Denis Coderre demande un programme spécifique au fédéral

Denis Coderre envisage même une stratégie des grandes villes canadiennes pour accueillir davantage de réfugiés touchés par la crise qui sévit en Syrie.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Denis Coderre envisage même une stratégie des grandes villes canadiennes pour accueillir davantage de réfugiés touchés par la crise qui sévit en Syrie.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, demande au gouvernement fédéral d’adopter un programme spécifique, et d’urgence, dans le cadre de l’actuelle crise des refugiés.

À l’occasion d’une conférence de presse en compagnie de la chef du Parti vert, Elizabeth May, vendredi à l’hôtel de ville, le maire a livré un plaidoyer bien senti en faveur de l’accueil de ces réfugiés.

« Il y a quatre millions et demi de déplacés. Il ne faut pas que ce soit juste l’histoire d’une journée. Il faut que le gouvernement canadien — et c’est non partisan — dise: “On n’est pas juste désolé et on en fait déjà”. On n’en fait pas assez », s’est exclamé le maire de Montréal.

Il envisage même une stratégie des grandes villes canadiennes, dont Montréal, pour accueillir davantage de réfugiés touchés par la crise qui sévit en Syrie.

 

« Comme ancien ministre de l’Immigration, je suis prêt à offrir mon expertise et mon énergie pour qu’on puisse trouver des solutions ensemble. Pas pour réfléchir, pour [discuter] comment on peut faire pour en ramener davantage et faire en sorte que les choses ne tombent pas dans les “craques’administratives” », a ajouté le maire Coderre.

« Oui c’est gros ; oui il peut y avoir des problèmes. Mais à un moment donné, faites-les venir et on se posera les questions [après] », a-t-il lancé.

Selon le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, le gouvernement Harper s’est engagé à accueillir 23 000 réfugiés irakiens et 11 300 réfugiés syriens d’ici la fin de 2017. Il affirme que près de 22 000 Irakiens et 2300 Syriens ont été acceptés au pays jusqu’ici. Des organismes demandent à Ottawa d’accueillir immédiatement les réfugiés syriens qui ont de la famille au Canada, et de s’occuper des formalités plus tard, une fois les réfugiés en sécurité.

M. Coderre a refusé de blâmer le gouvernement conservateur sortant de Stephen Harper, affirmant que l’heure n’était pas à montrer du doigt des responsables ou à adresser des blâmes, mais plutôt à résoudre une crise humanitaire.

Elizabeth May critique

À ses côtés cependant, la chef du Parti vert s’est montrée plus critique envers le gouvernement Harper, affirmant que c’est lui qui a rendu si difficile de parrainer des réfugiés et qui n’a pas accueilli le nombre de réfugiés syriens qu’il s’était engagé à recevoir.

« La crise des réfugiés, on l’avait en plein visage. Et plusieurs fois, les partis d’opposition à la Chambre des communes ont questionné le ministre de l’Immigration et de la Citoyenneté, Chris Alexander, pour savoir comment il pouvait promettre d’amener 10 000 réfugiés au Canada. Où sont-ils ? Ça fait longtemps que la promesse a été faite et très peu de réfugiés ont été acceptés », a tonné Mme May.

« Si vous voulez savoir pourquoi, allez sur le site Web d’Immigration Canada et essayez de voir comment vous pourriez parrainer un réfugié. Regardez les règles qu’ils ont établies aujourd’hui. Ce n’est pas ce que le Canada avait fait à l’époque des “boat people” du Vietnam. Les règles qui sont en place aujourd’hui rendent pratiquement impossible d’amener des réfugiés syriens au Canada. Il faut des moyens énormes et surmonter bien des obstacles », a critiqué la chef du Parti vert.

L’Ontario fait des demandes

Par ailleurs, le gouvernement de l’Ontario a demandé à Ottawa de s’engager à accueillir 5000 réfugiés syriens d’ici la fin de l’année.

Le ministre de la Santé et des Soins de longue durée, Eric Hoskins, a aussi annoncé, vendredi, que son gouvernement versera 300 000 $ à une organisation non gouvernementale (ONG), Lifeline Syria, qui souhaite accueillir et accompagner 1000 réfugiés syriens dans la grande région de Toronto.

Le ministre libéral estime que le Canada doit mobiliser toutes les ressources financières et humaines disponibles afin d’accueillir immédiatement des réfugiés syriens, quitte à terminer le processus d’immigration plus tard, en sol canadien.

Le Manitoba promet une aide supplémentaire

 

Plus à l’ouest, le gouvernement du Manitoba a annoncé vendredi une aide supplémentaire de 40 000 $ aux organismes qui accompagnent les réfugiés dans cette province. Le premier ministre néo-démocrate, Greg Salinger, demande aussi au gouvernement fédéral d’accueillir davantage d’immigrants et de réfugiés au Canada.

De son côté, le maire de Toronto, John Tory, a aussi apporté, vendredi, son soutien à l’ONG Lifeline Syria, en parrainant personnellement une famille syrienne. M. Tory a expliqué qu’il avait pris cette décision avec des amis avant même que la photo du cadavre du petit Aylan Kurdi, échoué sur une plage turque, ne fasse la une des médias du monde entier, jeudi.

Mais depuis que cette image a frappé l’imagination et le coeur des gens un peu partout sur la planète, le maire Tory dit qu’il a parlé avec ses homologues de plusieurs villes au pays, qui souhaitent soutenir activement la cause des réfugiés syriens.

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