Harper recule, Mulcair progresse

Près de deux semaines après le lancement de la campagne électorale, Thomas Mulcair semble bien aux commandes de la course, en avance dans les sondages — tant au Québec que dans l’ensemble du Canada.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Près de deux semaines après le lancement de la campagne électorale, Thomas Mulcair semble bien aux commandes de la course, en avance dans les sondages — tant au Québec que dans l’ensemble du Canada.

Rude départ pour l’équipe de Stephen Harper. Le Parti conservateur poursuit sa dégringolade dans les intentions de vote, révèle le premier sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal-Le Journal de Québec mené depuis le déclenchement des élections. La course qui s’amorce s’effectuera donc bel et bien à trois à l’échelle du pays, tandis qu’au Québec, les électeurs semblent déterminés à revenir à la charge avec une seconde vague orange.

Réalisé de lundi à mercredi auprès de plus de 2000 répondants de partout au pays, le sondage accorde le tiers des intentions de vote des Canadiens au Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair. Les libéraux doublent les conservateurs pour la première fois depuis le mois de mai, pour se hisser au second rang, avec 28 % des voix, un bond de trois points depuis le précédent sondage Léger, mené avant le déclenchement des élections. Les conservateurs tombent de 5 points, pour obtenir 27 % d’appuis. Les Canadiens ne semblent pas avoir digéré d’être projetés en élections au beau milieu de l’été.

Au Québec, le NPD se retrouve bien en selle avec 40 % des intentions de vote, sa plus forte performance à l’échelle du pays, et pratiquement autant qu’aux élections générales de 2011, alors que Jack Layton avait récolté 43 % des suffrages à l’échelle de la province. Les libéraux obtiennent 21 % d’appui et le Parti conservateur 17 %, ce qui représente pour ce dernier une chute de 6 points de pourcentage.

Après avoir vu ses appuis monter, puis fléchir, le Bloc québécois de Gilles Duceppe voit son soutien croître doucement pour atteindre 21 %, contre 19 % au précédent coup de sonde. Si des élections avaient été tenues au cours des derniers jours, le Canada se serait vraisemblablement retrouvé avec un gouvernement minoritaire. Ces sondages s’inscrivent dans la tendance observée depuis le début des élections, qui placent le Parti conservateur et le NPD à égalité, le PLC traînant de quelques points.

Une volonté de changement indéniable

Au-delà de leur positionnement dans les intentions de vote, les troupes conservatrices ont plusieurs raisons de s’inquiéter, croit le sondeur Jean-Marc Léger.

Six Canadiens sur dix et les trois quarts des Québécois sont aujourd’hui convaincus de la nécessité de changer de gouvernement. « On voit que les conservateurs s’éloignent du pouvoir », résume le président de Léger Marketing.

Les enjeux mis de l’avant par M. Harper depuis le déclenchement des hostilités semblent par ailleurs peu coller aux priorités des électeurs. Qui plus est, les personnes ayant l’intention de voter pour le NPD et le PLC semblent très peu enclines à offrir leur soutien au Parti conservateur lorsqu’on leur demande de nommer un second choix de parti.

« Cela signifie que la réserve d’électeurs potentiels des conservateurs est extrêmement faible. Non seulement leurs votes baissent, mais en plus ils n’ont qu’un potentiel de croissance faible. Ils ne peuvent espérer de monter qu’à 34 % seulement en ce moment, alors que les autres partis, même le Bloc, ont un potentiel de hausse [plus important]. » Pire encore pour M. Harper, 43 % des répondants affirment qu’ils « ne voteraient jamais » pour le Parti conservateur, plus du double de réponses obtenues que toute autre formation politique.

Mince consolation pour les conservateurs : leurs appuis au Québec semblent se concentrer dans la région de la capitale nationale et de la Beauce, ce qui laisse croire qu’ils pourraient reprendre, dans ces secteurs, certains des sièges perdus aux mains de néodémocrates en 2011. Deux ou trois sièges de plus seraient à portée de main de M. Harper, qui détient un appui de 37 % actuellement dans la région de Québec, selon le sondeur. Le PCC ne compte que cinq sièges au Québec à l’heure actuelle.

Trudeau en hausse

La situation est nettement plus positive pour Justin Trudeau et les libéraux, qui accusaient depuis de nombreux mois du retard face à ses adversaires. La popularité du PLC a comme particularité d’être associée principalement à celle de son chef. « Il faut bien surveiller la performance des libéraux, particulièrement en Ontario et aussi au Québec, dit Jean-Marc Léger. Mais le NPD se montre très résistant face aux attaques. »

La question est donc de savoir qui, des formations de Justin Trudeau et de Thomas Mulcair, incarne véritablement ce changement tant souhaité par les électeurs. À cette question, le tiers des répondants répondent en désignant les troupes de Thomas Mulcair, contre seulement 19 % pour le PLC. « C’est là que le NPD se distingue royalement du PLC, par exemple en ce qui concerne son contenu. Le NPD est clairement davantage en symbiose avec les priorités des Canadiens que ne l’est le PLC. »

Thomas Mulcair est également nettement en avance quand vient le temps de choisir celui qui ferait le meilleur premier ministre. 28 % des répondants lui auraient accordé leur confiance, contre seulement 20 % pour MM. Harper et Trudeau.

Précisons que ce sondage a été mené sur Internet auprès de 2095 répondants, dont 987 au Québec, entre le 10 et le 12 août 2015. Un échantillon probabiliste de taille identique aurait comporté une marge d’erreur de plus ou moins 2,1 %, 19 fois sur 20.


28 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 15 août 2015 03 h 51

    Et les verts?


    Le Parti vert serait-il seulement à 6% des intentions de vote?

    Des électeurs canadiens ont vraiment une drôle d'attitude.

