. Les caravanes conservatrice, néodémocrate et libérale y ont passé une bonne part de la première moitié de campagne. Le Parti conservateur y a emporté sa majorité il y a quatre ans, dans les banlieues multiculturelles de Toronto. Or c’est justement là qu’il pourrait la perdre. Le Parti libéral fonde beaucoup d’espoirs sur l’Ontario. L’équipe électorale de Justin Trudeau compte plusieurs joueurs qui ont aidé Kathleen Wynne à gagner une majorité l’an dernier. Et l’idée de M. Trudeau d’investir massivement pour relancer l’économie est tirée directement de la plateforme de Mme Wynne. Le NPD de Thomas Mulcair peine à percer pour l’instant en Ontario. Il faudra voir si la vague orange finit par traverser la frontière ontarienne.

Québec

La popularité intarissable de Thomas Mulcair au Québec risque d’en faire la course la plus prévisible au pays. Avec des appuis au-delà des 40 % dans tous les sondages, le NPD est en voie de conserver la majorité sinon toutes ses circonscriptions. La remontée du Bloc québécois avec le retour de Gilles Duceppe aura été de courte durée. Le chef bloquiste pourrait même perdre une deuxième fois dans son ancien fief de Laurier–Sainte-Marie. Les espoirs de percées qu’avaient les conservateurs, entre Québec et Montréal, se sont aussi estompés. Même dans la région de la capitale nationale, la recrue-vedette Gérard Deltell semble en bien mauvaise posture, tout comme Steven Blaney ou Jacques Gourde. Les libéraux de Justin Trudeau pourraient cependant faire des gains dans la région de Montréal, eux qui ont repris du galon depuis 2011. Il faudra aussi surveiller les trois nouvelles circonscriptions créées autour de Montréal, en vertu du redécoupage électoral. Elles auraient été au NPD (2) et au PLC (1) si on y transpose les résultats de 2011.

Maritimes

La côte est deviendra-t-elle rouge ? Le Parti libéral trône en tête des intentions de vote depuis des mois dans les Maritimes. Et la promesse de Justin Trudeau de bonifier de 2 milliards de dollars le programme d’assurance-emploi risque d’asseoir sa popularité dans cette région où le taux de chômage surpasse de deux à trois points de pourcentage la moyenne nationale. La réforme de l’assurance-emploi de Stephen Harper avait été vivement dénoncée, là où se trouve une majorité de travailleurs saisonniers. Les libéraux provinciaux ont emporté depuis une majorité au Nouveau-Brunswick (précédemment conservatrice) et en Nouvelle-Écosse (qui était néodémocrate). Dans cette dernière, M. Trudeau a recruté l’ex-député conservateur bien connu Bill Casey. Au Nouveau-Brunswick, le ministre Bernard Valcourt serait menacé. Et le chef libéral a attiré les foules dans la seule circonscription conservatrice de l’Île-du-Prince-Édouard, celle de la ministre Gail Shea.

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