La joute la plus longue

Stephen Harper a choisi la circonscription de Mont-Royal comme premier arrêt, dimanche soir. Le premier ministre sortant s’est positionné comme le candidat de la discipline, tandis que ses adversaires ont tenté de défaire son bilan économique.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Stephen Harper a choisi la circonscription de Mont-Royal comme premier arrêt, dimanche soir. Le premier ministre sortant s’est positionné comme le candidat de la discipline, tandis que ses adversaires ont tenté de défaire son bilan économique.

À peine le coup d’envoi de la plus longue campagne de l’histoire du Canada était-il donné que tous les chefs ont tenté de tourner le long règne conservateur à leur avantage. Stephen Harper entend incarner le statu quo rassurant, Thomas Mulcair, le changement souhaité par tant de Canadiens, et Justin Trudeau, la solution de rechange réaliste loin des mirages. Quant à Gilles Duceppe, il exhorte les Québécois à rejeter le vote stratégique en confiant aux autres Canadiens la tâche de priver les conservateurs d’un quatrième mandat.

Le premier ministre Stephen Harper s’est rendu à Rideau Hall, dimanche matin, pour demander la dissolution du Parlement. Il a convié du coup les électeurs à un marathon électoral de 79 jours. Aux yeux du chef conservateur, ces élections visent à déterminer qui, de lui ou ses adversaires, est le plus apte à prendre des décisions en matière d’économie et de sécurité. Et, dans ce domaine, plaide-t-il, son long séjour au 24 Sussex se veut un atout, pas un handicap.

« Nous devons rester concentrés et maintenir le cap, a-t-il dit. Nos choix sont prudents et nos actions sont disciplinées. Et c’est pour cela que nos emplois continuent de croître depuis six ans. Notre budget est équilibré et nous réduisons les taxes et les impôts des gens qui travaillent fort. Ce n’est pas le moment pour le genre de plan risqué qui cause tant de dommages ailleurs dans le monde. » Avec les autres partis, a-t-il continué, « il y aurait des impôts plus élevés, des dépenses irresponsables et des déficits permanents ». « Une élection n’est pas un concours de popularité. »

Le chef du NPD, qui a lancé sa campagne à Gatineau, a saisi la balle au bond en déboulonnant ce qu’il considère comme le mythe de la bonne gestion économique conservatrice. « M. Harper a le pire bilan de croissance économique de tout premier ministre depuis les années 1960, a soutenu Thomas Mulcair. Il a affiché huit déficits de suite et a ajouté 150 milliards de dollars à la dette. […] Visiblement, M. Harper, votre plan ne fonctionne pas. » En fait, les conservateurs ont aligné sept déficits et avaient remboursé un peu la dette avant de l’alourdir, pour un solde net de 135 milliards de dollars.

Comment un tel bilan peut-il être présenté comme une réussite ? Pour toute réponse, M. Harper a brandi la situation encore pire ailleurs dans le monde. « Nous avons la dette la plus basse des pays du G7. »

Stephen Harper a aussi présenté son long passage au pouvoir comme un atout en matière de lutte contre le terrorisme djihadiste. Reprochant à ses adversaires leur refus de pilonner l’Irak, le chef conservateur estime être le seul à avoir le courage de combattre la menace « avec une clarté morale ». « Ce n’est pas le moment de la rectitude politique, de la gouvernance inexpérimentée ou du refus idéologique d’agir. »

 

L’économie autrement

Dans son discours de huit minutes, Thomas Mulcair n’en a eu que pour l’économie. Il a réitéré son engagement de créer des places en garderie à 15 $ par jour et a promis de défendre les emplois du secteur manufacturier et de bonifier la retraite des aînés. « Nous allons relancer l’économie et aider les Canadiens à retrouver du travail. C’est notre priorité numéro un. »

