Le NPD est-il toujours le NPD?

Au cours des dernières semaines, Thomas Mulcair a imposé un changement de cap à son parti sur l’échiquier politique.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Au cours des dernières semaines, Thomas Mulcair a imposé un changement de cap à son parti sur l’échiquier politique.

Après un mois de campagne électorale, Thomas Mulcair et le Nouveau Parti démocratique (NPD) sont là où ils étaient lorsque Stephen Harper a déclenché les hostilités : en tête dans les intentions de vote. Au cours des dernières semaines, l’aspirant premier ministre a cependant imposé un changement de cap à son parti sur l’échiquier politique, renonçant selon certains aux valeurs fondatrices du NPD.

La gauche a-t-elle encore une voix au Canada ? se demande Drew Nelles dans The Walrus, en décrivant le chef Thomas Mulcair comme un politicien accompli pouvant croire une chose et son contraire.

Comme le veut le dicton politique, on fait campagne à gauche, mais on gouverne à droite, et M. Mulcair semble l’avoir compris. Pourtant, rappelle Nelles, le NPD a souvent été reconnu comme la « conscience » du Parlement canadien, une opposition efficace plus qu’un sérieux prétendant au trône.

Avec sa volonté d’équilibrer le budget dès sa première année au pouvoir, son ouverture à l’exploitation des sables bitumineux albertains ou son approbation de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, Thomas Mulcair est peut-être en train de paver la voie à un premier gouvernement du NPD à Ottawa. Mais la grande question, insiste Nelles, serait alors de savoir si ce NPD serait toujours le NPD.

Un éditorial du National Post fait pourtant remarquer que ces prises de position, ajoutées aux révélations concernant le passé de M. Mulcair — son appui aux politiques de Margaret Thatcher et ses critiques dirigées contre des syndicats québécois —, ne semblent pas avoir irrité outre mesure les partisans du parti.

Tout indique que les adeptes du NPD acceptent le recentrage, voire le virage vers la droite de Thomas Mulcair parce qu’ils souhaitent à tout prix que la vague orange déferle cette fois sur l’ensemble du pays.

Le Post met toutefois en garde les électeurs modérés qui seraient soudainement tentés par le NPD. Il ne faut pas oublier que ce parti préconise un État jouant un rôle important, écrit-il, et que les « instincts » des néodémocrates n’ont pas changé.

De la même façon, Michael Taube écrit dans le Toronto Sun qu’un éventuel gouvernement du NPD est une source d’inquiétudes, puisque les néodémocrates se tournent traditionnellement vers les syndicats, les groupes d’intérêts et les environnementalistes. Cet ancien rédacteur de discours de Stephen Harper interpelle donc ceux qui envisagent de cocher NPD à l’issue de cette campagne électorale, en faisant notamment valoir que le parti causerait d’énormes dommages à l’économie canadienne.

Difficile à détester

Qu’on interprète le repositionnement du NPD comme un rejet de la gauche ou un mirage présenté aux électeurs du centre et de la droite, force est de constater que la stratégie fonctionne, constate Tasha Kheiriddin sur le site iPolitics. En partie en raison des choix politiques du NPD, mais surtout grâce à la personnalité de son chef, à qui rien ne semble pour l’instant coller à la peau.

La chroniqueuse estime que M. Mulcair est « le chef le plus difficile à détester » parce qu’il n’a pas donné de munitions suffisantes à ses adversaires ou aux Canadiens pour le faire jusqu’à maintenant. À l’opposé, la personnalité de Stephen Harper irrite la plupart des électeurs québécois, tandis que celle de Justin Trudeau engendre des réactions viscérales chez les conservateurs purs et durs.

À l’époque où, plus que jamais, les chefs des partis forgent les campagnes électorales, une personnalité forte peut inciter les gens à vous suivre ou, au contraire, à vous tourner le dos, observe Kheiriddin.

Mais au-delà de ses prises de position ou de sa personnalité, les engagements de Thomas Mulcair sont également source de débats. Dans le Toronto Star, Chantal Hébert décortique les principales promesses néodémocrates (places de garderie à 15 $, budget équilibré dès l’an 1, abolition du Sénat) et explique pourquoi leur réalisation pourrait être compromise pour des raisons économiques, mais aussi politiques.

Cela dit, Thomas Mulcair ne serait pas le premier prétendant au poste de premier ministre à sortir des lapins de son chapeau, note-t-elle. Jean Chrétien a fait de même en 1993, ce qui ne l’a pas empêché de décrocher une majorité.

La nouvelle place qu’occupe le NPD sur l’axe économique pourrait lui être dommageable, juge par ailleurs le Globe and Mail dans un éditorial. En promettant un retour à l’encre noire dès son premier budget, mais sans préciser pour l’instant comment il entend répondre à l’actuel ralentissement économique, le parti se retrouve coincé entre deux stratégies plus « claires » : celle des libéraux, qui misent sur des investissements en infrastructures en acceptant de repousser l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2019, et celle des conservateurs, qui s’en tiennent à leur plan de match et jouent la carte de la stabilité.

Le NPD devra donc offrir des réponses et des chiffres concrets au cours des prochaines semaines s’il espère tirer son épingle du jeu à ce chapitre, laisse entendre le Globe.

Urgence d’agir

De manière similaire, deux des principaux quotidiens canadiens ont fait valoir cette semaine que le Canada peut — et doit — en faire beaucoup plus pour accueillir davantage de réfugiés syriens.

En réaction à ces images d’un enfant retrouvé mort sur une plage turque, le Globe and Mail affirme en éditorial que le Canada ne devrait pas se contenter d’atteindre les modestes objectifs qu’il s’est fixés en matière d’accueil de réfugiés syriens, mais plutôt les dépasser à mesure que s’accentue la crise des migrants en Europe.

La rédaction du Toronto Star tient un discours semblable, en indiquant toutefois qu’un effort de grande ampleur dans ce dossier devra vraisemblablement attendre l’élection d’un nouveau gouvernement doté d’une vision différente. Heureusement, cette attente pourrait être de courte durée, insinue-t-on.