Les arguments de Mulcair ne tiennent pas la route, estiment des spécialistes

Des manifestants ont dénoncé mercredi la position du NPD par rapport au pipeline de TransCanada.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Des manifestants ont dénoncé mercredi la position du NPD par rapport au pipeline de TransCanada.

De passage à Lévis, le chef du NPD, Thomas Mulcair, a été forcé d’expliquer son appui de principe à la construction de l’oléoduc Énergie Est. Mais la justification qu’il avance — la diminution du trafic pétrolier par bateaux et par trains — est démolie par les spécialistes et les environnementalistes consultés.

Le chef néodémocrate a rabroué un journaliste qui lui reprochait de ne pas exprimer son appui au projet de TransCanada aussi ouvertement lorsqu’il est en sol québécois que lorsqu’il se trouve ailleurs au Canada. Thomas Mulcair s’est alors lancé dans une longue tirade exposant sa logique en matière de transport des produits pétroliers.

« On doit essayer de créer avec nos richesses des emplois ici. […] Oui, ça peut être gagnant d’amener du produit d’ouest en est, et on le fait déjà avec le rail. Mais c’est hautement dangereux, comme on l’a vu à Mégantic. Ici, à Saint-Romuald, on a une usine de transformation, une raffinerie, mais le pétrole sillonne le Saint-Laurent dans des superpétroliers. Si vous voulez savoir ce qui est un réel danger pour l’environnement, on va parler d’un superpétrolier rempli de pétrole brut en train de sillonner le Saint-Laurent. »

M. Mulcair a ensuite reproché aux chefs conservateur et libéral d’appuyer des projets de pipeline d’exportation, comme Keystone XL, qui déplaceront à l’étranger les emplois liés au raffinage. « Ça peut être gagnant d’amener le produit d’ouest en est et de créer 40 000 emplois au Canada. Ça peut être gagnant pour le producteur et offrir une meilleure redevance pour la province, ça peut être gagnant parce que ça va éliminer les superpétroliers du Saint-Laurent et les trains hautement dangereux qui sillonnent les municipalités à travers le Québec. »

Immédiatement, analystes et environnementalistes ont déboulonné l’argumentaire néodémocrate. Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC, rappelle que ni la raffinerie Suncor de Montréal ni celle de Valero à Lévis n’ont réservé de capacité sur l’oléoduc de TransCanada. « Leur approvisionnement ne serait absolument pas touché par la présence ou non d’Énergie Est », assure-t-il. Ces deux raffineries reçoivent leur ressource par trains ou par bateaux d’outre-mer.

Le pétrole qui serait acheminé de l’Ouest par Énergie Est (1,1 million de barils par jour) est presque exclusivement destiné à l’exportation, soulignent tous les intervenants consultés. L’oléoduc aboutirait à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, où le pétrole brut serait chargé sur des bateaux.

Si un terminal maritime devait être construit le long du pipeline au Québec (cette possibilité est en suspens depuis que le site de Cacouna a été écarté), alors le pétrole qui y serait dirigé serait lui aussi mis sur des bateaux. L’ironie, souligne M. Pineau, c’est que ce terminal, et les emplois qui y seraient rattachés, rendrait peut-être le projet plus digeste, mais ferait en sorte qu’« il y aurait plus de transport pétrolier par bateaux sur le Saint-Laurent, pas moins ».

C’est plutôt un tout autre projet, l’inversion vers l’est du flux dans l’oléoduc 9B d’Enbridge, qui risque d’avoir les effets décrits par Thomas Mulcair. En partie. Le 9B inversé acheminera 300 000 barils par jour de pétrole canadien à Montréal, où Suncor pourra en raffiner 137 000. Les 163 000 barils restants seront envoyés par bateaux à Lévis, qui diminuera d’autant ses arrivages d’outre-mer. En d’autres mots, il y aura moins de trains et de bateaux provenant de l’étranger, mais un nouveau trafic de pétroliers entre Montréal et Lévis verra le jour.