Mais voilà : Thomas Mulcair n’est pas le seul à proposer un plan économique de rechange à celui des conservateurs. Le chef libéral Justin Trudeau revendique lui aussi le changement, mais le changement réaliste. « Le plan de M. Harper a échoué et le plan de M. Mulcair n’est qu’un mirage », a-t-il lancé, citant la promesse néodémocrate de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure. Le chef libéral rappelle que cela ne touchera que 1 % des personnes qui travaillent au salaire minimum, soit celles oeuvrant dans des secteurs de compétence fédérale. « Il n’aidera pas les serveurs de restaurant, les réceptionnistes dans les hôtels, pas plus que les préposés au stationnement ou les caissiers. »

M. Trudeau a réitéré sa promesse de réduire les impôts de la classe moyenne et d’augmenter ceux des plus riches, ainsi que celle de bonifier les allocations pour les enfants en coupant cette aide pour les familles les plus aisées. « Nous cesserons d’envoyer des chèques aux millionnaires juste parce qu’ils s’adonnent à avoir des enfants. »

Changement ou convictions ?

Ce tout premier jour de cette longue campagne a mis en évidence la lutte que se livreront Thomas Mulcair et Justin Trudeau pour convaincre les électeurs qu’il représente la réelle voie du changement et peut, lui seul, remplacer Stephen Harper. Un débat qui ne concerne pas les indépendantistes québécois, selon Gilles Duceppe. Le chef bloquiste rejette l’idée d’un vote stratégique pour défaire les conservateurs — et, du coup, délaisser le parti souverainiste. Il a rappelé qu’en 2011 les Québécois se sont ralliés au NPD en croyant ainsi bloquer les conservateurs. Ils ont plutôt hérité d’un gouvernement Harper majoritaire.

« On l’a essayé, on a vu ce que ç’a donné. On ne parle plus du Québec à Ottawa depuis que le NPD est là, a déploré M. Duceppe, à Montréal. C’est dans le reste du Canada qu’ils ne les ont pas battus, les conservateurs. Le NPD et les libéraux, qu’ils fassent le travail, qu’ils les battent. »

« Ne laissons pas les autres nous dire quoi penser. Soyons indépendants, a-t-il lancé, tel un slogan. En appuyant le Bloc québécois, vous faites d’une pierre trois coups. On barre la route à Stephen Harper, on reste fidèle à nos convictions, à nos intérêts, à nos valeurs, et on renforce le projet de faire du Québec un pays indépendant. »

Le chef bloquiste estime que Thomas Mulcair « agit de plus en plus comme M. Harper » en ayant refusé de répondre aux questions des médias dimanche. « Celui qui nous a fait perdre beaucoup de comtés, ce n’est pas Thomas Mulcair. C’est Jack Layton. » Mais M. Duceppe a néanmoins pris soin d’attaquer le nouveau chef du NPD. « Les Québécois ont en mémoire ce que M. Mulcair a fait contre les francophones [lorsqu’il était avocat pour Alliance Québec]. »

Les attaques sont lancées

M. Mulcair, de son côté, a adressé tous ses reproches au chef conservateur en ne mentionnant pas une seule fois Justin Trudeau. Tout au plus lui a-t-il réservé une flèche : « Les Canadiens méritent un premier ministre qui a l’expérience et le leadership nécessaires pour réparer les dommages causés par Stephen Harper. » Le chef libéral ne se formalise pas d’être la cible de tous ses rivaux. « Mes opposants peuvent bien dire ce qu’ils veulent à mon sujet. Je vais continuer de me consacrer à vous », a-t-il répliqué, en se disant à l’écoute des électeurs.

Ces élections s’annoncent des plus serrées. La compilation de tous les sondages par Éric Grenier (ThreeHundredEight.com) place le NPD et le Parti conservateur au coude-à-coude, avec respectivement 32,1 % et 31,6 % des intentions de vote. Le Parti libéral suit avec 25,6 %.

