La récession comme argument électoral

Stephen Harper veut faire de Burlington, en Ontario, le centre d’un nouvel organisme sans but lucratif qui aiderait à développer de nouveaux produits et des technologies pour l’industrie manufacturière à partir de 2016-17 à un coût de 30 millions $ par année pendant cinq ans.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Stephen Harper veut faire de Burlington, en Ontario, le centre d’un nouvel organisme sans but lucratif qui aiderait à développer de nouveaux produits et des technologies pour l’industrie manufacturière à partir de 2016-17 à un coût de 30 millions $ par année pendant cinq ans.

La confirmation que le Canada est entré en récession en 2015 — et en est peut-être déjà ressorti — a conforté les trois principaux chefs de parti politique de la justesse de leur programme électoral. Justin Trudeau y voit la preuve qu’un réinvestissement massif d’Ottawa est nécessaire pour relancer l’économie, Stephen Harper s’accroche à l’embellie pour convaincre qu’il faut s’en tenir à son « plan », tandis que Thomas Mulcair persiste à promettre l’équilibre budgétaire.

Statistique Canada a confirmé mardi matin que l’économie canadienne avait enregistré un second trimestre consécutif de décroissance du PIB, ce qui correspond à la définition technique d’une récession. Les chiffres pour le mois de juin, cependant, sont suffisamment positifs pour faire dire aux analystes que cette récession s’est terminée avant même qu’elle n’ait été officiellement détectée. Qu’importe. Pour le chef libéral Justin Trudeau, cette récession confirme qu’il faut injecter massivement des fonds publics — et engendrer des déficits — pour relancer l’économie.

« Les Canadiens savent depuis très longtemps que l’économie ne va pas bien pour eux. Aujourd’hui, on reconnaît officiellement ce que les Canadiens savent depuis longtemps : qu’ils ont besoin d’aide et d’investissement », a lancé M. Trudeau, qui était de passage à Gatineau.

Le Parti libéral promet des investissements supplémentaires en infrastructures de 5,1 milliards de dollars par année pendant ses deux premières années de mandat (puis de 49 milliards sur huit ans). Il s’engage aussi à injecter plus de 3 milliards dans le système scolaire autochtone. Résultat : il y aura trois déficits de moins de 10 milliards avant le retour à l’équilibre budgétaire en 2019. « Les pays qui sont confiants et optimistes investissent dans leur futur. C’est ce que nous ferons. »

Pour le néodémocrate Thomas Mulcair, les chiffres dévoilés mardi lui ont permis de marteler que son parti a un « plan pour relancer l’économie » consistant à se « concentrer sur les créateurs d’emplois que sont les petites et moyennes entreprises en leur donnant une réduction d’impôt substantielle ». Le NPD entend ramener le taux d’imposition des PME de 11 à 9 %, comme le prévoient aussi les conservateurs, mais en 2017 plutôt qu’en 2019. M. Mulcair entend aussi offrir des réductions d’impôt aux entreprises manufacturières.

Attaqué de toutes parts

Autant M. Mulcair que M. Trudeau ont invoqué cette seconde récession en sept ans pour démontrer que le plan économique du premier ministre sortant ne fonctionne pas. « Sous Stephen Harper, nous avons perdu 400 000 bons emplois bien rémunérés dans le secteur manufacturier et il y a 200 000 chômeurs de plus aujourd’hui que lorsque la dernière récession de 2008 a frappé. Ces chiffres prouvent que les Canadiens veulent du changement », a martelé le chef néodémocrate.

« Stephen Harper demande aux Canadiens de maintenir le cap parce qu’il croit que le mieux qu’on peut faire est de ne rien faire, a déploré de son côté M. Trudeau. On peut faire mieux. »

Cependant, M. Trudeau est le seul à attaquer M. Mulcair, tandis que ce dernier ignore dans ses attaques son rival libéral. À son avis, le Canada ne se porterait guère mieux avec le NPD, qui promet l’atteinte de l’équilibre budgétaire à tout prix la première année, ce qui équivaut à « gérer le pays comme Harper l’a fait pendant 10 ans ». « Ces deux hommes offrent la même chose. Cette élection offre un choix entre l’investissement, les emplois et la croissance d’un côté, et des coupes, des coupes et encore plus de coupes de l’autre. »

Encore mardi, le chef du NPD a réitéré son objectif. « Nous avons aussi dit que pour protéger nos programmes sociaux, nous devons cesser la pratique de placer sur les épaules des prochaines générations d’importantes dettes. C’est l’essence même du développement durable. »

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, en a fait le reproche à son rival au Québec. « Ce qui risque d’aggraver cette crise, c’est également l’obstination de M. Harper et de M. Mulcair d’atteindre l’équilibre budgétaire à tout prix. En période de récession, ce n’est pas le temps d’accentuer les causes qui vont faire que l’économie va péricliter encore plus. »

 

Récession, bonne nouvelle !

Attaqué de toutes parts, le chef conservateur Stephen Harper n’a pour sa part pas bronché, voyant même dans les chiffres rendus publics mardi de quoi se réjouir. « Les faits indiquent, selon la Banque du Canada, qu’on a une contraction dans moins de 20 % de l’économie canadienne, a-t-il dit. On a la croissance dans d’autres secteurs, et aujourd’hui, une des plus fortes croissances mensuelles en juin. C’est clair maintenant que l’économie canadienne est encore en croissance. » Son lieutenant pour le Québec, Denis Lebel, a même écrit que « les plus récentes données économiques pour le Canada sont positives ».

