Tirs groupés contre Thomas Mulcair

Thomas Mulcair a déjà accusé les syndicats de « jouer directement dans les règles de la démocratie » lors de campagnes électorales.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Thomas Mulcair a déjà accusé les syndicats de « jouer directement dans les règles de la démocratie » lors de campagnes électorales.

« Vire capot », « hypocrite de luxe », « imposteur » : les adversaires de Thomas Mulcair n’ont pas lésiné sur les qualificatifs pour décrire des propos antisyndicaux tenus en 1994 par l’actuel chef du NPD, alors qu’il était député du Parti libéral du Québec, rapportés vendredi dans Le Devoir.

Les Québécois doivent s’ouvrir les yeux, a estimé le lieutenant de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel. « Avant, Thomas [Mulcair] trouvait que c’était un déni de démocratie que les dirigeants syndicaux prennent les cotisations des travailleurs pour faire de la politique. Aujourd’hui, Tom s’en réjouit. C’est de l’hypocrisie de luxe, ça », a soutenu le candidat conservateur dans Roberval–Lac-Saint-Jean. M. Lebel dit s’inquiéter d’un « deal » survenu entre les syndicats et le NPD, soutenant que le « retour d’ascenseur » dénoncé en 1994 par M. Mulcair pourrait se reproduire si son parti est porté au pouvoir le 19 octobre.

M. Mulcair, dont le parti est réputé proche des syndicats, a déjà accusé ceux-ci de « jouer directement dans les règles de la démocratie » lors de campagnes électorales. En 1994, lorsqu’il siégeait dans l’opposition à Québec, il avait dénoncé un projet de loi péquiste visant à redonner le titre de syndiqué à 25 000 travailleurs de la construction ayant perdu ce statut, qualifiant la mesure législative de « retour d’ascenseur » « pour services rendus ».

Membre du Bloc québécois de 1993 à 2001, Denis Lebel reconnaît que les politiciens ont le droit d’« évoluer ». « Mais on ne peut changer du tout au tout nos positions. Mulcair a déjà parlé avec des gens de notre parti pour y adhérer. Aujourd’hui, il est le chef du NPD et il veut devenir premier ministre. Les gens doivent se rappeler ce qu’il a dit dans le passé. »

Un message analogue à celui de Gilles Duceppe, le chef du Bloc, qui reproche depuis le début de la campagne à M. Mulcair d’adapter ses prises de position politique à son interlocuteur. « On commence à découvrir Thomas Mulcair pas mal plus. Ses déclarations de 1994 ressemblent à celles que M. Harper fait aujourd’hui. Le Tom Mulcair d’aujourd’hui voudrait faire oublier le Thomas de 1994 », a-t-il commenté, encourageant les deux syndicats ayant officiellement donné leur appui au NPD, la section québécoise de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale (AIMTA) et les Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), à revoir leurs positions.

Syndicats de glace

Ceux-ci n’ont pas l’intention de le faire, du moins pas pour l’instant. « On parle de propos remontant à 1994. Les temps ont changé. M. Mulcair a fait son bout de chemin », a dit Roxane Larouche, responsable des communications pour les TUAC du Québec.

Le syndicat Unifor-Québec, qui a appelé vendredi au vote stratégique pour déloger les conservateurs, n’a pas non plus semblé choqué par les vieilles déclarations du chef du NPD.

La formation de Thomas Mulcair a réagi par la voix de son porte-parole, Karl Bélanger, à la publication des propos de M. Mulcair. «‎En matière de défense des droits des travailleurs, le bilan du NPD et de Tom Mulcair parle de lui-même », a-t-il indiqué dans un courriel. Selon lui, les autres partis, qui traînent loin derrière le NPD au Québec, sont « complètement désemparés et désespérés » pour déformer des propos vieux de 21 ans,
« afin de nous accuser d’une chose et son contraire ».

« Les Québécois voient clair dans ces petits jeux politiques et ils en ont assez. Ils veulent du changement, ils veulent remplacer Stephen Harper à Ottawa, et Tom Mulcair a l’expérience et le leadership nécessaires pour le faire », dit-il.

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