Une brèche mène à une formation sur la vie privée

L’agence d’espionnage électronique du Canada a mis sur pied un programme de formation obligatoire pour tous ses employés, visant à les sensibiliser aux notions de vie privée après une brèche interne survenue en mars qui impliquait des informations personnelles.

Lorsque Greta Bossenmaier est devenue chef du Centre de sécurité des télécommunications (CST), en février, l’agence ultrasecrète était sous étroite surveillance du public après des allégations d’espionnage sur des citoyens.

Et moins de deux mois après son début en poste, Mme Bossenmaier informait le personnel de l’agence d’une violation de la vie privée survenue à l’intérieur de ses murs.

Elle leur a dit regretter que l’agence se trouve dans une telle situation et a ajouté qu’elle ne voulait pas la voir se répéter, est-il indiqué dans un courriel transmis aux employés et daté du 20 mars.

De plus, elle a écrit souhaiter que l’incident soit utilisé comme une occasion d’apprentissage afin d’en prévenir d’autres dans le futur.

Technologies sophistiquées

L’agence basée à Ottawa, où travaillent quelque 2000 personnes, utilise des technologies sophistiquées pour intercepter, trier et analyser des télécommunications étrangères afin de recueillir de l’information et des renseignements de sécurité d’intérêt pour le gouvernement fédéral.

Des documents coulés en 2013 par l’ex-espion américain Edward Snowden ont révélé que l’agence nationale de sécurité américaine — une proche alliée du CST — avait discrètement obtenu accès à une incroyable quantité de courriels, de clavardages et d’autres informations de fournisseurs d’Internet, de même qu’à des quantités massives de données sur des conversations téléphoniques.

Par la suite, des défenseurs des libertés civiles et de la vie privée et des politiciens de l’opposition ont exigé des garanties pour s’assurer que le CST n’utilisait pas ses pouvoirs extraordinaires pour espionner les Canadiens.

L’agence assure qu’elle respecte la loi à la lettre, tout comme la vie privée des citoyens.

Le 31 juillet 2014, une personne a informé les responsables de la sécurité au CST qu’un dossier contenant de l’information personnelle en lien avec des autorisations de sécurité avait par mégarde été rendu disponible, ce qui faisait en sorte que du personnel du CST y avait accès, est-il indiqué dans le courriel de Mme Bossenmaier au personnel de l’agence.

Une version modifiée de son courriel classifié a été obtenue par La Presse canadienne en vertu des lois d’accès à l’information.

Entre ce moment et le mois de novembre, une enquête interne avait déterminé que la brèche avait potentiellement affecté l’information personnelle de 146 personnes.

Mais d’autres vérifications ont mené l’agence à conclure en janvier que seule l’information personnelle délicate de cinq personnes — quatre employés du CST et un membre du public — était considérée comme à risque.

« L’enquête a déterminé que l’incident a été causé par une combinaison d’erreurs techniques et humaines, a dit Mme Bossenmaier aux employés. Plusieurs mécanismes de sauvegarde existants ont réduit le risque que l’information soit compromise ou soustraite des prémisses. »

« Nous avons tous un rôle à jouer afin de protéger l’information et je vous rappelle de prendre toutes les précautions nécessaires en ce qui concerne l’information détenue par le CST », avait alors ajouté Mme Bossenmaier.

La porte-parole de l’agence, Lauri Sullivan, a refusé d’en dire davantage sur la nature de l’information en question.

En février et en mars, les cinq personnes visées ont été informées.

Le CST a présenté une nouvelle politique en septembre sur les brèches administratives en ce qui concerne la vie privée, a demandé aux gestionnaires de revoir les permissions d’accès sur le reste des documents et a créé en mars une formation obligatoire sur la sensibilisation à la vie privée pour tous les employés.

Le Commissariat à la protection de la vie privée a dit au CST en avril que les mesures prises étaient raisonnables et qu’il n’était pas nécessaire d’aller plus loin.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 28 juillet 2015 07 h 39

    La confiance règne

    Ne sommes-nous pas rassurés par les nouvelles directives internes du CST?
    Affirmatif, mon colonel.
    "Roger and out".