Le chef des Premières Nations ne votera pas

En riant, Perry Bellegarde a lancé: «Je convoquerai officiellement les médias quand je m’enregistrerai et que j’exercerai mon droit de vote.»
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne En riant, Perry Bellegarde a lancé: «Je convoquerai officiellement les médias quand je m’enregistrerai et que j’exercerai mon droit de vote.»

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Cet adage colle bien au chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, qui a admis mardi qu’il n’avait pas voté à la dernière élection fédérale et ne voterait probablement pas à la prochaine. Et ce, même s’il multiplie les sorties depuis quelques mois pour exhorter les autochtones à voter en grand nombre le 19 octobre.

« Si je n’étais pas le chef national, je voterais probablement », s’est d’abord justifié M. Bellegarde, invoquant le besoin d’être non partisan. Quand les journalistes lui ont rappelé que le vote était secret, il a fini par dire que son attitude était un vestige d’une philosophie autochtone selon laquelle les Premières Nations n’ont de liens qu’avec la Couronne, pas les gouvernements élus.

« Je ne l’ai juste pas fait. C’est personnel. Parce que j’ai occupé des postes de leadership autochtone une grande partie de ma vie, et que je respectais ce que les anciens me disaient. Nous avons une relation de traité avec la Couronne. Et ils m’ont dit que, quelle que soit la personne élue, la Couronne est censée respecter cette relation et appliquer le traité. »

En tant que chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), M. Bellegarde est le porte-parole des quelque 634 communautés autochtones au pays. Il tenait justement une conférence de presse mercredi pour exhorter les membres de ces communautés à voter en grand nombre et à faire en sorte que les enjeux autochtones soient pris au sérieux dans la campagne électorale actuelle.

« On doit faire un meilleur travail pour encourager nos gens à sortir, à se mobiliser pour voter, avait dit M. Bellegarde. Et on doit faire un meilleur travail de sensibilisation. Parce que si vous vous présentez à l’élection pour devenir député et que vous savez que les membres des Premières Nations ne votent pas, allez-vous vraiment vous préoccuper de leurs enjeux ? Nos gens qui ne votent pas n’aident pas à faire en sorte [que ceux qui se préoccupent de nous] soient élus. »

  

Une décision à revoir

C’est au détour d’une question de journaliste qu’il a admis qu’il n’avait pas voté en 2011, qu’il ne voterait probablement pas cette année non plus et qu’il a même laissé entendre qu’il n’avait jamais voté aux élections canadiennes. « Je vais vous dire où je m’assure toujours de voter : chez moi, à l’élection de Little Black Bear. » Il a reconnu que cela torpillait « un peu » son argumentaire. En riant, il a ajouté : « Je convoquerai officiellement les médias quand je m’enregistrerai et que j’exercerai mon droit de vote. »

Il a fini par indiquer qu’il reconsidérerait sa décision. « Est-ce que je vais revoir cette position ? Bien sûr. Parce que je vois ce que vous en faites. De demander aux membres des Premières Nations de voter et de ne pas le faire en tant que chef national, quel message cela envoie-t-il ? Je comprends. »

L’APN a rédigé un document intitulé « Éliminer l’écart » dressant la liste des domaines pour lesquels elle s’attend à des engagements électoraux de la part des chefs des partis fédéraux. Famille, finances, droits, environnement, langues, la liste est longue. M. Bellegarde a reconnu que les demandes n’ont pas été chiffrées. « Mais nous savons très bien que ça prendra des milliards de dollars pour se rendre à la ligne de départ. Et je pense que les gens doivent se faire à cette idée. »

À voir en vidéo