Un nouveau scandale sexuel secoue l’armée

Le lieutenant-colonel Mason Stalker était responsable d’un régiment à Edmonton.
Photo: Caporal Tina Gillies La Presse canadienne Le lieutenant-colonel Mason Stalker était responsable d’un régiment à Edmonton.

Moins de deux semaines après l’entrée en poste d’un nouveau chef d’état-major qui a promis de s’attaquer à l’inconduite sexuelle dans l’armée, de nouvelles accusations portées contre un haut gradé entachent encore davantage la réputation des Forces armées canadiennes (FAC).

Le lieutenant-colonel Mason Stalker, 40 ans, a été accusé mardi de neuf infractions de nature sexuelle par le Service national des enquêtes des Forces canadiennes en lien avec son travail de mentorat auprès de cadets. Le commandant d’un bataillon d’infanterie d’Edmonton fait face à trois chefs d’agression sexuelle, quatre chefs d’exploitation sexuelle sur un adolescent, un chef de contacts sexuels sur un enfant de moins de 14 ans et un chef d’incitation à des contacts sexuels avec un enfant de moins de 16 ans. Il est également accusé d’abus de confiance par un fonctionnaire public.

Les accusations sont liées à des événements qui seraient survenus entre 1998 et 2007 à Edmonton.

« Il s’agit d’accusations graves et importantes portées aux termes du Code criminel du Canada », a indiqué par voie de communiqué le commandant du Service national des enquêtes des Forces canadiennes, Francis Bolduc. Ce service est chargé d’enquêter sur les dossiers « de nature grave et délicate » qui impliquent les FAC et le ministère de la Défense nationale.

« Le Service national des enquêtes des Forces canadiennes travaille avec diligence pour protéger les personnes contre ceux qui enfreignent la loi, et ce, peu importe le grade du militaire mis en cause et le rôle qu’il tient au sein des Forces armées canadiennes », a-t-il ajouté.

Le lieutenant-colonel a été suspendu de son commandement jusqu’à ce que le processus judiciaire soit achevé.

Signe que l’enquête est toujours en cours, le Service national des enquêtes invite ceux et celles qui détiendraient des informations pertinentes à communiquer avec sa division de la région de l’Ouest.

Selon le profil LinkedIn de Mason Stalker, retiré du site Internet peu après l’annonce des accusations, le soldat a servi en Afghanistan en 2006, puis entre juin 2010 et octobre 2011.

Le ministre de la Défense, Jason Kenney, s’est montré prudent mardi face à ce nouveau scandale de nature sexuelle qui ébranle l’armée canadienne. Ces allégations sont « très troublantes », a affirmé son attachée de presse Lauren Armstrong. « Les agressions et le harcèlement sexuel en tout genre n’ont par leur place dans les Forces armées canadiennes », a-t-elle précisé. Le dossier se retrouvant maintenant devant les tribunaux, elle s’est abstenue de tout autre commentaire.

Inconduite mise en lumière

Ces accusations portées contre un militaire influent surviennent au moment où l’armée canadienne tente tant bien que mal de redorer son blason à la suite de la publication du rapport coup de poing de l’ancienne juge de la Cour suprême, Marie Deschamps.

Le document dévoilé à la fin du mois d’avril souligne « le climat de sexualisation » qui règne au sein des FAC. Mme Deschamps y note « la profération fréquente de jurons ou d’expressions très humiliantes faisant référence au corps des femmes » et « des attouchements sexuels non sollicités ». On y fait également état d’un important déficit de signalement des cas de harcèlement et d’agressions sexuelles, les victimes craignant trop souvent de ne pas être crues ou d’être perçues comme des faibles.

Deux semaines après la publication du rapport Deschamps, le ministre Kenney a déclaré qu’il appliquera la principale recommandation du document en créant un centre indépendant pour gérer les cas d’inconduite sexuelle.

