Les coffres des conservateurs sont pleins, mais le NPD a le vent dans les voiles

Le chef libéral Justin Trudeau était de passage à Montréal vendredi pour rencontrer les électeurs.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le chef libéral Justin Trudeau était de passage à Montréal vendredi pour rencontrer les électeurs.

La guerre d’usure qui doit s’amorcer officiellement dimanche entre les partis fédéraux s’annonce exorbitante sur plan financier pour eux, mais aussi pour Élections Canada et les contribuables.

Accusés de vouloir achever leurs adversaires avec une campagne d’une durée record, ce sont les conservateurs qui, sans surprise, semblent le mieux en selle à quelques moments du déclenchement de la période électorale, révèlent des données rendues publiques vendredi par Élections Canada.

Le Parti conservateur lancera sa course avec une cagnotte de 36,6 millions, soit 11 millions de plus que les libéraux. Le NPD disposera de 16,3 millions pour convaincre les électeurs, contre 4,9 millions pour le Parti vert. Pour sa campagne québécoise, le Bloc aura approximativement 1,5 million en poche.

Dons records au NPD

 

Mais ce sont les sommes accumulées au cours des mois d’avril à juin qui sont révélatrices : le NPD a pratiquement doublé ses appuis entre le 1er et le 2e trimestre de 2015. Avec 4,5 millions d’amassés au cours de la dernière période, le NPD a vécu le trimestre le plus lucratif de son histoire, explique le porte-parole Marc-André Viau. « C’est attribuable à une combinaison de facteurs, le principal étant que ça va bien pour le NPD en ce moment. Les gens sentent la dynamique et sont emballés par la possibilité pour le NPD de former le gouvernement. »

Le parti a également battu un record pour le nombre de donateurs recrutés, ce qui laisse entendre que ce trimestre faste est l’oeuvre de plusieurs « petits » donateurs plutôt que d’un groupe restreint de partisans généreux.

Les libéraux se voient ainsi doublés pour la première fois de leur histoire par le NPD au chapitre des dons, ayant touché près d’un demi-million de moins que l’équipe de M. Mulcair. Le coffre-fort libéral se trouve néanmoins mieux garni que celui des néodémocrates à la veille du jour J.

Les données rendues publiques vendredi par Élections Canada portent sur le 2e trimestre de 2015, qui a pris fin le 30 juin. La situation a pu évoluer depuis, particulièrement au Bloc québécois, en raison du retour de Gilles Duceppe le 10 juin.

Dans le mois ayant suivi le retour inattendu de l’ex-chef du Bloc, l’organisation aurait recueilli un peu plus de 100 000 $, selon le porte-parole Mathieu St-Amand. On ignore toutefois si la tendance s’est maintenue, alors que les intentions de vote pour le Bloc ont dégringolé de plus belle ces dernières semaines.

En 2013, le responsable du comité de financement du parti, le député Louis Plamondon, avait prédit que le Bloc pourrait mener une campagne d’environ 4 millions en 2015. Avec 1,6 million dans le coffre du quartier général, cette estimation apparaît aujourd’hui ambitieuse. « Ce sera dans ces eaux-là », croit néanmoins M. St-Amand.

Les contribuables paieront

 

Les contribuables seront aussi mis à contribution, qu’ils le veuillent ou non. Chaque formation peut se faire rembourser la moitié de ses dépenses par Élections Canada, et cette somme atteint 60 % pour chacun des candidats locaux ayant franchi un certain seuil d’appui.

C’est sans compter les coûts de fonctionnement d’Élections Canada pendant cette période, ajoute la porte-parole Diane Benson. « Une élection “ normale ” de 37 jours coûte généralement 375 millions à organiser pour nous », explique-t-elle. L’organisme n’était pas en mesure de préciser les sommes requises par jour de campagne additionnel, « mais cela inclurait des salaires, des loyers prolongés pour les locaux électoraux, des dépenses, des heures supplémentaires au quartier général, etc. ».

Elle rappelle que chaque parti peut dépenser 25 millions pour une élection de 37 jours, et 675 000 $ de plus par jour par la suite. Chaque candidat peut aussi utiliser 2700 $ de plus par jour à partir de cette date, qui s’ajoutent aux 100 000 $ habituels.

Le député libéral Marc Garneau estime donc que les contribuables seront forcés de débourser au moins 125 millions de plus que prévu si M. Harper prolonge la période de scrutin. « Il peut également se servir d’un déclenchement hâtif pour réduire au silence de nombreux organismes puisque le plafond des dépenses des tierces parties est strictement limité en période électorale », ajoute-t-il. Les syndicats et des groupes comme Engage Canada, qui peuvent dépenser des sommes illimitées en temps normal, ne peuvent consacrer plus de 150 000 $ lors d’une période électorale de 37 jours. La somme permise atteindrait environ 400 000 $ pour une campagne de 11 semaines.

Les cagnottes totales

Parti conservateur: 36,6 millions

NPD: 16,3 millions

PLC: 25,5 millions

Bloc : 1,5 million

Parti vert: 4,9 millions

Source: Élections Canada


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