Le 11-Septembre ramène le terrorisme au menu

À Ottawa, Stephen et Laureen Harper ont commémoré la mort des victimes canadiennes des attentats.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne À Ottawa, Stephen et Laureen Harper ont commémoré la mort des victimes canadiennes des attentats.

Les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont mené à une journée de campagne électorale à saveur de terrorisme et de sécurité. Stephen Harper a profité de l’occasion pour marteler que seul le Parti conservateur saura protéger les Canadiens, car néodémocrates et libéraux sont figés par la « rectitude politique ».

Les chefs fédéraux ont tour à tour souligné le triste anniversaire, qui a fait 24 victimes canadiennes à New York. Quatorze ans plus tard, la lutte n’est pas terminée, a enchaîné M. Harper.

« Là où il occupe le territoire, [le groupe État islamique] fait preuve d’un barbarisme, d’un sadisme qui dépasse même les pires excès des talibans et d’al-Qaïda », a dénoncé le chef conservateur. « Le fait qu’ils ont le Canada et les Canadiens comme cible devrait tous nous faire réfléchir. […] Nos amis et alliés agissent et nous devons aussi agir. Cependant, ici, au Canada, seul notre parti, le Parti conservateur, va le faire. » Les partis d’opposition, a poursuivi M. Harper, s’opposent « pour des raisons idéologiques et irresponsables » à tout geste pour contrer le terrorisme.

Le NPD s’oppose à la mission militaire contre EI et Thomas Mulcair y mettrait fin dès son élection. Le chef libéral Justin Trudeau cesserait la mission de bombardement, mais poursuivrait celle de formation des forces locales. M. Mulcair abrogerait par ailleurs la loi antiterroriste des conservateurs (C-51), car celle-ci accorde trop de pouvoirs aux agences de renseignement, selon lui. M. Trudeau la modifierait pour protéger davantage les libertés civiles des Canadiens.

« La menace à ce pays, aujourd’hui, ce n’est pas le SCRS [Service canadien du renseignement de sécurité], c’est EI ! Voilà quelque chose que nous comprenons, mais que les deux autres ne semblent pas comprendre », a lancé Stephen Harper aux militants conservateurs réunis à Victoriaville vendredi.

Forces locales

 

M. Harper s’oppose toujours à l’envoi de troupes canadiennes au sol. Ce qu’il faut, c’est que les forces locales soient « prêtes à faire le gros de la lutte et à sécuriser leur propre territoire de façon permanente ». Et c’est pour cela que les Forces canadiennes entraînent les troupes locales sur le terrain, a-t-il noté. C’est ce second pan de la mission que conserverait M. Trudeau.

« Le Parti libéral estime qu’il est important de participer à la lutte militaire contre EI. Notre choix, c’est d’y participer avec une mission de formation, pour s’assurer que les troupes locales peuvent faire tout ce qu’elles peuvent », a réitéré Justin Trudeau, en Colombie-Britannique.

Thomas Mulcair maintient de son côté que le Canada a mieux à faire : bloquer la route aux armes, à l’argent et aux combattants étrangers qui partent rejoindre le groupe armé État islamique. « C’est un rôle positif que le Canada peut avoir au sein de cette coalition [internationale] », a-t-il fait valoir depuis Edmonton.

Pour une première fois depuis qu’est apparue la photo du petit Aylan Kurdi, mort noyé en fuyant la Turquie vers l’Europe, Stephen Harper n’a pas eu à défendre l’accueil de réfugiés syriens par son gouvernement. M. Mulcair argue qu’il en accepterait 10 000 dès son élection, et ce, d’ici la fin de l’année 2015 (soit en dix semaines).

La Grande-Bretagne a elle aussi redoublé d’efforts pour accepter davantage de réfugiés, mais elle a choisi de privilégier ceux qui sont toujours en Syrie plutôt qu’en Europe, pour freiner l’exode de migrants vers le vieux continent. M. Mulcair, qui propose d’aller les chercher pour les ramener au Canada, ferait-il de même ? Le chef du NPD n’a pas voulu « se perdre dans des détails comme ça. […] L’important, c’est de commencer à travailler dès maintenant ».

Stephen Harper a réservé son annonce électorale du jour à la lutte contre le terrorisme : les conservateurs renouvelleraient le financement de 10 millions sur 5 ans réservé au « projet Kanishka » de recherche sur le terrorisme et la radicalisation.

Ce projet de recherche a été mis sur pied en 2011. Deux ans plus tard, M. Harper s’était moqué du fait que Justin Trudeau s’interroge sur les causes d’actes terroristes comme l’attentat qui venait d’être mené au marathon de Boston. « Quand on voit ce genre de geste, ce genre d’actes de violence, on ne s’assoit pas pour essayer de le rationaliser ou d’y trouver des causes profondes. On le condamne catégoriquement et on traite les responsables le plus sévèrement possible », avait scandé le chef conservateur.

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