Les projecteurs se sont à nouveau tournés vers les FAC en juin dernier, lorsque leur chef d’état-major de l’époque, Tom Lawson, a tenu des propos qui en ont choqué plusieurs. En entrevue au réseau anglais de Radio-Canada, M. Lawson a déclaré que les hommes sont en quelque sorte programmés biologiquement pour avoir des pulsions les poussant à l’inconduite sexuelle.

« Mon commentaire sur l’attirance biologique en tant que facteur d’inconduite sexuelle ne visait en aucun cas à dispenser de responsabilités les personnes ayant commis une inconduite », s’est-il par la suite défendu. M. Lawson a finalement tiré sa révérence après trois ans de service, cédant sa place à Jonathan Vance, assermenté le 17 juillet. Ce dernier a aussitôt fait savoir que l’inconduite sexuelle ne serait pas tolérée sous sa gouverne.

Il y a quelques jours, M. Vance a d’ailleurs convoqué son état-major à un colloque d’une journée au mois d’août pour « tracer la voie à suivre » dans la lutte contre les agressions et le harcèlement sexuel dans l’armée.

Il a lancé cette invitation dans une lettre adressée à tous les militaires. Annonçant clairement ses couleurs, il y explique qu’il a « l’intention de voir à ce que toutes les recommandations [du rapport Deschamps] soient mises en oeuvre le plus vite et le mieux possible ». Au sujet de l’inconduite sexuelle, il ajoute plus loin que « ce comportement doit prendre fin maintenant ». « Voyez là le premier ordre que je [vous] donne », conclut le grand patron des Forces armées, qui ne savait pas que les infractions présumées d’un de ses officiers viendraient le hanter quelques jours plus tard.


 
3 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 29 juillet 2015 08 h 58

    Way to go!

    Avec ce nouveau ''scandal sexuel''il faudra bien que l'armée finisse par agir sur les recommendation de l'ombusman ou autre...et cet organisme est supposé nous protèger...pauvres femmes, pauvres enfants....l'armée, l'Église, les Scouts, etc...tous des organismes que la population avait en grande estime, quand le réveil se fera il sera brutal....et ce n'est sûrement que la partie visible du Iceberg...et c'est un phénomène mondial.....on pourrait en dire plus, mais on serait grandement censuré....faites attention à vos enfants ne les confiez pas à n'importe qui....

  • Patrick Daganaud - Abonné 29 juillet 2015 09 h 26

    FAC et complexité

    Il y a, dans les FAC, une culture pathologique de la simplification où la rigidité est proche parent du déni.

    Entre Lawson : « Les hommes sont en quelque sorte programmés biologiquement pour avoir des pulsions les poussant à l’inconduite sexuelle. » et Vance : « L’inconduite sexuelle ne sera pas tolérée sous sa gouverne. », il n'y a, de fait, pas de différence : le premier évacue le problème en transformant une déviance courante en normalité et le second affirme la tolérance curative zéro face à un phénomène qui exige un changement de culture et des soins préventifs du haut en bas de l'anachronique pyramide.

    L'exigence et l'induction d'une obéissance aveugle nourrissent les réflexes conditionnés et les pulsions de tous ordres : on ne peut pas forger l'instinct de prédation sans reculer jusqu'au fonctionnement bestial du cerveau reptilien.

    Ce problème complexe touche tous les aspects fonctionnels des FAC.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 juillet 2015 06 h 45

      «Ce problème complexe touche tous les aspects fonctionnels des FAC»

      Ce problème complexe touche tout homme ayant accès à une arme et un ennemis en face. Ce mélange le porte à considérer les «autres» comme proies et lui-même comme prédateur. Difficile à contrôler, un prédateur. Je n'appuis pas ce genre de comportement, je le constate.

      La recette du «sauveur au grand coeur» ne prend pas toujours; le «sauveur» a quelques fois malheureusement un défaut dans l'armure. Encore une fois, je n'appuis pas, je constate.

      PL