La FTQ rompt sa tradition d’appui au Bloc pour évincer les conservateurs

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) rompt sa tradition d’appuyer le Bloc québécois en vue des élections fédérales et misera plutôt sur une stratégie qui vise à appuyer le candidat qui a les meilleures chances de défaire le candidat conservateur.

En entrevue avec La Presse Canadienne, mardi, le secrétaire général de la centrale syndicale, Serge Cadieux, a réitéré que la FTQ allait cibler une dizaine de circonscriptions où le candidat conservateur risquait d’être trop populaire à son goût. La Fédération donnera alors son appui au candidat qui aura le plus de chances de battre le conservateur — qu’il soit libéral, néodémocrate ou bloquiste. Dans les autres circonscriptions, le vote sera libre, au choix de ses membres, a-t-il ajouté.

Il s’agit d’une stratégie «n’importe qui, sauf les conservateurs», a confirmé M. Cadieux.
Mais la FTQ n’appuie officiellement aucun parti: M. Cadieux a ainsi voulu corriger le tir après un article publié dans un quotidien qui indiquait que la plupart des syndicats affiliés à la FTQ appuieraient le Nouveau Parti démocratique (NPD) en 2015.

La FTQ avait déjà annoncé l’an dernier que l’équipe nationale travaillerait activement à faire battre les candidats conservateurs dans une dizaine de circonscriptions au Québec. Cette position est maintenue, a confirmé M. Cadieux mardi matin.

Un appui régulier

La FTQ avait appuyé le Bloc lors de toutes les élections fédérales depuis 1993, sauf en 2004.

Pour M. Cadieux, cette stratégie d’appui n’a pas fonctionné car les conservateurs de Stephen Harper sont au pouvoir depuis 2006.

Mais vu les changements survenus dans le paysage politique et la vague orange qui a déferlé sur le Québec lors du scrutin de 2011, il reconnaît qu’il est probable que l’appui de la FTQ se traduise plus en soutien au NPD puisque la formation politique comptait au moment de la dissolution du Parlement 54 députés au Québec contre seulement deux pour le Bloc.

«Dans beaucoup de circonscriptions, la grande majorité, c’est déjà un candidat NPD qui est député, donc c’est probablement lui qui a le plus de chances de battre le conservateur parce qu’il est déjà là», a-t-il commenté.

Le choix du candidat à appuyer dans la dizaine de circonscriptions visées sera arrêté le 31 août prochain.

Duceppe minimise
 

De passage dans la Vieille Capitale, le chef bloquiste a minimisé la portée de la décision de la plus grande organisation syndicale au Québec d’opter pour le vote « stratégique ».

 

« C’est une position que l’on connaissait depuis un an déjà », a affirmé M. Duceppe aux côtés de son candidat de Québec, Charles Mordret, choisi par l’exécutif local du parti aux dépens de l’éditeur Michel Brûlé.

 

Le leader bloquiste, qui tente un retour à l’avant-scène politique, se plaît à rappeler que le Bloc avait raflé la majorité des sièges québécois au scrutin de 2004, année où la FTQ lui avait une première fois refusé son appui.

 

« On me posait la même question en 2004. C’est bien sûr que l’on souhaite toujours avoir des appuis. En 2004, [la FTQ] avait la même position et on a eu 54 députés cette année-là », a-t-il relaté.

 

Du reste, seuls « deux syndicats sur les 37 de la FTQ » ont pris position en faveur du NPD, a fait remarquer M. Duceppe.


En matinée, le chef néodémocrate Thomas Mulcair avait été questionné sur ce supposé appui formel de la FTQ, qui a depuis été rectifié par la centrale syndicale.

À ce moment, M. Mulcair avait dit qu’il était toujours très fier quand il recevait un appui «parce que ça témoigne du fait que le NPD est en train de faire quelque chose d’important dans notre société pour réduire les inégalités», rappelant que le mouvement syndical travaille justement dans ce but.
 

« Rien pour acquis »


«Je ne prends rien pour acquis, avait-il toutefois commenté. Je vais continuer de travailler très fort pour conserver ce genre d’appui, parce que c’est ça qui va nous permettre d’aller au-delà de notre base traditionnelle, de rassembler les progressistes au Québec, de travailler avec les progressistes de partout au Canada, et le 19 octobre, pour la première fois, former un gouvernement social-démocrate NPD», a-t-il dit.

De son côté, le chef libéral Justin Trudeau a avoué ne pas être surpris que la FTQ, «qui est un organisme ouvertement et officiellement séparatiste», ne choisisse pas d’appuyer le Parti libéral qui est «réellement fédéraliste», a-t-il expliqué, faisant fi du fait que le NPD est également un parti fédéraliste.

«Le choix qu’ils [la FTQ] feront, ils auront à l’expliquer», a-t-il laissé tomber.
 
