L’affaire Duffy poursuit Harper

Pourquoi ne congédie-t-il pas ses proches conseillers qui ne l’ont pas empêché de mentir à la Chambre des communes et aux Canadiens ? C’est la question qui hante désormais Stephen Harper sur le chemin de la campagne électorale depuis que le procès de Mike Duffy a prouvé que quatre de ses collaborateurs étaient au courant du stratagème de remboursement des dépenses du sénateur, mais qu’ils ne l’en ont pas averti.

Au 16e jour de cette campagne-marathon, le chef conservateur espérait marquer un grand coup en promettant l’accroissement du nombre de réservistes militaires. Manque de chance : Stephen Harper a une fois de plus dû justifier sa décision de ne pas montrer la porte à ceux de son entourage qui savaient, dès mars 2013, que Mike Duffy n’avait pas remboursé lui-même ses dépenses injustifiées, mais qui l’ont laissé pendant deux mois, lui le premier ministre, affirmer le contraire aux Canadiens.

« N’avez-vous pas, en tant que premier ministre, l’obligation de faire le ménage [dans votre entourage] ? C’est ce que vous avez exigé d’autres premiers ministres lorsque vous étiez dans l’opposition », a demandé une journaliste. M. Harper a alors répété qu’il n’y avait que deux responsables à toute cette affaire : le sénateur Mike Duffy lui-même et son ancien chef de cabinet Nigel Wright, qui a fait à ce dernier un chèque de 90 000 $ pour rembourser les dépenses sénatoriales injustifiées.

Alors, a renchéri une journaliste de CBC, « comment vous sentez-vous de savoir que votre entourage vous a laissé répéter un mensonge, à savoir que M. Duffy avait remboursé ses propres dépenses ? » M. Harper a répété sa réponse des derniers jours. « J’ai été très clair. Je tiens M. Duffy responsable de ne pas avoir remboursé ses dépenses, et M. Wright, responsable [du fait] que ces dépenses n’ont pas été remboursées. C’était la responsabilité de ces deux hommes de faire les choses correctement, ils ne l’ont pas fait. Ils sont les seuls responsables. » Encore une fois, M. Harper a dit aux journalistes qu’il « n’accept[ait] pas [leur] façon de présenter les faits », même si les faits en question sont extraits de courriels déposés en cour et dont l’authenticité n’est pas contestée.

Selon la preuve déposée, quatre conseillers de M. Harper ont su que Nigel Wright avait payé les dépenses de Mike Duffy : Ray Novak, Benjamin Perrin, Chris Woodcock et David van Hemmen. Ray Novak est aujourd’hui le chef de cabinet de Stephen Harper et voyage avec lui pendant la campagne. M. Van Hemmen travaillait, jusqu’au déclenchement de la campagne, pour le ministre des Finances, Joe Oliver. Le Parti conservateur refuse de dire s’il fait partie de l’équipe électorale. Le 23 mars 2013, Nigel Wright a envoyé à ces deux hommes des courriels dans lesquels il parle ouvertement de « [s]on chèque » de 90 000 $. Or, ce n’est que le 16 mai que CTV a révélé l’existence de ce chèque, moment où M. Harper prétend en avoir entendu parler pour la première fois. Entre ces deux dates, M. Harper a souvent répété en public que M. Duffy avait remboursé lui-même ses dépenses. Ses conseillers l’ont laissé dire. Une cinquième personne de l’entourage de M. Harper avait été mise au courant du fait que le Parti conservateur songeait à payer la facture Duffy : Stephen Lecce. M. Lecce travaille aujourd’hui dans la caravane conservatrice.

Campagne dans l’ombre

Ces questions ont eu pour effet de faire de l’ombre à ce qui devait être une importante promesse électorale de Stephen Harper : une augmentation de 25 %, ou 6000 personnes, du nombre de réservistes. Les stratèges du Parti conservateur avaient même alerté les journalistes la veille, leur disant de rester à l’affût, chose qu’ils font rarement.

Les deux principaux adversaires de M. Harper semblent avoir décidé de le laisser s’enfoncer, ne dévoilant pas de grandes promesses. Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a profité de son passage à Niagara Falls pour promettre une bonification du financement de Destination Canada, un organisme faisant la promotion à l’étranger du Canada comme destination touristique. Le budget annuel de ce groupe est passé, selon le NPD, de 82 à 58 millions de dollars entre 2011 et 2013. Le NPD promet d’ajouter 5 millions l’an prochain, puis 10 et 15 millions les années suivantes pour un total de 30 millions sur trois ans.

Thomas Mulcair a accusé les conservateurs d’être ainsi en partie responsables de la baisse du tourisme américain, qui a, selon lui, diminué de 28 % entre 2002 et 2014. S’il a fini par reconnaître qu’« une partie [de cette diminution] est liée à ces cycles et au dollar canadien », il a ajouté que l’industrie touristique « a besoin d’un partenaire fédéral fiable ».

Pour sa part, le chef libéral, Justin Trudeau, a profité de son passage à Ajax, en Ontario, pour promouvoir son plan destiné aux familles et à la classe moyenne : une diminution du taux d’imposition des revenus moyens financée par une augmentation de celui s’appliquant aux revenus supérieurs à 200 000 $, une modulation selon les revenus familiaux des prestations destinées aux parents et la fin des chèques « envoyés aux millionnaires juste parce qu’ils s’adonnent à être parents ».


 
1 commentaire
  • Cyr Guillaume - Inscrit 18 août 2015 09 h 17

    Ah bon

    C'est donc comme ça qu'on règle les choses chez les conservateurs? ça ne sens pas la magouille du tout voyons donc!