Un 15 $ l’heure sélect

Le chef du NPD, Thomas Mulcair
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le chef du NPD, Thomas Mulcair

Ce qu’ils ont dit :

« En fait, le prétendu salaire minimum national ne s’appliquerait pas à 99 % des gens de ce pays qui gagnent le salaire minimum. Thomas Mulcair ne vous le dira pas, mais il le sait. » Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada, à propos de la promesse du NPD de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure.

Les faits :

Au Canada, le salaire minimum est établi par chaque province et territoire et varie donc d’un endroit à l’autre : de 10,20 $ l’heure en Alberta et en Saskatchewan (provinces où, paradoxalement, on retrouve le moins de travailleurs au salaire minimum) à 12,50 $ l’heure aux Territoires du Nord-Ouest.

Traditionnellement, ces salaires minimums ne s’appliquaient pas aux travailleurs oeuvrant dans des secteurs d’activité relevant des compétences fédérales : aéronautique, institutions financières, radiodiffusion et télécommunications, transport interprovincial et international, pipelines. Ottawa avait pour ces gens son propre salaire minimum, distinct. En 1996, le gouvernement fédéral a renoncé à l’établir lui-même, décrétant plutôt que pour ces secteurs, le salaire minimum qui s’applique est celui de la province ou du territoire où se trouve le travailleur. C’est cela que veut changer Thomas Mulcair en restaurant un taux fédéral, qu’il établirait à 15 $ l’heure.

Selon Statistiques Canada, il y avait environ un million de travailleurs qui touchaient le salaire minimum au Canada en 2013. Selon une autre enquête de Statistiques Canada, datant de 2008, il y a 820 000 travailleurs oeuvrant dans des secteurs de compétence fédérale. De ce nombre, 8200 (1 %) d’entre eux gagnaient moins de 10 $ l’heure et à peine… 416 touchaient le salaire minimum.

Comme aucune étude plus récente ne semble exister, le calcul n’est pas parfait, mais on peut en déduire à peu près que de 416 à 8200 personnes, sur le million de travailleurs touchant le salaire minimum, bénéficieraient de la promesse néodémocrate. C’est entre 0,04 % et 0,8 %. Trudeau se trompe donc… en surestimant la promesse néodémocrate.

15 $ l’heure pour 10 % des gagne-petit et non 1 %

(Mise à jour du 5 août 2015)

Le Nouveau parti démocratique conteste le calcul selon lequel moins de 1 % de tous les travailleurs touchant le salaire minimum bénéficieraient de sa promesse de hausser le minimum fédéral à 15 $ l’heure. Selon le parti de Thomas Mulcair, c’est plutôt 10 % de ces salariés qui seraient touchés.

Dans son édition du 5 août, Le Devoir a cité une étude de Statistique Canada, datant de 2008 (la plus récente disponible), selon laquelle seulement 416 travailleurs œuvrant dans des secteurs d’activités de compétence fédérale touchent le salaire minimum. L’étude ajoute qu’une autre tranche de 8200 de ces travailleurs gagnaient moins de 10 $ l’heure. Comme il y a environ un million de Canadiens qui touchent le salaire minimum au pays, toutes catégories confondues, cela signifie, a-t-on calculé, qu’entre 0,04 % et 0,8 % d’entre eux verraient leur sort amélioré avec le NPD au pouvoir.

Faux, rétorque le NPD. Ce calcul ne prend pas en compte, fait-on valoir, tous les travailleurs de compétence fédérale qui gagnent entre 10 $ et 14,99 $ l’heure et qui verraient eux aussi leur sort s’améliorer. L’étude de Statistique Canada n’indique pas combien il y a de tels travailleurs. En faisant des extrapolations, le NPD calcule que ce sont non pas entre 416 et 8200 personnes qui seraient touchées par sa mesure, mais plutôt 123 000, soit environ 10 % de tous les travailleurs œuvrant au salaire minimum au Canada.

