Un congrès contesté s’amène à Montréal

Plusieurs groupes ont passé la fin de semaine à bricoler pancartes et costumes, en vue d’une manifestation qui se tiendra lundi soir devant le Palais des congrès de Montréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Plusieurs groupes ont passé la fin de semaine à bricoler pancartes et costumes, en vue d’une manifestation qui se tiendra lundi soir devant le Palais des congrès de Montréal.

La tenue du World Congress on Industrial Biotechnology à Montréal, cette semaine, déplaît à différents groupes sociaux qui se méfient des organismes génétiquement modifiés (OGM), puisque des entreprises qui promeuvent cette technologie et des représentants gouvernementaux s’y côtoieront. Vingt ans après l’arrivée des OGM au Canada et quelques mois après l’entrée au pays de la première pomme GM (qui ne brunit pas) ces groupes demandent au gouvernement canadien d’être plus sévère.

Le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies, le groupe Vigilance OGM, ETC Group et le Réseau d’alimentation durable ont passé la fin de semaine à bricoler pancartes et costumes, en vue d’une manifestation qui se tiendra lundi soir devant le Palais des congrès, où a lieu la conférence. Un des sujets de discussion du congrès portera sur les aliments et les ingrédients nutritionnels.

« En manifestant, nous souhaitons dénoncer l’ordre du jour de ce congrès mondial, indique Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM. Arrêtons d’aller dans l’intégration des OGM dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation », dénonce-t-il. Vigilance OGM ne s’oppose toutefois pas aux biotechnologies dans tous les secteurs.

« Les OGM étaient annoncés comme une technologie qui serait indispensable en agriculture pour pouvoir nourrir le monde, une technologie verte qui permettrait d’utiliser moins de pesticides et d’augmenter les rendements. Après 20 ans, les statistiques affirment le contraire. Les OGM sont faits pour vendre des pesticides, point à la ligne », poursuit M. Rehn, qui souhaite que des moyens soient plutôt donnés aux petits agriculteurs. Certains groupes d’agriculteurs, comme l’Union des producteurs agricoles (UPA), estiment plutôt que les OGM « procurent à l’agriculture d’indéniables avantages qui ne peuvent être ignorés ». L’UPA ne s’y montre pas ouverte pour autant.

M. Rehn trouve également « problématique » que des instances gouvernementales participent à ce congrès, car le gouvernement « a tendance à plus être ouvert au discours de ces grandes compagnies qu’à celui de la société civile ».

Il donne l’exemple de la luzerne GM, qui a été acceptée par le gouvernement canadien, malgré l’opposition de groupes comme l’UPA.

Un groupe important

Trois des six plus grandes entreprises de biotechnologies, semences et pesticides au monde sont membres de la Biotechnology Industry Organization (BIO) :Monsanto, Dow AgroSciences et BASF, tient à rappeler le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies sur son site Web.

Au conseil de direction de la section « alimentation et agriculture » de BIO siègent en effet des employés des trois entreprises critiquées par les militants anti-OGM.

Paul Winters, directeur des communications de la BIO, a confirmé la présence au congrès de représentants de BASF et de « compagnies qui font affaire ou ont des partenariats avec Monsanto ». Dow Agrosciences et Monsanto ne seront toutefois pas représentés.

Quatre représentants d’Agriculture et agroalimentaire Canada et un autre d’Agriculture Canada ont confirmé leur présence au congrès.

Plus de 1200 personnes sont attendues cette semaine à l’événement, qui a lieu dans la métropole pour la troisième fois en sept ans. « Montréal est un endroit qui attire beaucoup de monde. […] De plus, il y a des industries locales et des manufacturiers qui ont un intérêt de partenariat avec les compagnies de biotechnologie industrielle », justifie M. Winters.

Il précise que l’objectif des participants au congrès est de parler de « solutions de rechange aux produits pétrochimiques », de remplacer le pétrole par des énergies renouvelables.

Étiquetage et études

La BIO s’est officiellement opposée en 2013 à l’étiquetage des aliments GM, contrairement à l’UPA et à des groupes sociaux comme Vigilance OGM, qui demandent cette identification.

Le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, a « annoncé sa volonté de déposer un projet de loi portant sur le droit du consommateur à une information juste et transparente, s’inspirant de la législation Right to know du Vermont », rappelle sa directrice de cabinet, Valérie Roy.

Diana Bronson, directrice du Réseau pour une alimentation durable, demande également au Canada de mener des études indépendantes avant d’accepter l’entrée au pays d’aliments GM.