    Vite mon vélo!

    Il n'y a pas une minute à perdre.

    (Un Québécois à Ottawa)

  • Gilles Théberge - Abonné 15 août 2015 04 h 57

    Données intéressantes

    Je trouve que la donnée importante ici, c'est que vraisemblablement le résultat final sera un gouvernement minoritaire. Sa couleur est indéterminée pour le moment mais il sera minoritaire.

    Compte tenu de la longueur de la campagne et des forces en présences, malgré l'encouragement que peuvent ressentir certains qui sont axés sur des objectifs dits de «changement», je ne tiens pas Harper pour battu.

    Devant un gouvernement minoritaire ce qui importe c'est la balance du pouvoir. Qui détiendra la balance du pouvoir, pourra un temps, infléchir les politiques présentées au parlement.

    Cette donnée prendra probablement de l'importance au fil du temps jusqu'à l'élection. Dans mon esprit elle milite pour un renforcement des appuis au Bloc.

    Et on remarquera peut-être que dès ce matin, la discussion ne portera pas sur la valeur en soi des projets politiques portés par les partis. On ne parlera que de sondage...

    Les sondages qui à mon avis ils devraient être formellement interdits pendant une campagne électorale. Parce que je trouve que cela contribue à une forme de détournement de la démocratie en mettant l'accent sur l'accessoire d'un résultat appréhendé, quand l'essentiel devrait être le débat politique conduisant au résultat.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 août 2015 06 h 12

    Tendance

    Si la tendance se maintient, le prochain gouvernement fédéral sera installé par le support des québécois plus grand que celui des canadiens. Nous avons encore plusieurs jours pour voir venir la réaction des canadiens face à cette éventualité. Est-ce qu’ils vont embarquer cette fois-ci avec la vague québécoise ou est-ce qu’ils vont réagir négativement et se retrancher ? Là est ma question. Le clivage Canada/Québec persistera-t-il ? Le seul point que j’étudie ici est la réaction canadienne face au choix québécois; les partis et les personnages sont secondaires, je pourrais les nommer X, Y ou Z. Mon propos est construit comme une étude à l’aveugle; ma préférence est donc retirée de l’équation et je m’installe comme observateur extérieur dans une étude sociologique. Suite au prochain sondage.

    Note : J’ai aussi, ailleurs, un œil sur les actions des gouvernements provinciaux et la lutte au pouvoir de l’Est contre celle de l’Ouest dissimulé dans le dilemme du pipeline. Le Canada central commence à installer son jeu pour faire obstacle à l’hégémonie de l’Ouest qui persiste depuis 10 ans. Toronto veux ramasser les billes qu’elles ont perdu et Couillard l’appui en coulisse. Il se passe des choses dans le pays dont on ne nous parle pas ouvertement.

    Bonne journée.

    PL

  • Richard Bérubé - Inscrit 15 août 2015 06 h 36

    Bon débarras!

    Enfin une bonne nouvelle! Espèrons que la chute des conservateurs continuera jusqu'aux élections....qu'on en finisse avec ces têtes-à-claques...si j'étais Harper je nommerais beaucoup de déoutés conservateurs au Sénat, car tous ces loosers seront au chômage le 20 octobre si ça continue.....bonne nouvelle...

    • Maryse Veilleux - Abonnée 15 août 2015 21 h 48

      Non non!!!! Il ne faut les avoir au sénat!!!!!! Ils vont bloquer les projets de loi du NPD!

  • Robert Lauzon - Abonné 15 août 2015 07 h 54

    Le ROC va faire son travail

    Défaire Harper et ses magouilles est l'objectif de plus de 60% des électeurs canadiens. Dans le reste du Canada, les électeurs vont faire leur travail. Nous, au Québec, devons aussi faire le nôtre. Nous devons nous assurer que nos intérêts seront mis de l'avant et pour ce faire, il est nécessaire de n'appuyer aucun des partis fédéralistes qui doivent toujours essayer de plaire au plus grand nombre d'électeurs from coast to coast.

    Je voterai donc Bloc, je voterai Québec.

    • Palardy RACHEL - Inscrite 15 août 2015 17 h 40

      M.Lauzon, plus de 60% du ROC ne veulent pas plus de Mulcair ou de Trudeau, nous sommes nez à nez c'est une course à trois , ne vous réjouissez pas trop vite.
      Vous pouvez voter pour le bloc si vous voulez , ça ne changera pas grand chose, les conservateurs vont l'emporter sans le Québec.
      Rachel Palardy Taillon

    • Raymond Gauthier - Abonné 15 août 2015 18 h 01

      Tout à fait d'accord avec vous, M. Lauzon!! Tout québécois qui a à coeur les intérêts du Québec, à plus forte raison s'il est un souverainiste convaincu, devrait éviter de perdre son temps à voter pour un parti fédéraliste et doit envoyer un message clair au ROC qu'il ne croit plus à la fédération canadienne. En votant massivement pour le NPD comme ils l'ont fait en 2011, les québécois ont cru à un mirage, à un mythe : celui d'être représenté à la Chambre des Communes. Quand bien même le NPD formerait un prochain gouvernement majoritaire, le Québec ne sera jamais adéquatement représenté à la table des décisions. Nous ne serons toujours qu'une des dix provinces soumises aux diktats du gouvernement fédéral et surtout pas une nation qui traite d'égal à égal avec d'autres nations!!

    • Paul D'Amour - Abonné 15 août 2015 22 h 32

      Je vous salue M. Lauzon pour votre préoccupation face aux intérêts du Québec. Je m'oppose également au Bloc Canadien et continue de croire que le BLOC QUÉBÉCOIS travaille pour notre Nation!
      Paul D'Amour - Abonné