Notons toutefois que l’extrapolation du NPD s’appuie sur la distribution des salaires telle qu’elle prévalait en 2008. Depuis, le salaire minimum a augmenté en moyenne de 2,15 $ l’heure au pays. Cela signifie que le nombre de travailleurs fédéraux gagnant moins de 15 $ l’heure est probablement moins élevé qu’il y a sept ans.
 
Hélène Buzzetti
5 commentaires
  • Denis Marseille - Inscrit 5 août 2015 05 h 17

    Merci

    J'apprécie le format de votre article. Le fait d'amener une citation pour ensuite l'analyser m'a beaucoup plu. Continuer dans ce sens.

    M. Mulcair semble être un autre politicien qui prend les gens pour des cons...

    Etant donné que je n'ai pas de parti pris, j'ai donné une note a chaque parti et chaque fois qu'ils agiront de la sorte, je leur enlève un point. Je voterai pour le parti qui aura le plus de point le jour du vote.

    Donc, voici mon tableau:

    PC:5(-1) (Ils méritent pas plus.)
    PLC:7 (Le passé de ce parti, m'indispose.)
    BQ:8 (Le fait de ne pas avoir la possibilité de prendre le pouvoir)
    NPD:10(-1)
    parti vert:10

    N.B.:Les consevateurs ont perdu un point pour avoir dit que voter NPD nous plongerait en récession perpétuelle.

  • Mario Jodoin - Abonné 5 août 2015 05 h 38

    Sous-estimation

    «De ce nombre, 8200 (1 %) d’entre eux gagnaient moins de 10 $ l’heure»

    Le calcul utilisé ne tient compte que des personnes qui touchent le salaire minimum, pas de celles qui gagnent entre le salaire minimum et 15,00 $. Ces personnes aussi seraient avantagées par cette mesure. Comme ce salaire ne serait appliqué qu'en 2019 (fin du mandat), on pourrait aussi calculer les personnes qui gagnent moins de 14,00 $ de l'heure pour tenir compte de l'inflation.

    J'ai donc l'impression que cet article et M. Trudeau sous-estiment le nombre de personnes qui seraient avantagées par cette mesure!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 5 août 2015 09 h 09

      Effectivement.

      On peut même ajouter que ceux qui gagnent un peu plus de 15$ l'heure, ou même 20$, auraient droit en quelques années à une à augmentation plus substantielle que les autres groupes de salariés.

      La satisfaction salariale est quelque chose de très subjectif, et repose beaucoup sur les comparaisons qui vous positionne dans une échelle sociale. Relever le plancher salarial a donc des répercutions sur une bien plus large part de la main-d'oeuvre que celle directement touchée par de nouvelles normes.

    • Mario Jodoin - Abonné 5 août 2015 17 h 46

      Vous avez bien raison, M. Arès.

      D'ailleurs, Le Devoir vient d'apporter une précision («15 $ l’heure pour 10 % des gagne-petit et non 1 %») qui multuplie par 15 le nombre de personnes touchées. Que ce soit par 10, par 15 ou par 20 (si on incluait, comme vous le faites, l'impact sur les personnes qui gagnent un peu plus de 15$ l'heure), l'important est de montrer que cet impact serait bien plus grand que ne l'affimaient M. Trudeau.

      On pourrait aussi penser que cette hausse a le potentiel d'influencer à la hausse les salaires minimums provinciaux, ce qui est possible, mais l'impact de cette éventuelle hausse est impossible à estimer avec un minimum de précision. Cela dit, le cas échéant, l'impact serait alors bien des fois plus élevé!

      Au bout du compte, l'important est que cette proposition va dans le bon sens!

  • Marc G. Tremblay - Inscrit 5 août 2015 09 h 32

    Ordre de grandeur

    Selon votre article, la promesse de M. Mulcair est ce qu'il y a de plus claire et vise des "travailleurs... des secteurs... fédéraux" - les plus pauvres...
    Supposons qu'il y a vraiment 5000 de ces personnes, au salaire minimum de sa province, et que la différence varie entre 5 et 10,000$, en tenant compte du temps partiel : la promesse, très raisonnable, ne dépasera pas 50M$/année.