« Subterfuge »

Steven Guilbeault, d’Équiterre, se dit « un peu surpris parce que M. Mulcair parle de ce projet comme s’il visait à alimenter l’Est en pétrole de l’Ouest », ce qui n’est pas le cas. Même avec Énergie Est, les Québécois continueront de consommer du pétrole étranger arrivé par rails ou par mer. « Je m’explique mal ces commentaires de M. Mulcair. Peut-être que dans un monde idéal, ça devrait être ça, mais la réalité commerciale est [autre]. »

Martin Poirier, de la fondation Coule pas chez nous, qualifie de « subterfuge » la façon qu’a Thomas Mulcair de présenter le pipeline comme une solution de rechange aux trains. « Les compagnies qui possèdent les projets de transport par trains ne sont pas les mêmes compagnies qui poussent les projets de transport par oléoducs. » Secure Energy, par exemple, pilote un projet de terminal ferroviaire à Belledune, au Nouveau-Brunswick, pouvant accueillir 240 wagons de pétrole par jour. « Chacun va de l’avant avec ses propres projets. »

Mercredi, le chef du NPD a réitéré son intention de revoir le processus d’évaluation environnementale fédéral, modifié par les conservateurs, afin qu’il soit « complet, crédible et fiable ». « C’est ça, la racine du problème. » Martin Poirier estime que cela ne changera rien puisque l’Office national de l’énergie, même avant les changements, « n’a jamais refusé un projet ». « On voit très bien que le baromètre du NPD, à quelques nuances près, est le même que celui du Parti conservateur et celui des libéraux, à savoir qu’ils veulent que ce projet se fasse », conclut-il.

Lors de chaque élection gagnée par les conservateurs de Stephen Harper, ils ont été condamnés pour avoir triché.

17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 août 2015 01 h 33

    La periodes des grandes promesses est bien finie

    Depuis quand les politiciens décident-ils vraiment de notre sort, voila ce que n'arrive pas a dire monsieur Mulcair surtout quand on s'appelle le parti de la social démocratie, les politiciens ne sont ils pas depuis toujours des commis, n'ont-ils pas toujours eu un pays a défendre, bon la France a préférée les Antilles, mais ca change rien a notre sort, les nouveaux maitres étant alors les champions du commerce mondiale ce fut chose facile, enfin jusqu'au jour ou ce fut au tour des USA, de prendre la relève, combien de commerces ont étés délocalisés depuis la crise de 2008, vous ne trouvez pas que le commerce mondiale est en train de se reserrer, même les chinois sont obligés d'y aller plus mollement, alors que voulez-vous que nous dise monsier Mulcair, j'ai bien peur que la période des grandes promesses est bien finie

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 13 août 2015 06 h 20

    M. Mulcair doit mieux s'expliquer: il en a le talent.

    Il y a une marge énorme entre refuser un projet de pipeline et imposer des conditions le rendant réellement sécuritaire et conséquemment plus acceptable non seulement pour les communautés traversées, mais aussi, souhaitons-le de plus en plus, pour les communautés humaines influencées par la hausse des gaz à effet de serre. Un Office national de l'énergie (ONÉ) revitalisé pourra faire la seconde chose si on lui en donne le mandat, le temps et les moyens. Surtout, l'appui néodémocrate de principe à un tel projet s'intègre donc certainement à un ensemble de politiques gouvernementales dites de diminution des gaz à effet de serre. Que M. Mulcair nous en fasse part clairement! Il en a encore le temps et le talent. Les organismes environnementaux pourront alors mieux nous expliquer les progrès à espérer de l'élection d'un gouvernement néodémocrate. Car, c'est de cela qu'il s'agit maintenant.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 août 2015 08 h 22

      M. Mulcair et ses poteaux québécois ont appuyé l'aide fédérale au projet hydro électrique de Newfoundland. Et cela, à l'encontre de la position unanime de notre Assemblée nationale.

      Mulcair essaie d'aller chercher le vote de l'Ouest et parle des 2 cötés de la bouche sur Énergie Est.

      Comme le NPD qui a rejeté Meech, qui a appuyé le projet de loi Dion sur *la question claire* et le plus que 50% plus un. Pis, maintenant Mulcair dit qu'il accepterait le 50 % plus un. Pour employer une expression populaire:"Les bottines ne suivent pas toujours les babines", avec le NPD.

      British Colombia ne veut pas d'oléoduc ni les USA. Mais Mulcair et Couillard, oui.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 13 août 2015 07 h 41

    L'oléoduc 9B...

    En plus d'augmenter de 163 000 barils par jour la quantité de pétrole qui sera transportée par bateau sur le fleuve, ce vieil oléoduc 9B traversera la rivière Outaouais qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent et la rivière des mille-îles, deux sources d'approvisionnement majeures pour la région métropolitaine.

    Un minimum de 400 000 barils de pétrole lourd fraverseront la rivière outaouais à tous les jours dans ce vieux tuyau rafistolé et dont le flux sera inversé.

