Stephen Harper revoit son plan

Stephen Harper est sous le feu des critiques depuis une semaine pour son refus de mettre en place des mesures d’accueil extraordinaires.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Stephen Harper est sous le feu des critiques depuis une semaine pour son refus de mettre en place des mesures d’accueil extraordinaires.

Après avoir essuyé les critiques de ses adversaires depuis près d’une semaine quant à sa réponse à la crise des réfugiés syriens, Stephen Harper semble prêt à changer de ton. Le chef conservateur a laissé entendre jeudi qu’il annoncerait bientôt de nouvelles mesures pour accélérer l’arrivée de réfugiés au pays.

La photo du bambin Aylan Kurdi, mort noyé après que sa famille eut tenté de fuir en bateau vers l’Europe, hante encore la campagne conservatrice. Interrogé de nouveau sur les efforts du gouvernement pour accélérer l’accueil de ces migrants, Stephen Harper s’est fait avare de commentaires… pour l’instant.

« J’ai dit que nous allions prendre des mesures concrètes pour accélérer le processus. […] Nous allons mettre de l’avant nos plans dans un avenir très rapproché », a indiqué le chef conservateur, qui a promis une fois de plus d’accueillir davantage de réfugiés, plus rapidement, tout en s’assurant de privilégier les plus vulnérables.

Cet ajustement de la position conservatrice survient au terme d’une semaine difficile pour le parti, qui s’est retrouvé troisième dans les sondages et dont la directrice de campagne, Jenni Byrne, a été critiquée par certains en coulisses. Mme Byrne est d’ailleurs rentrée à Ottawa, mercredi. M. Harper a nié, jeudi, que cela témoigne d’une insatisfaction à son égard. « J’ai une bonne équipe », a-t-il insisté. Dans les coulisses conservatrices, on argue qu’il y a toujours un va-et-vient des stratèges entre le quartier général de la campagne, à Ottawa, et la caravane du chef. Il ne faut « tirer aucune conclusion ».

Stephen Harper a promis, le mois dernier — avant que la photo du petit Aylan fasse les manchettes —, d’accueillir 10 000 réfugiés syriens supplémentaires sur quatre ans. En janvier, il s’était engagé à en accepter 10 000 sur deux ans — 2374 sont arrivés au pays.

Le chef libéral voit d’un bon oeil les changements qu’annoncera Stephen Harper. Car les Canadiens, les villes et les provinces somment Ottawa d’accepter davantage de réfugiés syriens, et plus rapidement. « Je suis content que le premier ministre soit peut-être en train de reconnaître qu’il doit en faire plus de façon immédiate », a réagi Justin Trudeau, qui avait proposé, en vain, une rencontre entre les chefs fédéraux pour convenir d’un plan de match pour répondre à la crise.

Dangereux, vraiment ?

M. Harper a réitéré qu’il faudrait toutefois prendre les précautions nécessaires pour accélérer le processus tout en protégeant la sécurité du pays. Le chef conservateur n’a pas voulu donner plus de précisions quant aux risques. « Je crois que ça ne prend pas grand-chose pour que le public comprenne, compte tenu de la nature du conflit dans la région de la Syrie et de l’Irak », a-t-il affirmé en rappelant qu’il a été dans un camp de réfugiés de Jordanie. « J’y ai reçu un briefing très détaillé sur la sécurité, a relaté M. Harper. Soyons clairs, les camps dans cette région ne sont pas de simples camps de réinstallation de réfugiés. Ces camps sont armés, sous surveillance militaire. »

La Presse canadienne a toutefois noté qu’en 2014, M. Harper était entré en véhicule blindé pour rencontrer des travailleurs humanitaires du camp en question. Il n’a rencontré aucun réfugié. Les journalistes qui l’ont accompagné lors de ce voyage ont un souvenir un peu différent de l’endroit : des jeunes familles, beaucoup d’enfants, beaucoup de misère.

Cet argument sécuritaire, selon Thomas Mulcair, n’est qu’une excuse de plus pour M. Harper « pour ne rien faire ». Soit, il y a un souci de sécurité et tous les pays y font face. « Mais ce n’est pas une excuse pour l’inaction », a rétorqué le chef néodémocrate. Le Canada aurait pu brandir la même inquiétude quand il a fait venir des dizaines de milliers de « boat people du Vietnam. Il aurait pu y avoir toutes sortes de gens là aussi ».

Le NPD promet l’arrivée de 10 000 Syriens d’ici la fin de l’année. Comment y arrivera-t-il en si peu de temps ? Il y a des « embûches administratives », a consenti M. Mulcair, sans toutefois préciser comment les corriger. « Quand il y a de la volonté, il y a moyen d’y arriver. »

Le chef néodémocrate a appelé le gouvernement à verser une somme équivalant aux dons que verseront les Canadiens aux organismes venant en aide aux réfugiés syriens. M. Mulcair a d’ailleurs fait un don à la Croix-Rouge, jeudi.

Les conservateurs n’ont pas répondu à cette demande. « Nous allons nous assurer de tirer profit de cette générosité à travers le pays », avait affirmé M. Harper en début de journée.

Un éminent stratège en renfort

Au coeur de la tourmente, les conservateurs de Stephen Harper ont embauché un stratège australien surnommé le « magicien d’Oz », rapportait jeudi soir le Globe and Mail. Lynton Crosby est connu pour avoir aidé le parti du premier ministre britannique David Cameron à remporter une majorité aux élections de 2015. La campagne conservatrice traverse une période houleuse ; pris par la question des réfugiés syriens, le parti est désormais troisième dans les sondages. Le porte-parole Kory Teneycke a refusé de confirmer ou d’infirmer les informations du Globe and Mail. Selon une source au sein du parti citée par le quotidien, M. Crosby n’aurait pas été recruté pour remplacer l’actuelle directrice de campagne, Jenni Byrne, mais serait plutôt affecté à l’analyse de sondages.
1 commentaire
  • Michel Coron - Inscrit 11 septembre 2015 01 h 35

    Ce qu'il faudra bien prévoir.

    J'aimerais bien que nos candidats répondent à cette question: que va-t-il se passer dans moins d'un mois lorsque le flot des migrants qui ne cesse d'augmenter aux portes de l'Europe grimpera de façon exponentielle pour atteindre plusieurs millions de personnes déplacés ? Car il semble bien que cette marée humaine puissse se transformer en déluge.