Trudeau veut rendre le Sénat moins partisan

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau

Au moment où reprend le procès du sénateur Mike Duffy, le chef libéral Justin Trudeau propose de redonner une crédibilité à la Chambre haute, malmenée par les scandales sous le gouvernement Harper.

Le Parti libéral du Canada (PLC) propose de rendre le Sénat moins partisan en instaurant un système de nominations fondées sur le mérite. Il s’engage aussi à mettre en oeuvre les recommandations du récent rapport du vérificateur général visant à contrôler les dépenses des parlementaires. Justin Trudeau exclut cependant une réforme majeure ou encore l’abolition pure et simple du Sénat, comme s’est engagé à le faire le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair.

Il est « impossible » d’éliminer le Sénat, a fait valoir le chef libéral : il faudrait pour cela l’unanimité des provinces, et le Québec et d’autres provinces tiennent à garder la Chambre haute, créée notamment pour représenter les minorités et les régions. « M. Mulcair continue de faire miroiter aux Québécois et aux autres Canadiens que l’abolition du Sénat est possible, même s’il sait qu’il s’en va droit dans un mur », a dit Justin Trudeau, mardi matin.

Il inaugurait son local électoral dans la circonscription de Papineau, au centre de Montréal, qu’il représente depuis 2008 à la Chambre des communes. Justin Trudeau a rappelé qu’il a exclu tous les sénateurs libéraux du caucus du PLC, pour prendre ses distances du scandale qui entache le Sénat depuis deux ans.

Les partis d’opposition attendent de pied ferme le retour du procès de Mike Duffy et le témoignage de Nigel Wright, ce mercredi. Ils espèrent que cela leur fournira des munitions pour attaquer le chef conservateur. Mais à la veille de la reprise des audiences, Stephen Harper a évité de répondre aux premières questions qui lui ont été adressées sur le sujet.

Les audiences du procès du sénateur déchu avaient été ajournées, fin juin. Elles reprendront avec fracas, alors que l’ancien chef de cabinet de Stephen Harper — qui a remis les fameux 90 000 $ à Mike Duffy pour qu’il rembourse le Sénat — parlera pour la première fois depuis que toute cette affaire a éclaté au grand jour en 2013.

Déjà, mardi, le NPD et le PLC ont reproché au chef conservateur la nomination de Mike Duffy et dressé la liste des questions qui demeurent sans réponse quant à ce que savait M. Harper, et quand.

Davantage de transparence

Justin Trudeau a aussi étoffé ses engagements pour rendre le Parlement plus ouvert et transparent. Il a promis davantage de votes libres, pour permettre aux élus de voter selon leur conscience ou selon la volonté de leurs électeurs. Les députés devraient toutefois suivre la ligne de parti lors des votes portant sur la plateforme électorale du PLC, sur la Charte canadienne des droits et libertés ou sur des questions de confiance, comme le vote sur le budget, par exemple.

Le chef libéral s’est aussi engagé à ce que toutes les données du gouvernement soient rendues publiques par défaut. Il a critiqué le manque de transparence du gouvernement Harper, montré du doigt pour son manque de respect envers la Loi sur l’accès à l’information. Les ministres, le chef du gouvernement et les organismes relevant du Parlement seraient assujettis à la Loi sur l’accès, en vertu du plan libéral pour la transparence.

Une nomination critiquée

Justin Trudeau a dénoncé la nomination d’un consultant pour l’industrie pétrolière à l’Office national de l’énergie (ONE). Juste avant le déclenchement de la campagne électorale, le gouvernement Harper a nommé à l’ONE Steven Kelly, consultant de la société Kinder Morgan, a rapporté mardi Le Devoir. L’ingénieur, qui n’est pas inscrit au registre des lobbyistes, occupait le poste de vice-président d’IHS Global Canada ltée. Cette firme a été appelée en renfort il y a deux ans par Kinder Morgan afin de faire une analyse justifiant l’accroissement de la capacité du pipeline Trans Mountain, en Alberta et en Colombie-Britannique. « M. Harper a régulièrement nommé à des postes importants pour la justice sociale et l’environnement des personnes qui n’avaient pas les qualifications nécessaires. C’est pour ça que […] nous parlons d’avoir un processus ouvert et transparent pour permettre de choisir les meilleures personnes pour des postes comme celui-là », a réagi Justin Trudeau.

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C’est le nombre de kilomètres qui sépareront Stephen Harper et Nigel Wright ce mercredi, alors que ce dernier entamera son témoignage au procès du sénateur déchu Mike Duffy