    A-t-on déjà oublié qu'à la mi-juillet, 31 500 barils de pétrole se sont répandus dans l'environnement en Alberta, lors de la 2e plus importante marée noire de l'histoire de cette province ? A-t-on déjà oublié que la fuite provenait d'un oléoduc tout neuf ? A-t-on opublié qu'il a fallu plus de 2 semaines avant que l'on découvre qu'il y avait une fuite ?

    Quel genre de Québec veut-on ?

    Pour ma part, je voterai pour m'opposer au développement de l'industrie pétrolière au Québec et au Canada car ce n'est pas en développant de nouvelles infrastructures pétrolières que nous sortirons le Québec du pétrole. À quelques semaines du sommet historique de Paris sur le réchauffement climatique, le sommet de la dernière chance, je voterai pour le seul parti qui correspond à mes valeurs et à mes convictions, et ce n'est pas le NPD ni les Libéraux.

    Je voterai pour le Parti Vert car j'espère offrir un avenir durable et heureux à mes enfants et petits enfants. Je ne suis pas un rêveur au point de croire à une prise du pouvoir par les Verts, mais je crois toutefois qu'il est réaliste d'espérer leur donner quelques voix au Québec.

    La question envrionnementale est au coeur de mes priorités politiques et je voterai en ce sens.

    Et vous ?

  • Alain Lavallée - Inscrit 13 août 2015 08 h 23

    Les "arguments faux" du NPD

    Impressionnant ces "écarts" entre les affirmations de Mulcair et la réalité. On n'écrira pas que ce sont des mensonges, mais bon. Énergie Est ne répondra pas aux besoins des raffineries québécoises contrairement aux affirmations de M. Mulcair.

    Pire Mulcair dit que cela diminuerait le nombre de pétroliers sur le fleuve , alors que c'est exactement le contraire qui serait vrai , advenant la construction d'un port sur la rive sud du St Laurent, comme le voudrait Trans Canada.

    Ce pipeline est strictement pour l'exportation du "pétrole sale" de l'Ouest, pétrole dont la planète n'a surtout pas besoin étant donné ses aspects polluants.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 13 août 2015 09 h 54

    Qui peut mieux représenter le Québec dans le dossier des pipelines, le BLOC ou le NPD?


    Le projet Northern Gateway d'Edmonton en Alberta à Kitimat en Colombie
    Britannique, se traduit par 1 177 km de pipelines traversant les Rocheuses, avec en plus une voie directe vers l'Asie.

    Le projet Énergie Est, d'Hardisty (210 km d'Edmonton en Alberta) à St John au Nouveau Brunswick, c'est 4 fois la longueur du projet Northern Gateway soit 4 6000 km dont la plus grande partie passe sur le territoire très peuplé du Québec.

    Le simple bon sens nous dit bien que le plus court chemin pour sortir le pétrole albertain et saskatchewannais est le Projet Northern Gateway, mais le hic pour les pétrolières c'est qu'il n'y a pas d'acceptation sociale en CB (population, 4,630 millions d’habitants) projet qui gâcherait de si belles Rocheuses.

    Pourtant, il n'y a pas non plus d'acceptation sociale au Québec (population 8,215 millions d’habitants) et qui plus est, contrairement à la Colombie Britannique passe sur des terres et des cours d’eau hautement plus névralgiques que les dites Rocheuses soit: 70 rivières, 185 ruisseaux ainsi que le fleuve Saint-Laurent. On compte les rivières majeures suivantes : Outaouais, des Mille Îles, des Prairies, Mascouche, L’Assomption, Maskinongé, Yamachiche, Saint-Maurice, Champlain, Batiscan, Sainte-Anne, Portneuf, Chaudière et Etchemin, sans oublier le Saint-Laurent. Dans des cas très précis le pipeline traversera des réserves naturelles comme celle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures.

    Mais voilà, contrairement à la Colombie Britannique qui a un gouvernement courageux qui se tient debout et qui ne craint pas les intimidations, nous avons malheureusement au Québec un gouvernement couard, sans fierté, un gouvernement trouillard face à la pression indue des pétrolières et du taxage pétro-politique.

    Le NPD de T. Mulcair dans ce dossier ne vaut pas plus que le PCC de Harper ou le PLC de Trudeau, i.e. que du vent…


    http://www.davidsuzuki.org/fr/publications/Fleuve|