22 commentaires
  • Anne-Marie Courville - Abonnée 11 août 2015 08 h 57

    Appui à un parti

    La FTQ ne doit appuyer un parti mais laisser les syndicats libres de leur choix. Les membres sont les seuls à faire un choix et les dirigeants ne peuvent influencer leurs votes. Je suis une syndiquée et je n'ai pas besoin qu'on me dise pour qui voter car mon jugement est encore bon...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 août 2015 12 h 57

      Il y a erreur dans le titre de l'article corrigé aujourd'hui par le représentant de la FTQ. Leur position est : N'importe qui sauf les conservateurs.

      PL

    • Sylvain Rivest - Inscrit 11 août 2015 13 h 18

      vous ferez bien ce que vous voulez... Mais le but est de botter Hartler.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 11 août 2015 18 h 26

      Oui mais croyez-le ou non madame Desjardins, il y a plusieurs personnes qui pensent avoir un bon jugement et qui votent conservateur...

  • Josée Duplessis - Abonnée 11 août 2015 08 h 58

    Quoi????

    La FTQ est la FTQ.
    En tant que syndicaliste je n'appuie pas M. Mulcair. J'Appuie le Bloc car il est le seul parti qui peut nous représenter en tant que Québécois. Les autres nous représentent en tant que canadiens.
    C'Est toute une différence.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 11 août 2015 15 h 27

      Donc, vous préférez un autre 4 ans avec harper ???
      Vous avez reçu vos chèques pour les familles?

  • Gilles Gagné - Abonné 11 août 2015 09 h 09

    Quelle désagréable sortie!

    • Sylvain Rivest - Inscrit 11 août 2015 15 h 28

      Y a vraiment pire que ça...
      Vous n'avez qu'à écouter harper, il ne recule sur rien, la ligne dure sur tout.

  • Guy Lafortune - Inscrit 11 août 2015 10 h 03

    Où est leurs idées de grandeur, de voter pour la patrie!

    Ah ce pays du Québec en devenir, où est t'il quand ça compte vraiment?
    Quand ça compte vraiment on vote tous pour notre porte feuille, comme pour garder bien en selle Poste Canada qui perd maintenant environ 300 millions par année et dont son fond de pension est environ 6 milliards dans le rouge, Tom comme il est maintenant appelé, veut littérallement faire son petit homme et sauver cette institution désuette qui n'a pas su se renouveller.
    Encore nous les caves qui allons sauver ça? On paie pas assez d'impôt ici, tabarouette.
    "Les Syndicats, qu'ossa donne" Yvon Deschamps en quelque part en 1970!
    Allez voter en nombre pour Mulcair puis pleuré après l'avoir vu aller...

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 11 août 2015 11 h 53

    Le Fonds de solidarité de la FTQ

    Cet appui au NPD par la FTQ s'appuie certainement sur des raisons économiques. En effet, le gouvernement Conservateur de Stephen Harper va abolir de le crédit d'impôt sue les Fonds de travailleurs, dont celui, très important de la FTQ. Le NPD et le PLC se sont engagés à abolir cette mesure conservatrice, s'ils sont élus. Cela explique certainement en grande partie cet appui de la FTQ au NPD. Et c'est sans compter toutes les autres mesures antisyndicales du gouvernement Harper dont le projet de loi C-377 qui cherche à en savoir beaucoup plus sur les finances des syndicats sans en demander autant aux associations patronales, cela va de soi!!!! Ceci dit, je crois que le FTQ fait fausse route. L'enjeu de la prochaine élection n'est pas qu'économique. La question nationale au Québec est loin d'être réglée. Et le transport du pétrole des sables bitumineux est un enjeu important et aucun des partis Fédéralistes, y compris le NPD, ne tient compte des positions du Québec à ce sujet. La NPD dit une chose en anglais et une autre en français. Nous devons signaler clairement au Canada que la nation québécoise existe toujours et se dirige à nouveau vers l'indépendance. La FTQ vient de manquer une occasion d'être à nouveau solidaire avec le peuple du Québec et sa culture, comme elle l'avait toujours fait en appuyant le Bloc. Malheureusement la FTQ donne priorité à ses intérêts économiques comme organisation avant d'être solidaire avec l'Histoire du peuple québécois et de ses valeurs comme la poursuite de son projet de faire un pays et celle de la protection de son environnement.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 11 août 2015 18 h 33

      La FTQ donne priorité aux droits des travailleurs et à leurs droits collectifs, non pas à ses intérêts économiques. C-377 vise uniquement à rendre publique au patronat et au grand public les dépenses des syndicats qui rendaient déjà compte à leurs membres. Cette loi était totalement abusive et vise uniquement à mieux contrôler les organisations de travailleurs. La FTQ n'appuie pas le NPD, elle promeut le vote stratégique. Quant au signal clair des québécois envers le reste du Canada, je n'y compte pas trop... bien que oui la réélection possible de monsieur Harper est un excellent prétexte pour relancer l'idée référendaire.