Harper placé face à ses aveux

Depuis quelques années, les conservateurs consacrent beaucoup d’efforts à convaincre les communautés culturelles de voter pour eux: vendredi, Stephen Harper est allé rencontrer des hindous à Richmond, en Ontario.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Depuis quelques années, les conservateurs consacrent beaucoup d’efforts à convaincre les communautés culturelles de voter pour eux: vendredi, Stephen Harper est allé rencontrer des hindous à Richmond, en Ontario.

L’admission faite par Stephen Harper, au débat des chefs, que le Canada était probablement en récession a hanté le chef conservateur sur le chemin de la campagne électorale, vendredi. Ses adversaires brandissent cet aveu comme la preuve que le plan économique conservateur n’est pas une panacée et doit être remplacé.

Jeudi soir, lors de la première joute entre les leaders tenue en anglais, M. Harper a répondu « je ne le nie pas » au chef néodémocrate, qui rappelait que, avec cinq mois consécutifs de décroissance, l’économie canadienne se dirigeait dangereusement vers une récession. Il n’en fallait pas plus pour que Thomas Mulcair et le chef libéral Justin Trudeau s’emparent de cette phrase pour faire valoir leur point de vue.

« On voulait démontrer que le plan de M. Harper en matière économique ne fonctionne pas. On a réussi à faire admettre au premier ministre Harper qu’on est dans une deuxième récession lors de son mandat », a lancé M. Mulcair, qui s’est du même souffle réjoui d’avoir « accompli précisément ce qu’[il] voulait » au débat. « C’est troublant. Il est le premier premier ministre de l’histoire du Canada qui, lorsqu’on l’interroge sur la récession pendant son mandat, est en position de dire “ laquelle ? ”… parce qu’il y en aura eu deux. »

Le chef libéral n’a pas boudé son plaisir non plus. « Stephen Harper nous traîne encore dans une récession et l’économie continue de prendre du recul », a-t-il martelé à ses militants rassemblés à Toronto. Il s’est moqué des excuses fournies par les conservateurs pour justifier cet état des lieux. « Ils vous diront que ce n’est que temporaire ou que c’est la faute de la Grèce, de la Chine ou de Kathleen Wynne ou de Rachel Notley », une référence aux premières ministres de l’Ontario et de l’Alberta, contre qui M. Harper s’en est pris au cours des derniers jours.

Le chef conservateur, qui n’avait pas daigné répondre aux questions des journalistes après le débat jeudi soir, a dû expliquer son aveu vendredi matin. « Ce que j’ai dit, c’est qu’il faut regarder les chiffres : 80 % de l’économie canadienne est en santé et en croissance. Ce qui est en contraction est le secteur de l’énergie, à cause des prix du pétrole. » Stephen Harper voit dans ce ralentissement le plus puissant argument en faveur de la réélection de sa formation pour un quatrième mandat.

« On sait qu’il y aura des hauts et des bas. Mais le choix est de soit s’en tenir au plan qui fonctionne pour la plus grande part de notre économie, soit d’adopter un plan qui fera reculer notre économie dans son entier. Et c’est ce que le NPD propose. » À cela, le chef libéral a une réplique toute prête : « Quand un plan ne fonctionne pas, le vrai risque, c’est de s’en tenir au statu quo. »

 

Stratégie

M. Harper s’en tient au script dévoilé dimanche, lors du déclenchement des élections : dépeindre les partis politiques autres que le sien comme dangereux, parce qu’ils proposent tous des dépenses gouvernementales supplémentaires, qui auront pour effet de hausser les impôts ou plonger le pays « en déficit permanent ». Surtout, le chef conservateur prend bien soin d’amalgamer ses deux adversaires en ne différenciant pas leurs plateformes respectives. L’objectif est de maintenir le NPD et le Parti libéral sur un pied d’égalité et ainsi de mieux se faufiler entre les deux, le jour du scrutin. Les deux, pourtant, proposent des plans bien différents.

Le NPD propose d’augmenter l’impôt des entreprises (à un taux inconnu), de hausser le salaire minimum fédéral à 15 $ l’heure (voir l’encadré) et de créer des places en garderie à 15 $ par jour. Il promet aussi de ne pas hausser les impôts des particuliers et de ne pas retirer aux parents la Prestation universelle de garde pour enfants (PUGE), nouvellement bonifiée.

Le PLC, au contraire, maintiendrait à 15 % le taux d’imposition des entreprises, mais il hausserait l’impôt des particuliers gagnant plus de 200 000 $ pour baisser celui s’appliquant aux revenus situés entre 45 000 $ et 89 000 $. Il restructurerait complètement la PUGE pour la moduler en fonction des revenus des parents. Tout foyer gagnant moins de 150 000 $ par an toucherait une prestation bonifiée, les autres y perdraient au change par rapport aux politiques conservatrices.

Déficits : sept ou huit ?

Par ailleurs, la question du déficit pour l’année fiscale en cours n’est toujours pas tranchée. Le chef conservateur maintient que le budget sera équilibré, alors que MM. Mulcair et Trudeau s’appuient sur les récentes mauvaises performances économiques canadiennes pour prédire que l’année 2015-2016 se conclura par le huitième déficit consécutif du gouvernement Harper.

Interrogé à savoir s’il s’engageait à équilibrer le budget une fois élu, Justin Trudeau s’est montré prudent. « Nous nous sommes engagés à équilibrer le budget, mais le temps que cela prendra dépendra de l’ampleur du dégât que nous aura laissé Stephen Harper. Ce que nous ne ferons pas, c’est de retirer des milliards de dollars de l’économie alors qu’on est en récession, parce que c’est de la mauvaise politique économique et que cela fera mal aux Canadiens. »

Avec Marie Vastel

À voir en vidéo