Harper et l’économie: gare aux nuances

Justin Trudeau s’est adressé à des militants à Toronto, vendredi.
Photo: Aaron Vincent Elkaim La Presse canadienne Justin Trudeau s’est adressé à des militants à Toronto, vendredi.

Ce qu’ils ont dit

« Depuis la fin de la crise financière mondiale, nous avons la meilleure croissance économique, la meilleure création d’emplois et la meilleure croissance des revenus de la classe moyenne au sein des pays développés. » — Stephen Harper, lors du débat des chefs tenu jeudi, organisé par Maclean’s.

Les faits

C’est un des refrains préférés de Stephen Harper, qui a profité du premier tête-à-tête jeudi pour y revenir encore une fois : depuis la reprise qui a suivi la crise financière de 2008, l’économie canadienne se place parmi les meilleures du G7. Sinon au sommet.

Au chapitre de la croissance économique stricte, les données les plus récentes montrent en effet que le Canada est premier de classe. Selon des données publiées le 28 juillet par le gouvernement britannique, qui compare la croissance du PIB respectif des pays du G7, le Canada termine premier pour la période allant du premier trimestre de 2008 au premier trimestre de 2015. Il est suivi des États-Unis et du Royaume-Uni.

Mike Moffatt, professeur adjoint à l’Université Western, signale toutefois qu’il faut tenir compte du fait que la croissance démographique canadienne a été plus forte que celle de plusieurs autres pays. « Aussi, l’économie canadienne a plus de choses en commun avec des pays de matières premières comme l’Australie et la Norvège, qui ne sont pas dans le G7, qu’avec l’Italie et le Japon, qui le sont. Si on compare le Canada avec un plus grand nombre de pays, on est davantage dans le milieu du peloton. »

Tout indique, cependant, que les nuages s’accumulent, car l’économie canadienne est à un cheveu d’une récession. Au premier trimestre, l’économie s’est contractée de 0,1 % par rapport aux trois derniers mois de 2014, la seule du G7 à s’être affichée de la sorte. Et l’avenir ? Le Fonds monétaire international croit que l’économie canadienne va croître de 1,5 % en 2015, loin des 2,1 % prévus pour l’ensemble des pays avancés.

Passons à l’emploi, un élément qui peut être mesuré de plusieurs façons. Stephen Harper affirme que l’économie a créé 1,3 million d’emplois depuis la crise. Selon l’OCDE, le taux de chômage canadien était de 6,1 % en 2008, au beau milieu du peloton du G7. À la fin 2014 : 6,9 %, ce qui abaisse le Canada au cinquième rang.

Le budget fédéral du printemps, toutefois, indique que la croissance de l’emploi au Canada s’est chiffrée à 7,4 % depuis la reprise amorcée en 2009, coiffée seulement par celle aux États-Unis, à 8,9 %.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 août 2015 09 h 37

    Un mérite qui ne revient pas aux Conservateurs

    Si le Canada a mieux traversé la Grande récession que les autres grands pays industrialisés, c’est précisément parce que les Conservateurs n’avaient pas eu le temps de dérèglementer notre système bancaire comme ils se proposaient de la faire.

    S’ils en avaient eu le temps, notre économie se serait presque effondrée, comme ce fut le cas dans les pays où le néo-libéralisme a sévit (en Islande, en Irlande, aux États-Unis et en Grande-Bretagne).

    Partout où les Conservateurs ont dérèglementé, ce fut un désastre. Le cas le plus évident est celui du transport ferroviaire, où la sécurité du public a été remise entre les mains d’aventuriers.