Le Canada ouvre les bras, mais Harper résiste

Stephen Harper juge que le Canada en fait assez.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Stephen Harper juge que le Canada en fait assez.

Provinces, villes et citoyens voulaient tous en faire plus pour répondre à la crise des migrants syriens, au lendemain de l’onde de choc provoquée par la mort d’Aylan Kurdi, échoué sur une plage turque. Mais Stephen Harper n’a pas répondu à leur appel. Il maintient que le Canada en fait déjà beaucoup et il n’en fera pas plus.

Le chef conservateur a annoncé, il y a deux semaines, qu’Ottawa accueillerait 10 000 réfugiés syriens de plus d’ici quatre ans. Un chiffre qui s’ajoute aux 10 000 Syriens et 3000 Irakiens promis, en janvier, sur trois ans. Du premier groupe annoncé, seuls 2374 réfugiés syriens sont arrivés au pays.

« Nous réalisons qu’on doit en faire venir davantage, et qu’on doit le faire de façon plus efficace et plus rapidement », a consenti Stephen Harper. Mais cet effort supplémentaire, le Canada le fait déjà, a-t-il tranché. Et la solution à la crise syrienne ne peut pas se résumer qu’à un politique d’accueil des réfugiés. « Nous devons avoir une politique pour les réfugiés, une politique humanitaire, et une politique militaire également. Toute autre réponse est inadéquate et est une dérobade. Et notre pays ne fera pas ça », a argué une fois de plus M. Harper, qui a été forcé d’aborder la crise syrienne pour une deuxième journée de campagne consécutive, cette fois-ci à Whitehorse.

Large mobilisation

Le sort de ces millions de migrants syriens a pourtant outrepassé les débats électoraux cette semaine, alors que plusieurs provinces et municipalités ont fait valoir qu’elles étaient prêtes à accueillir leur lot de réfugiés. Si le Canada les laisse arriver au pays.

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, s’est dit ouvert à en accueillir « des milliers », reconnaissant que le Québec devait faire « beaucoup mieux » pour recevoir ces réfugiés de ces « terres dévastées par le terrorisme et la guerre ». Il s’agit cependant d’une compétence partagée : Québec s’entend avec Ottawa sur le nombre et la provenance de ces réfugiés.

La Nouvelle-Écosse souhaiterait elle aussi collaborer. La vice-première ministre de la province, Diana Whalen, a indiqué avoir avisé le fédéral cet été, mais n’a pas eu de nouvelles. Le Manitoba a quant à lui versé 40 000 $ pour donner un coup de main aux organismes d’aide et d’accueil des réfugiés de sa province.

De son côté, l’Ontario a sommé Ottawa d’accepter 5000 demandeurs d’asile syriens dès cette année. Le ministre libéral de la Santé, Eric Hoskins, a en outre annoncé que la province verserait 300 000 $ à l’organisme Lifeline Syria, qui tente d’amener 1000 réfugiés syriens à Toronto. Le maire de la Ville reine, John Tory, parraine lui-même l’une de ces familles — un processus entamé avant que la photo du bambin Kurdi ne fasse le tour de la planète. Le maire d’Ottawa, Jim Watson, a envoyé une lettre au fédéral se disant disposé à accueillir des réfugiés. Celui d’Edmonton, Naheed Nenshi, a qualifié de « honte » le fait que le Canada n’ait même pas encore accepté tous les réfugiés syriens qu’il s’est engagé à recevoir.

Coderre veut un programme d’urgence

Le maire de Montréal, lui, a appelé Ottawa à adopter un programme spécifique et d’urgence pour répondre à la crise actuelle. « Il y a quatre millions et demi de déplacés. Il ne faut pas que ce soit juste l’histoire d’une journée. Il faut que le gouvernement canadien — et c’est non partisan — dise “ on n’est pas juste désolé et on en fait déjà ”. On n’en fait pas assez », a imploré Denis Coderre. En tant qu’ancien ministre de l’Immigration, il a offert de coordonner une stratégie des grandes villes canadiennes.

Les municipalités sont d’ailleurs unanimes : la Fédération canadienne des municipalités demande au fédéral d’intervenir et de prendre une part plus active dans le dossier, a rapporté M. Coderre sur son compte Twitter.

Malgré ces nombreux appels, Stephen Harper n’a pas bronché vendredi.

