L’Ontario veut adhérer à l’OIF, mais Ottawa lui bloque la voie

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, et la ministre déléguée aux Affaires francophones de la province, Madeleine Meilleur, s’activent dans le dossier de l’adhésion de l’Ontario à l’OIF.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, et la ministre déléguée aux Affaires francophones de la province, Madeleine Meilleur, s’activent dans le dossier de l’adhésion de l’Ontario à l’OIF.

Avec Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie, l’Ontario relance les pourparlers visant à obtenir le même statut que le Québec au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Mais le gouvernement Harper se dresse une fois de plus sur son chemin, a appris Le Devoir.

Depuis 1971, le Québec est considéré comme un « gouvernement participant » au sein de l’OIF, un statut qu’a obtenu le Nouveau-Brunswick en 1977. Voilà maintenant près de 10 ans que l’Ontario — qui compte la plus importante population francophone au pays après le Québec — tente de leur emboîter le pas.

Or, chaque fois, la province s’est butée au refus du gouvernement conservateur à Ottawa, a soutenu la ministre déléguée aux Affaires francophones de la province, Madeleine Meilleur, au Devoir. L’appui du gouvernement fédéral est indispensable afin de soumettre la candidature d’une province à l’assemblée générale de l’OIF.

« Notre volonté [en tant que gouvernement] ne suffit pas pour devenir membre. Toutes nos communications à cet égard avec le gouvernement Harper sont toujours demeurées lettre morte », déplore la ministre libérale, qui s’est déplacée à Montréal, le mois dernier, pour s’entretenir directement avec la nouvelle secrétaire générale de l’OIF au sujet de l’éventuelle adhésion de l’Ontario à l’organisme. « Mme Jean connaît très bien l’Ontario français et voit positivement notre demande », dit-elle, convaincue que l’élection de l’ex-gouverneure générale du Canada à la tête de l’OIF permettra d’accélérer les démarches ontariennes.

Silence à Ottawa

Mme Meilleur affirme ignorer pourquoi Ottawa fait la sourde oreille à ses demandes. En coulisses, à Toronto, on affirme toutefois que les relations avec le gouvernement Harper sont houleuses dans la plupart des dossiers concernant la francophonie. Pas moins de cinq missives officielles ont été envoyées à Ottawa au sujet de l’adhésion de l’Ontario à l’OIF. Pas une seule n’a obtenu une réponse. Des discussions informelles n’ont pas donné plus de résultats. « On n’a pratiquement jamais eu de réponse de la part du personnel politique du gouvernement conservateur », affirme une source au fait du dossier.

Pour la province, les bénéfices d’une adhésion sont essentiellement symboliques. Ce nouveau titre de « gouvernement participant » lui permettrait néanmoins de s’exprimer de sa propre voix au sujet d’enjeux internationaux propres à la Francophonie, soulignent des sources au sein du gouvernement de Kathleen Wynne.

L’Ontario est déjà présent à titre de gouvernement invité lors des assemblées générales de l’OIF. « Mais, quand vient le temps de voter, on doit quitter la salle. Ce qui est clair, c’est qu’on ne veut plus quitter la salle », explique-t-on.

Mme Jean n’a pas accordé d’entrevue au Devoir. En point de presse, le mois dernier, elle avait toutefois affirmé à la chaîne publique TFO « avoir très hâte d’engager la discussion à cet effet […]. On parle d’une population dynamique avec des institutions très solides. »

Pour sa part, le gouvernement Couillard ne cache pas qu’il verrait d’un « bon oeil, pour le rayonnement de la francophonie canadienne », une éventuelle demande d’adhésion de l’Ontario. En 2015, la contribution financière du Québec à l’OIF s’élève à 5,6 millions de dollars. La contribution de chaque membre étant établie en fonction du PIB de chaque État, celle de l’Ontario pourrait donc être plus élevée que celle du Québec.

Le ministre fédéral de la Francophonie, Christian Paradis, n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue. Toute demande officielle du gouvernement de l’Ontario pour adhérer à l’OIF à titre de gouvernement participant sera étudiée, a toutefois indiqué par courriel une porte-parole.