Avec Laura Pelletier

Questions contrôlées

C’est devenu un enjeu en soi depuis que Stephen Harper a réduit comme peau de chagrin ses interactions avec les médias : le nombre des questions auxquelles les chefs répondent. Alors, en ce jour de lancement, à combien de questions de journalistes les leaders des partis se sont autorisés à répondre ?

Stephen Harper  5

Thomas Mulcair  0

Justin Trudeau  7*

Gilles Duceppe  14*

* Trudeau et Duceppe ont répondu à toutes les questions des journalistes

338 députés à élire

Le 19 octobre, les Canadiens éliront 338 députés fédéraux. Ce sont 30 de plus qu’en 2011, la carte électorale ayant été redessinée. Au Québec, ce seront 78 circonscriptions plutôt que 75. À la dissolution de la Chambre, la répartition des sièges allait comme suit:

PC     159
NPD    95
PLC     36
Bloc    2
Verts    2
Forces et Démocratie    2
Indépendants    8
Sièges vacants    4

Au Québec
NPD    54
PLC    7
PC    5
Indépendants    5
Bloc    2
Forces et Démocratie    2
4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 août 2015 07 h 50

    Réaction préliminaire de ce jour :

    Voter ou pas voter ?

    J'hésite ! - 3 août 2015 -

  • François Dugal - Inscrit 3 août 2015 08 h 08

    Le parade du fric

    La prochaine campagne électorale sera le marathon des poches profondes ; le gagnant sera celui qui aura le "fond de réserve" le plus conséquent : divinez qui?

  • Colette Pagé - Inscrite 3 août 2015 10 h 14

    Le Canada de Stephen Harper et les valeurs québécoises !

    Dix (10) longues années de tromperie, de leurre et de manque de transparence sans oublier l'absence de respect des institutions et de ceux et de celles qui les dirigent cela suffit. Et que dire de la perte de prestige du Canada au plan international. Selon l'ex juge de la Cour suprême Louise Arbour un minimum de dix ans seront nécessaires pour réparer les dégâts.

    Ce PM qui a de la graine de dicatateur pousse l'outrecouidance à débuter sa campagne électorale au Québec dans un centre communautaire juif alors que la communauté internationale dénonce l'assassinat par des juifs orthodoxes d'un enfant palestinien. Souffrant d'aveuglement volontaire le PM n'a pas jugé nécessaire de dénoncer cette agression.

    Outrecuidance également que la déclaration du PM à l'effet que les valeurs conservatrices s'identifient aux valeurs québécoises. Rien de plus faux pour ce va-t-en-guerre royaliste prêt à commémorer toutes les victoires militaires même ceux contestées par les historiens.

    Ce démagogue pousse le cynisme jusqu'à déclarer que cette longue période électorale ne coûtera pas plus cher aux contribuables alors que chaque journée d'élection augmente les dépenses d'Élections Canada. Même lorsqu'il dit le contraire de que ce qu'il pense, on ne peut le croire.

    Quant à ces courtisans Lebel et Bernier qui à l'instar des perroquets répètent le même message appris par coeur. Le mantra de l'économie et de l'emplois et de l'insécurité ils risquent tous d'être rattrapés par la réalité économique : le Canada en récession.

    • Daniel Bérubé - Abonné 3 août 2015 15 h 49

      Le plus frustrant sera sans doute de l'entendre bientôt dire que le Canada connaît des surplus budgétaire, même si tout les autres spécialistes en la matière disent le contraire, et il se trouvera malheureusement un certain pourcentage de la population qui vont le croire... répétez un mensonge moindrement longtemps, et certains vous croiront, quand vous direz que vous avez été veuglé par de la lumière brillante... noire.

      Ils ont maintenant des psychologues, des psychiatres, des spécialistes en santé mentale voir en hypnotisme qui travaillent pour eux, et qui réussiront à faire croire à un certain nombre que la terre est plate et que le soleil tourne autour... et que le réchauffement climatique n'existe pas ! Les forces du mal deviennent incroyable ! Es-ce parce que le monde ont cessé de croire au bien ?