« Le problème, c’est que le Canada peut en faire plus, mais M. Harper, de toute évidence, avec ces réponses, est en train de signaler que ce n’est pas son intention. Et c’est fort regrettable », a dénoncé Thomas Mulcair. « Quand on veut, on peut. Si on cherche des excuses pour ne pas agir, on va les trouver. Si on veut agir pour sauver des vies, on va agir pour sauver des vies », a fait valoir le chef du NPD.

Justin Trudeau s’est montré du même avis, en notant que le premier ministre britannique, David Cameron, et d’autres chefs d’État « montrent que ce qu’il faut pour accueillir beaucoup plus de gens en un très court temps, c’est simplement de la volonté politique ». La Grande-Bretagne a annoncé qu’elle ouvrirait finalement la porte à « des milliers » de migrants de plus (voir encadré). L’Allemagne compte maintenant en recueillir 800 000 au total. Le Canada « l’a fait dans le passé, en temps de crise, et on peut le faire de nouveau », a insisté le chef libéral.

Gilles Duceppe a abondé en ce sens. Ottawa a accueilli 7000 réfugiés kosovars tout en participant à une mission militaire. M. Harper argue qu’il combine déjà effort militaire et humanitaire. « Oui, mais ils ne vont pas assez vite, ils se donnent jusqu’en 2018 ! » a rétorqué le chef bloquiste, à la promesse conservatrice d’accueillir 20 000 Syriens d’ici quatre ans.

« On est là pour ça, a sermonné M. Duceppe. Si on est en politique et qu’on pense qu’on n’a pas à répondre à des besoins humanitaires, ce n’est pas notre place. »

 

Électeurs divisés

Un coup de sonde de la firme Angus Reid pourrait expliquer la position des différents chefs fédéraux. Seuls 39 % des électeurs conservateurs estiment que le Canada devrait accueillir davantage de réfugiés, tandis que ce chiffre atteint 62 % chez les électeurs néodémocrates ou libéraux. Deux fois plus de conservateurs croient que plusieurs de ces demandeurs d’asile sont des réfugiés bidon (37 %, contre 15 % et 14 % pour les néodémocrates et les libéraux). Et les conservateurs sont moins nombreux à croire que le Canada a un rôle à jouer dans cette crise mondiale (58 %, contre 74 % et 77 % pour le NPD et le PLC). Le sondage a été mené auprès de 1400 Canadiens, et compte une marge d’erreur de 2,6 points de pourcentage 19 fois sur 20.

Avec La Presse canadienne

David Cameron se ravise et accueillera plus de réfugiés

Il aura fallu 24 heures au premier ministre David Cameron pour changer d’avis et affirmer que son pays était prêt à « accueillir des milliers de réfugiés syriens supplémentaires », face à l’émoi suscité par les images du petit Aylan Kurdi. En visite à Lisbonne, puis à Madrid, pour promouvoir son projet de réforme de l’Union européenne, c’est sur la crise des réfugiés que M. Cameron était attendu alors que son refus jusqu’alors d’accepter plus de monde sur le territoire britannique menaçait de l’isoler de ses partenaires.

« Face à l’ampleur de la crise et à la souffrance des gens, je peux annoncer aujourd’hui que nous ferons davantage, en accueillant des milliers de réfugiés syriens supplémentaires », a-t-il promis à Lisbonne, à l’issue d’un entretien avec son homologue portugais, Pedro Passos Coelho. Une aide de 100 millions de livres (environ 201 millions de dollars) sera débloquée pour faire face à la crise humanitaire entraînée par l’exode des Syriens, portant l’aide totale britannique à 1 milliard de livres, a-t-il précisé quelques heures plus tard, à Madrid.

Il a insisté sur la nécessité de ne retenir que des personnes se trouvant dans des camps de réfugiés des Nations unies dans les pays voisins de la Syrie « afin de ne pas encourager de périlleux périples » par la mer. David Cameron n’a pas chiffré le nombre de réfugiés supplémentaires que le Royaume-Uni était prêt à accueillir, renvoyant pour les détails à la semaine prochaine.
Agence France-Presse
24 commentaires
  • René Tinawi - Inscrit 5 septembre 2015 06 h 00

    Oui aux réfugiés...mais!

    On espère que les réfugiés Syriens qui viendront éventuellement au Québec seront du calibre des ‘Boat people’ qui se sont magnifiquement intégrés et ont grandement contribués à la société québécoise depuis 40 ans.

