Les conservateurs courtisent les communautés culturelles à Montréal

Jason Kenney était lundi dans la circonscription d’Outremont pour présenter le candidat conservateur Rodolphe Husny (à gauche), un Canadien d’origine syrienne.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jason Kenney était lundi dans la circonscription d’Outremont pour présenter le candidat conservateur Rodolphe Husny (à gauche), un Canadien d’origine syrienne.

Après avoir fait main basse sur de nombreux sièges de la région du Grand Toronto grâce à l’appui des communautés culturelles au cours de la dernière décennie, les conservateurs tentent aujourd’hui d’appliquer cette stratégie gagnante à Montréal et à sa périphérie. Une tactique prometteuse pour cette formation traditionnellement impopulaire dans la métropole.

Le ministre de la Défense et du Multiculturalisme, Jason Kenney, est partout. Il était dans Ahuntsic il y a trois semaines pour accorder la citoyenneté canadienne à un populaire évêque de la communauté grecque-catholique libanaise. Le revoici à Montréal, lundi, cette fois dans la très multiculturelle circonscription d’Outremont, pour présenter le candidat conservateur Rodolphe Husny, un Canadien d’origine syrienne. Entre deux voyages éclairs à Montréal, on a pu le voir serrer des mains dans un temple hindou de Calgary, participer à des fêtes religieuses dans la région de Vancouver ou encore faire quelques passages remarqués dans les banlieues de la Ville Reine. Course folle pour séduire l’électorat ? En réalité, tout cela n’a rien d’inhabituel pour l’omniprésent ministre, en perpétuel démarchage auprès des différentes communautés immigrantes du pays, dont les Canadiens d’origines chinoise, indienne ou pakistanaise et de l’Asie du Sud-Est.

Vers les conservateurs

 

Devant les journalistes, convoqués au coeur de la circonscription de Thomas Mulcair, lundi, il s’est dit convaincu de l’impact des nouveaux Canadiens sur la bonne fortune du Parti conservateur. Il en sait quelque chose : aux dernières élections, pas moins de 42 % des néo-Canadiens (des électeurs non nés au pays) auraient donné leur appui au Parti conservateur, selon des données internes. Traditionnellement acquis aux libéraux, ce qu’on a longtemps appelé le « vote ethnique » change peu à peu de couleur politique, affirme avec raison le ministre Kenney.

« On est aujourd’hui le seul parti de centre droit dans le monde occidental à récolter plus de votes chez ces communautés que [chez] les personnes nées au pays, dit-il. C’est un reflet de notre approche pluraliste et d’intégration. Que ce soit la communauté juive, ou les autres, notre appui est diversifié. »

De l’avis du titulaire de la Chaire de recherche en études ethniques canadiennes de l’Université McGill, Morton Weinfeld, cet appui diversifié pourrait avoir un impact significatif dans des circonscriptions telles que Notre-Dame-de-Grâce–Westmount ou encore Mont-Royal, qui dispose d’une forte communauté juive et où le député libéral sortant Irwin Cotler, juif lui aussi, ne se représente pas. Les conservateurs ont fait fondre peu à peu la majorité de cet ex-ministre de la Justice, avocat de renommée internationale, si bien que l’anglophone Robert Libman dispose aujourd’hui de sérieuses chances de l’emporter dans ce fief libéral depuis 1940.

« On peut parler d’une dizaine de circonscriptions à Montréal et dans les environs où le vote ethnique constitue un élément significatif. Les partis comprennent ceci et s’assurent d’y présenter des candidats issus de ces communautés. C’est quelque chose que l’on voit désormais à l’échelle du pays, et, oui, au Québec », dit-il.

Plus ardu dans Outremont

 

La partie s’annonce moins facile dans Outremont pour M. Husny, malgré la présence dans la circonscription d’une bonne partie du secteur Côte-des-Neiges, l’un des quartiers les plus diversifiés du pays. Candidat en 2011, Rodolphe Husny n’y avait récolté que 8,77 % des voix. Mais l’ex-directeur des communications du ministre du Commerce international Ed Fast se dit convaincu de pouvoir convaincre les électeurs.

L’histoire politique récente pourrait lui donner raison, selon M. Morton.

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