M. Harper a soutenu que les résultats de juin démontrent qu’il y a « de belles perspectives de croissance pour l’année en cours et les années à venir. Nous allons réaliser ce potentiel seulement si on s’en tient au plan qui implique un budget fort, un budget équilibré avec une bonne situation fiscale permettant de garder les impôts bas ». Selon M. Harper, « si on change de plan, on va avoir une récession permanente comme on en a dans plusieurs autres pays ».

Le gouvernement Harper n’a jamais équilibré le budget depuis 2007-2008. La plupart des analystes estiment que la détérioration de la situation transformera le léger surplus prévu pour l’année en cours en déficit. Les conservateurs invoquent donc désormais le solde budgétaire des trois premiers mois de l’année (de 5 milliards) pour prouver que tout va bien. Ils ne disent pas que les entrées de fonds d’Ottawa varient d’un mois à l’autre et que ce surplus ponctuel sera en partie ou en totalité annulé par les déficits d’autres mois.

Cela a fait répliquer Justin Trudeau : « Cela fait trois élections qu’il regarde les Canadiens dans le blanc des yeux et leur dit qu’il ne fera pas de déficit. Et que fait-il une fois élu ? Déficit après déficit après déficit. »

 

Avec Marco Fortier et La Presse canadienne

Sous Stephen Harper, nous avons perdu 400 000 bons emplois bien rémunérés dans le secteur manufacturier et il y a 200 000 chômeurs de plus aujourd’hui que lorsque la dernière récession de 2008 a frappé.

Stephen Harper demande aux Canadiens de maintenir le cap parce qu’il croit que le mieux qu’on peut faire est de ne rien faire. On peut faire mieux.

On a la croissance dans d’autres secteurs, et aujourd’hui, une des plus fortes croissances mensuelles en juin. C’est clair maintenant que l’économie canadienne est encore en croissance.

4 commentaires
  • Marc Lacroix - Abonné 2 septembre 2015 05 h 50

    Le chef d'équipe !

    Pour M. Harper, la confirmation d'une récession serait une bonne nouvelle; surprenant n'est-ce pas ! Mais où est son équipe qui devrait se réjouir avec lui ? Où est le ministre des Finances Joe Oliver qui devrait sabrer le champagne avec son chef ? Se peut-il que Stephen Harper soit seul dans son équipe ?

    Ce n'est pas que je ressente la moindre sympathie pour M. Harper — le fossoyeur d'un Canada, un pays jadis considéré sympathique par plusieurs observateurs partout dans le monde —, mais nous aurions maintenant une explication à la vague de départ qu'a connu le PCC dans les derniers mois. "Les rats quittent le navire" comme le dit l'expression bien connue. M. Harper crée le vide autour de lui, son charisme genre "porte de prison" chasse les gens de bonne foi. Plus personne ne le croit, et hier en le voyant parler de la "bonne nouvelle" apportée par Statistiques Canada, j'ai eu l'impression qu'il ne se croyait pas lui même.

  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 2 septembre 2015 06 h 16

    Surprenante, la politique.

    Harper n'a plus d'amis, Muclair vire à droite et Trudeau démontre enfin sa grande maturité. Mais celui qui me déçois le plus c'est le chef du NPD, un autre Alexis Tsipras en devenir: surveillons nos arrières.

  • François Desgroseilliers - Abonné 2 septembre 2015 08 h 18

    Mauvaises décisions en situation de récession

    C'est un allié du Canada, la très conservatrice Arabie Saoudite, qui a mis le Canada en récession en baissant unilatéralement le prix du pétrole...L'économie canadienne était gonflé depuis des années par l'industrie du pétrole, et on oubliait les difficultés du secteur manufacturier plombé par le dollar fort...
    Qu'a fait Harper en 2015 en voulant équilibrer son budget à tout prix, en plus de vendre ses actions de GM pour un bénifice à court terme, il a pigé dans sa réserve face aux imprévus et donner un chèque aux familles avec son surplus supposé...Il aurait eu bien besoin de ces marges de manoeuvre dans ces temps de compression, il a fait de mauvais choix et hypothéqué la marge de manoeuvre de ceux qui veulent le remplacer...

  • Patrick Daganaud - Abonné 2 septembre 2015 08 h 46

    Campagne « western spaghetti »

    Les cinéphiles se souviendront de Sergio Leone et du film « Le Bon, la Brute et le Truand ».

    À une nunance près, l'actuelle campagne électorale ressemble à s'y méprendre à ce western spaghetti sous le même thème (la trilogie du dollar) : mêmes rôles.

    Le Bon : le moi, pour chacun des 3 « chefs ».
    La Brute : l'adversaire à abattre.
    Le truand : les deux autres.

    La nuance ?
    Les rôles n'ont pas été distribués : qui est qui?

    La musique qui ferait frémir Morricone :
    Une Néo de droite à la Mulcair, un concert d'extrême-droite à la Harpe-r, une musique libérale à la True-Deau :

    « On est là pour te pomper,
    T'imposer sans répit et sans repos.
    Pour te sucer ton flouze,
    Ton oseille, ton pognon,
    Ton pèze, ton fric,
    Ton blé, tes économies, tes sous,
    Ton salaire, tes bénéfs,
    Tes bas de laine,
    Tout ce qui traîne.
    C'que tu as sué de ton front,
    On te le sucera jusqu'au fond!»

    Pour agrémenter la campagne, du vrai Morricone :
    https://www.youtube.com/watch?v=NjdCcKTXn-Q