Les Magasins-Partage craignent que la classe moyenne n’accapare tout

À Montréal, une famille avec enfant sur quatre vit sous le seuil de la pauvreté.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir À Montréal, une famille avec enfant sur quatre vit sous le seuil de la pauvreté.

À force de multiplier les annonces et les engagements en vue de séduire la classe moyenne, les partis politiques fédéraux menacent d’écarter de la campagne électorale fédérale les enjeux touchant les plus démunis, craignent des intervenants oeuvrant auprès d’eux. À quelques jours de la rentrée scolaire, la question de la pauvreté des enfants doit être de tous les discours politiques, disent-ils.

Le temps est chaud et humide dans la vieille église Saint-Barnabé-Apôtre, en ce mercredi. Le soleil torride perce les vitraux du lieu de culte depuis longtemps converti en centre communautaire. Malgré la lourdeur de l’air, une quarantaine de personnes est à pied d’oeuvre pendant que de jeunes familles vont et viennent d’une table à l’autre, sélectionnant cartables, crayons de couleurs et gommes à effacer et aliments frais, le sourire aux lèvres.

Rien de plus anodin que d’avoir à se procurer une longue liste d’articles scolaires à quelques jours de la rentrée des classes. Ce qui peut représenter un tracas de plus pour la majorité des familles se transforme toutefois rapidement en embûche insurmontable pour des milliers de familles de la métropole. À Montréal, une famille avec enfant sur quatre vit sous le seuil de la pauvreté. C’est presque deux fois plus qu’à l’échelle du Québec.

Pourtant, les principaux partis ont accordé bien peu de place à la lutte à la pauvreté depuis le déclenchement des élections, de l’avis de Sylvie Rochette, cofondatrice et directrice du Regroupement des Magasins-Partage de l’île de Montréal, qui lançait mercredi la 7e édition de l’Opération Sac à dos, qui vise à doter près de 4100 enfants dans le besoin des articles nécessaires pour commencer l’année scolaire du bon pied.

« Opération Sac à Dos a lieu en pleine campagne électorale. J’aimerais bien entendre les candidats des divers partis sur la question de la pauvreté et voir ce qu’ils proposent pour s’y attaquer. L’écart entre les riches et les pauvres qu’on observe actuellement à travers le pays ne fait pas que soulever des inquiétudes quant à l’affaiblissement du tissu social, il nuit à la croissance économique et au développement d’une ville comme Montréal », a déploré l’intervenante communautaire lors d’une conférence de presse à laquelle ont participé les députées du NPD dans Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, et dans Hochelaga, Marjolaine Boutin-Sweet, de même que les candidates libérales Christine Poirier et Marwah Rizqy, et les bloquistes Gilles Duceppe et Simon Marchand, qui se présentent dans ces deux circonscriptions du centre-est de Montréal.

« Peu importe le parti, Ottawa doit se commettre plus pour la lutte à la pauvreté, a-t-elle ajouté. On oublie souvent que Montréal est une ville pauvre. Saint-Michel est l’un des quartiers les plus pauvres au pays, on a une population qui s’appauvrit de plus en plus. »

L’inaction coûte cher
 

L’inaction par rapport à ce fléau s’avère beaucoup plus coûteuse pour la société que tout programme fédéral qui pourrait s’y attarder, ajoute-t-elle, citant des données selon lesquelles les jeunes moins scolarisés ont des emplois plus précaires et moins bien rémunérés et une santé mentale et physique inférieure à la moyenne, en plus d’être plus susceptibles de bénéficier de l’aide sociale.

Dans bien des secteurs, l’état fragile de l’économie au cours des dernières années et les compressions effectuées dans les services de commissions scolaires rendent la rentrée des classes 2015 encore plus ardue, pour les familles dans le besoin. L’objectif de l’Opération Sac à Dos, qui se tiendra le 27 août, a été fixé à 40 000 $ cette année.

À l’instar de ce qui se fait depuis quelques années, la collecte d’argent « Opération Sac à Dos » aura lieu dans certaines stations de métro parmi les plus achalandées du réseau, et dans différents lieux publics de la métropole, comme le square Victoria et sur la rue Jean-Talon. Des dons peuvent également être effectués en ligne.

Les fonds amassés permettent de financer la tenue de 17 Magasins-Partage à l’échelle de l’île de Montréal, à la rentrée scolaire, mais également à l’approche de Noël. Ces commerces pas comme les autres donnent la chance à près de 4000 enfants de repartir avec une boîte à lunch, des fournitures scolaires et un sac à dos neufs en plus de donner accès à un ensemble de denrées alimentaires pouvant servir au petit-déjeuner et au dîner. L’aide fournie aux familles peut s’élever à 360 $, souligne Mme Rochette.

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