    J’espère de tout cœur que ces réfugiés n’auront pas en priorité l’application d’un Islam intégriste, politique et rétrograde surtout pour les femmes. Contrairement à certains aux musulmans résidants au Québec, j’espère que la liste interminable d’accommodements déraisonnables ne sera pas leur priorité, mais que ces réfugiés s’adapteront à la société d’accueil et non l’inverse…

    Dans les nouvelles d’hier, les ministres des affaires extérieures de la Pologne et de la République Chèque ont déclarés ne pas vouloir de réfugiés dans leur pays parce qu’ils sont musulmans. Je suis persuadé que ces ministres ne sont pas islamophobes, ils se basent tout simplement sur le constat que l’Islam intégriste, fanatique, politique et rétrograde est complètement incompatible avec la culture judéo-chrétienne en Europe…et chez nous.

    Je ne suis pas du tout d’accord avec les politiques de M. Harper qui démontrent clairement un politicien avec un esprit fermé. Je suis un immigrant moi-même et contrairement aux politiciens, je n’accepte pas l’outrecuidance religieuse.

    Oui aux réfugiés…mais on le souhaite tous, qui auront du respect envers une société laïque!

    René Tinawi

    • Patrick Daganaud - Abonné 5 septembre 2015 07 h 10

      « Oui, mais... » si tu n'entres pas dans le crible de René, je te laisse te noyer?

      « Oui, mais... », tu dois avoir le calibre des boat people...

      » Oui, mais...»

      Mais non!

    • Lise Bélanger - Abonnée 5 septembre 2015 07 h 49

      Cher monsieur,

      Si vos craintes n'étaient bien fondées, nous en feriez-vous part?

    • Nicole Vermette - Inscrite 5 septembre 2015 08 h 23

      Tout à fait d'accord avec vous, M. Tinawi. Il semble que, parmi les gens qui ont besoin d'aide, il se glisse toujours plusieurs intégristes. Ne l'oublions pas!

    • Patrick Daganaud - Abonné 5 septembre 2015 11 h 49

      La compassion de Harper a fait des petits : ses clones apathiques calculent le profit, puis tendent leur main secourable (ils n'en ont qu'une)...au bout de laquelle un questionnaire tendu au mourant « renseigne » la qualité du réfugié qu'il prétend être.

      Qu'ils soient eux-mêmes des fabriques à l'intégrisme ne leur effleure pas l'esprit : leur programmation ne possède pas cette fonction, pas plus que celle qui fige Harper en un automate sans âme.

    • Sylvain Rivest - Abonné 7 septembre 2015 19 h 21

      Vos craintes sont justifier M. Tiwani,

      On peut constater que des familles syriennes accuellies en Uruguay protestent à cause du coût de la vie dans ce pays et qu'ils ne peuvent vivre selon leurs valeurs!!!

      Que des migrants passant par la Macédoine refusent les rations de secours car ils exigent du halal!!!

      Je sais bien qu'il ne faut pas généraliser. Mais où allons-nous avec ces fous de allah!
      Quand des chefs religieux prennent la population en otage et que des hommes prennent leur femme en otage il y a de quoi se questionner sur cette secte qui prend trop d'ampleur.

  • André Tremblay - Abonné 5 septembre 2015 08 h 13

    Pauvre Kanada

    Il nous fait encore honte... Vivement le 19 octobre pour qu'on se débarasse de ces dynausaures.

    • Patrick Daganaud - Abonné 5 septembre 2015 11 h 49

      Vous avez bien raison, Monsieur Tremblay!

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 septembre 2015 11 h 26

      Qu'est-ce qu'un dynausaure? Une nouvelle espèce de dinosaure?

  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 5 septembre 2015 09 h 50

    S. Harper à peut être raison!

    Je ne voterai pas pour S. Harper mais je suis presque d'accord avec lui, il faut acceuillir des migrants mais il faut être prudent dans nos choix, surtout qu'il a beaucoup émotion et douleur dans cette crise humanitaire

    • Patrick Daganaud - Abonné 5 septembre 2015 11 h 57

      Vous aurez encore le choix pour votre candidat : cela vous en prend un qui ne soit pas Harper, mais qui vous permette d'être d'accord avec lui et, comme il faut être prudent en ces temps d'émotion et de douleur, un qui soit en mesure de secourir, mais avec la prudence qui impose l'immobilisme.

      Avez-vous songer à vous lancer en politique?

    • Sylvain Rivest - Abonné 7 septembre 2015 19 h 25

      effectivement, je pose des questions sur Trudeau, Mulcair et Duceppe.
      Ils jouent le jeu de harper et se positionnent contre le bon sens juste parce que c'est lui!!!

      Où est notre charte m. couillard?