7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 21 juillet 2015 03 h 41

    Comédie

    Le but du jeu est de diminuer par tous les moyens possibles ce qui reste de place au Québec à l'international en détournant toute possibilité pour lui d'y trouver quelque nouvel appuis que ce soit et aussi, en sabotant ceux dont il a déjà profité.
    Comme celui jusque-là exceptionel qu'il avait réussi à établir avec la France. En preuves claires : la complicité anti-québécoise ouverte de la gouvernance sarkoziste et l'incompréhénsible et triste ignorance des choses québécoises et canadiennes réelles, entretenue par l'actuelle. Ces deux, exclusivement alimentées par une habile propagande politique canadienne anti-québécoise et anti-francophone, maquillée depuis Ottawa pour frapper Paris. Au point où l'Elysée et Matignon n'y voient que du feu... La réussite diplomatique canadienne à mettre en place à la tête de l'OIF Madame Jean faisant preuve de son excellence à embrouiller les choses.
    De la grande frousse de 1995, un Canada plus nationaliste que jamais n'a retenu comme leçon de ne plus jamais laissé s'organiser un référendum au Québec sur l'éventualité pour son peuple de décider de son indépendance politique républicaine. Ce qui néanmoins, voyant la minceur des arguments anti-démocratiques dont il doit user pour nier les droits humains des Québécois, n'empêche pas le Canada de manière "préventive", de s'investir et d'investir à briser les liens de solidarité des nations francophones, en glissant à l'intérieur de l'OIF, des représentations qui ont bien d'autres choses à favoriser dans les faits, que l'usage du français.
    De les briser et d'en empêcher d'autres de se développer.
    Et cela, pour favoriser et péréniser que seuls les anglophones puissent être de représentation déterminante politiquement au Canada.
    Excluant ainsi la possibilité qu'un Québec francophone reste d'une concentration électorale significative.
    Le reste n'étant qu'une comédie entre ce que tous devraient savoir être une complicité d'action constante entre Monsieur Harper et Madame Jean...

    • Louis Fallu - Abonné 21 juillet 2015 14 h 32

      Très justes propos, M. Côté !

  • François Dugal - Inscrit 21 juillet 2015 11 h 05

    Ontario

    "Your's to discover", peut-on lire sur les plaques minéralogiques de notre province voisine.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 juillet 2015 13 h 14

      N'est-ce pas plutôt «Yours to discover»?

  • Ginette Soucy-Orfali - Inscrite 21 juillet 2015 14 h 21

    Ontario

    Les franco-ontariens peuvent obtenir une plaque en français "Tant à découvrir" comme l'indique ma plaque d'immatriculation.

  • Pierre Lincourt - Abonné 21 juillet 2015 14 h 36

    Diluer pour banaliser

    En 1977, l'adhésion du Nouveau-Brunswick à l'OIF comme gouvernement participant jetait un peu d'ombre sur le rayonnement international du Québec au sein de la francophonie en confirmant le statut «provincial» de ce dernier. Je pense que c'est l'Acadie en tant que nation qu'il aurait fallu inviter, et non l'État qui a bafoué les droits linguistiques des francophones de l'Acadie continentale. En effet, derrière le «Brunswick», il y a les fiers rescapés de la déportation.

    Voilà que l'autre État fédéré qui a une frontière commeune avec la nôtre et qui, lui aussi, a un lourd passé en matière de répression de la langue française sur son territoire, voudrait se joindre à la fête. Cette fois, par contre, il n'est pas question des deux nations francophones de la fédération, mais du territoire d'où sont partis les anglophones qui sont allés angliciser les Prairies.

    Je pense qu'il y a des limites à banaliser les relations privilégiées du Québec et de l'Acadie avec leur mère-patrie et les pays qui, ayant la même langue nationale en partage, n'ont jamais tenté de l'éradiquer de leur territoire.

    Pierre Lincourt

  • Daniel Gagnon - Abonné 21 juillet 2015 15 h 32

    Harper anti-francophone

    Voici encore une preuve de l'hypocrisie et de la perfidie du gouvernement conservateur.

    La francophonie ontarienne est traîtreusement laissée sur le carreau à cause la gouvernance raciste du gouvernement Harper

    Christian Paradis brille encore par son manque total de sens de justice, comme dans le dossier de Lac-Mégantic de si triste mémoire.

    Pourtant, les francophones de l'Ontario méritent bien de se faire entendre au sein de la francophonie. C’est une aberration qu’ils ne soient pas reconnus et qu’ils n’aient pas droit de vote.

    Vivement un gouvernement au coeur des intérêts de ces citoyens francophones!