Les changements climatiques évacués de la campagne?

Un sommet international sur l’Arctique, qui semble conçu sur mesure pour reverdir le blason du président américain, Barack Obama, illustre aussi à quel point le dossier des changements climatiques est absent jusqu’ici de la campagne électorale des trois grands partis fédéraux.

Les ministres des Affaires étrangères des huit pays riverains de l’Arctique se sont réunis lundi à Anchorage, en Alaska, à l’invitation du secrétaire d’État américain, John Kerry. Ils ont discuté des « défis et des occasions » que soulèvent les changements climatiques dans cette région sensible du globe — aussi bien d’un point de vue écologique que géopolitique.

Le Canada, dont la côte arctique est la plus longue de tous ces pays riverains, a dépêché à Anchorage une délégation dirigée par un haut fonctionnaire, mais pas le ministre Rob Nicholson, retenu au pays à cause « de la campagne électorale en cours », a indiqué la porte-parole aux Affaires étrangères, Diana Khaddaj.

Cette décision respecte la « convention de transition », qui veut que les ministres, une fois le Parlement dissous, n’assurent que les services essentiels à la bonne marche du gouvernement, sans poser de gestes controversés. Ce qui n’a pas empêché le secrétaire d’État américain, dans son allocution de clôture, de souligner diplomatiquement l’absence de son homologue canadien.

Les partis d’opposition ont eu beau railler pendant 10 ans les politiques conservatrices depuis l’arrivée au pouvoir de Stephen Harper, la présence fort discrète du Canada au sommet de l’Alaska n’a pas soulevé de vagues pendant la campagne électorale. Pas plus que les changements climatiques en général, du reste.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) n’a toujours pas publié sa politique sur le carbone — mais le chef Thomas Mulcair, ancien ministre québécois de l’Environnement, a plaidé, pendant la course à la direction du NPD en 2012, pour un système de plafonnement et d’échanges de droits d’émissions de gaz carbonique.

La candidate vedette du NPD Linda McQuaig, à Toronto, a embarrassé un peu son parti en soutenant, comme bien des environnementalistes, qu’« une grande partie des sables bitumineux devrait peut-être demeurer enfouie dans le sol » si le Canada veut atteindre ses cibles de réductions des gaz à effet de serre. M. Mulcair a dû rapidement rappeler la position officielle du parti : oui à l’exploitation des sables bitumineux, mais de façon « durable ».

Les libéraux, quant à eux, ont promis des projets d’infrastructures de 60 milliards de dollars, dont certains liés à l’économie verte, et une concertation avec les provinces pour mettre en place une certaine forme de marché du carbone.

Les conservateurs ont annoncé en mai dernier que le Canada se présenterait au sommet de Paris, en décembre, avec un nouvel engagement de réduire d’ici 2030 ses émissions de 30?% par rapport aux niveaux de 2005, mais n’a pas précisé comment on s’y prendrait.

« Je pense que les chefs de parti ont peur d’aller au coeur du problème, soit l’approche globale que nous adoptons face à l’énergie », estime Louise Comeau, directrice du Climate Action Network, qui parle d’une attitude de « déni ».

Chez Greenpeace Canada, on semble plus optimiste pour expliquer l’absence relative des changements climatiques dans la campagne. Keith Stewart croit ainsi que cet enjeu est maintenant intégré tout naturellement dans le débat plus large sur l’économie et les infrastructures.

4 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 1 septembre 2015 18 h 29

    Peut-être ont-ils compris que c'est une supercherie!

    Vous savez qu'il y a des gouverneurs d'état américain qui n'embarquent pas là-dedans parce que beaucoup se scientifiques refutent cette théorrie. N'en déplaise à mes détracteurs....

    • hugo Tremblay - Inscrit 2 septembre 2015 05 h 54

      La véritable supercherie à laquelle vous participez est de répéter le mantra de Bush et co, soit que beaucoup de scientifiques.....

    • André Côté - Abonné 2 septembre 2015 09 h 50

      Qui a des oreilles entendent!
      Vous n'avez pas entendu le cri d'alerte pour ne pas dire la clameur presque unanime de tous les grands scientifiques qui n'en finissent plus de nous expliquer la menace qui nous pend au bout du nez. Seuls les faiseurs d'argent qui profitent de la situation actuelle vous claironneront le contraire pour semer le doute... et ils semblent réussir jusque à un certain point!

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 1 septembre 2015 20 h 43

    C'est comme pour Darwin...

    Il y a aussi des gouverneurs américains qui refusent de croire à la théorie de l'évolution...

    Le darwinisme et le réchauffement climatique sont pour eux la même foutaise d'intellectuels.

    Elvis est bien vivant, et ça c'est du sérieux !