  • Robert Laroche - Abonné 5 septembre 2015 10 h 28

    Oui à l'humain non à la manipulation


    Dans la peur, la confusion et le désarroi qui nous regnoignent les citoyenNEs doivent pratiquer à la fois l'ouverture du coeur, la compassion, l'intelligence situationnelle et le discernement.

    Nous sommes les acteurs au quotidien le l'humanité en marche et il est souhaitable de rester en contact avec l'intention du vivant et non suivre aveuglément les dirigeants actuels inféodés au capital semeurs de violences et destruction humaine.

  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 5 septembre 2015 11 h 46

    Deux poids deux mesures.

    L'hypocrisie de certains psychopathe à autant de limite que la bêtise humaine. En même tant qu'il coupe l'aide humanitaire au peuple palestinien ce régime conservateur ose donner des lecons d'humanisme alors qu'il se retrouve complice et supporteur inconditionnel l'un des régimes les plus sanguinaire des temps modernes. Des millions de dollars des contribuables canadiens ont été détournés pour faciliter les politiques d'apparteid et d'agression menée par un petit pays dont la force militaire et l'influence politico financière est au-delà de toute imagination. Au lieu d'aider le gouvernement Syrien dans sa lutte contre un groupe terroriste crée de toute pièce et ouvertement financée par des membres de l'Otan, ce fidèle serviteur de la droite intégriste ose prétendre adhérer à un humanisme auquel il est totalement étranger. Un gouvertement qui a maintes fois failli à son devoir sacré de porter secours à des canadiens en détresse à l'étranger n'a plus aucune leçon à donner.

    • Palardy RACHEL - Inscrite 6 septembre 2015 08 h 48

      Je vous dirais que vous -même n'avez aucune leçon à donner au premier ministre. Si vous viviez dans votre pays d'origine et que vous critiquiez le gouvernenement de cette façon , vous seriez emprisonné(e)... Soyez donc reconnaissant(e) qu'on vous ait accueilli(e). Et sois dit en passant M.Harper, que vous osez traiter de psychopathe est le seul chef de parti prêt à aider militairement la Syrie.

      Rachel Taillon

    • Mireille Roy-Joncas - Inscrite 6 septembre 2015 12 h 03

      MmeTaillon,

      Il faut savoir que bien des chefs d'états ont des affinités avec ce que l'on appelle communément des psychopathes. C'est une"qualité", dans ce genre de milieu, que de ne pas être en mesure de ressentir de la compassion pour le sort d'autrui et de pouvoir faire avancer sa cause, peu importe le prix pour autrui, justement. Et attention, psychopathe ne veut pas nécessairement dire meurtrier. Bien au contraire dans la plupart des cas. Ma question est simple: aimeriez-vous finalement, vous qui votez visiblement pour les conservateurs, que chaque immigrant n'ait le droit de parole, sous le simple prétexte qu'ils sont soi-disant chanceux qu'on les ait accueilli? C'est dangereux comme discours. Le droit de parole devrait être universel et si on l'enlève à eux, pourquoi est-ce qu'on devrait continuer de l'avoir, nous? De toute manière, M. Harper, s'il reste en poste, continuera de s'assurer sournoisement que tout le monde n'ait pas le pouvoir de trop s'exprimer. À moins bien entendu que ce soit pour favoriser son gouvernement rétrograde.

      Cela étant dit, c'est absurde de s'impliquer militairement, de participer à cette guerre et de ne pas vouloir aider plus que ce qu'il prétend vouloir faire pour accueillir des Syriens qui tentent de fuir leur pays. Il faut par ailleurs faire attention aux discours électoralistes (manipulateurs).

    • Palardy RACHEL - Inscrite 6 septembre 2015 20 h 37

      @ Mme. Mireille Joncas
      La définition de psychopate et la façon dont Salah Eddine Khalfi l'a employé n'est certainement pas un complimemt à M. Harper, je ne veux pas enlever le droit de parole à qui que ce soit mais je veux que les gens mesurent la portée de leurs paroles c'est totalement inacceptable les propos tenus par Salah Eddine Khalfi et je réitère que ces mêmes paroles prononcées dans son pays d'origine lui mériterait la prison. Quant à l'implication militaire l'un n'empêche pas l'autre, le gouvernement aide les ' réfugiés' sans même savoir s'ils sont réfugiés ou s'ils sont chercheurs d'asile et en même temps tente de leur venir en aide en intervenant militairement... Afin qu'ils puissent un jour retourner vivre chez eux.