Mulcair rattrapé par ses propos sur Margaret Thatcher

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a dû expliquer mardi une déclaration remontant à 14 ans où il vantait les politiques de Margaret Thatcher, qui a imposé l’austérité au Royaume-Uni dans les années 1980.

Dans une longue intervention en commission parlementaire en mars 2001, M. Mulcair, qui était député libéral à l’Assemblée nationale, souligne le « vent de liberté et de libéralisme dans les marchés [qui] a soufflé en Angleterre » lors du règne de la Dame de fer. Il dénonce alors l’interventionnisme de l’État tel que pratiqué à l’époque par le gouvernement péquiste de Bernard Landry.

« […] Un gouvernement ne devrait jamais avoir la prétention de pouvoir se substituer au marché privé, ça ne marche pas, dit-il. Ça ne marchait pas en Angleterre. Jusqu’au temps de Thatcher, c’est ça qu’ils ont essayé, le gouvernement avait son nez dans tout », déclare Thomas Mulcair.

« Un vent de liberté et de libéralisme dans les marchés a soufflé en Angleterre, et […] c’est devenu un des pays les plus performants, poursuivait-il. Cet interventionnisme est un échec. Un gouvernement peut aider à créer des conditions propices à la création d’emplois, mais la meilleure manière pour un gouvernement de créer de l’emploi, c’est de ne pas […] essayer de se substituer aux gens d’affaires. La meilleure manière pour un gouvernement de créer de la richesse, c’est de laisser éclore le marché privé et de s’ôter du dos des hommes et des femmes d’affaires », poursuit-il.

Avant d’être chef du NPD, Thomas Mulcair a siégé 13 ans à l’Assemblée nationale, de 1994 à 2007. Il a formulé ces commentaires sur Margaret Thatcher au cours d’une séance de la commission parlementaire qui étudiait les crédits du ministère de l’Industrie et du Commerce. Un blogueur a ressorti mardi cette intervention qui remonte à 14 ans.

Propos déformés ?

Selon le NPD, « déformer des propos tenus il y a 14 ans pour y voir ce qui n’y est pas ne tient pas la route, considérant le bilan politique et les positions progressistes prises par le chef du NPD », a indiqué en fin de journée Karl Bélanger, porte-parole de la campagne néodémocrate. « M. Mulcair était très clair à l’époque, comme aujourd’hui, sur le fait qu’un gouvernement doit fournir des services pour la population », a soutenu M. Bélanger.

Les partis d’opposition ont pour leur part tous vu dans les déclarations pro-Thatcher la preuve que M. Mulcair « dit une chose et son contraire ». « Est-ce que le fond de sa pensée, c’est ce qu’il affirme maintenant ou ce qu’il disait en 2001 ? » s’est demandé le candidat libéral Pablo Rodriguez. « C’est quand même étonnant de l’entendre faire l’éloge d’une politicienne qui a supprimé le salaire minimum, alors qu’il fait campagne pour hausser [celui en vigueur au Canada] », relève-t-il.

Les conservateurs jugent que les déclarations passées de M. Mulcair montrent qu’il est « un vire-capot — sur sa vision économique, sur les pipelines, sur le niqab… », soutient Catherine Loubier, porte-parole du parti. « Il arrive que des gens changent d’idée, mais la conversion idéologique de M. Mulcair est vraiment spectaculaire. » Au Bloc québécois, on a rappelé que c’est la troisième fois en quelques jours que Thomas Mulcair est mis en porte à faux avec des positions passées (dossiers du chantier Davie et des sables bitumineux).

En 2013, le NPD avait reproché les déclarations pro-Thatcher de la future députée libérale Chrystia Freeland.
 

Oléoducs: Mulcair garde le cap

Le controversé projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain doit être analysé avec la même rigueur que le tout aussi controversé projet d’oléoduc Énergie Est, a soutenu mardi Thomas Mulcair. De passage en Colombie-Britannique pour dévoiler son plan de protection contre les feux de forêt et les inondations, le chef néodémocrate a offert une réponse semblable à celle qu’il propose aux Québécois à ce chapitre. Il l’a fait lorsqu’il a été invité à préciser sa position sur le projet de prolongement de l’oléoduc Trans Mountain, de Kinder Morgan, qui passerait dans un tunnel de la montagne Burnaby et transporterait du pétrole de l’Alberta vers les côtes britanno-colombiennes. La Presse canadienne