Mulcair et Trudeau à la conquête du vote autochtone

Le chef libéral, Justin Trudeau, a lui aussi fait valoir l’importance de rompre avec l’attitude adoptée par les conservateurs à l’endroit des communautés autochtones.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef libéral, Justin Trudeau, a lui aussi fait valoir l’importance de rompre avec l’attitude adoptée par les conservateurs à l’endroit des communautés autochtones.

Chacun à leur façon, les chefs du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti libéral du Canada (PLC) promettent de faire entrer dans une nouvelle ère la relation entre Ottawa et les autochtones du pays, bien conscients que ceux-ci pourraient exercer une grande influence sur les résultats du scrutin de l’automne.

Les deux chefs de partis fédéraux ont profité de la réunion annuelle de l’Assemblée des Premières Nations (APN), organisée à Montréal, pour tendre la main aux chefs autochtones provenant des quatre coins du pays.

Prenant la parole le premier, le néodémocrate Thomas Mulcair a déploré l’inaction du gouvernement Harper au cours des dernières années. « Trop de jeunes autochtones ont vu leur espoir et leur optimisme se transformer en impatience et en désespoir. Trop de gens ont baissé les bras, pensant que le changement n’arriverait jamais, a-t-il déclaré. Je peux vous dire que je n’ai pas abandonné. Parce que je pense non seulement que le changement est possible, il est nécessaire. »

Un gouvernement dirigé par le NPD créerait un comité ministériel, présidé par M. Mulcair, qui veillerait à ce que les décisions gouvernementales respectent les traités et les obligations internationales du Canada à l’égard des autochtones. Cela inclut les principes de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, appuyée en 2010 par le gouvernement du Canada.

M. Mulcair a également promis de mettre sur pied dans les cent premiers jours d’un mandat néodémocrate une enquête publique pour faire la lumière sur les cas de femmes autochtones assassinées ou disparues. « Et vous allez être consultés sur la nature de cette enquête », a-t-il ajouté.

Il s’est aussi engagé à renforcer le processus fédéral d’évaluation environnementale, à donner suite au rapport de la Commission de vérité et réconciliation publié au début du mois de juin et à abroger la Loi antiterroriste (C-51), fortement critiquée par les Premières Nations plus tôt cette année.

Pour entrer dans cette « nouvelle ère », M. Mulcair a demandé à l’auditoire de l’appuyer, le 19 octobre. « Les communautés autochtones ont le pouvoir de changer le résultat de l’élection », a-t-il conclu.

 

Réconciliation

À son tour au micro, le chef libéral, Justin Trudeau, a lui aussi fait valoir l’importance de rompre avec l’attitude adoptée par les conservateurs à l’endroit des communautés autochtones. « Le Canada a besoin d’une relation renouvelée, de nation à nation, avec les communautés autochtones. Une relation basée sur la reconnaissance, le respect, la coopération et le partenariat », a-t-il lancé.

Pour y arriver, le PLC mise sur un « cadre national de réconciliation » comprenant différentes mesures. Parmi elles, le parti s’engage lui aussi à déclencher une enquête publique sur les femmes autochtones disparues et à faire respecter les droits accordés aux Premières Nations à l’échelle nationale et internationale.

M. Trudeau promet par ailleurs de « compléter le travail inachevé de la confédération » en passant à la loupe toutes les lois adoptées par le gouvernement Harper qui touchent les autochtones et d’annuler certaines dispositions controversées de C-51.

Questionné sur les similitudes entre son programme et celui du NPD, le chef libéral a fait valoir que plusieurs visions « très différentes » du Canada s’affronteront cet automne.

Les conservateurs n’ont pas assisté à la réunion de l’APN, une absence représentative du peu d’efforts qu’ils ont déployés dans le dossier autochtone, estime M. Trudeau.

Appel au vote

 

En matinée, le chef national de l’APN, Perry Bellegarde, a appelé ses membres à se rendre massivement aux urnes lors des prochaines élections fédérales pour améliorer leur sort. Il estime que les autochtones peuvent influencer le résultat du scrutin dans au moins 51 circonscriptions à travers le pays, y compris au Québec.

Le cri de ralliement de M. Bellegarde s’explique par le taux de participation historiquement plus faible des autochtones lors des élections fédérales. Une note de recherche publiée en 2012 par Élections Canada indique que lors des élections organisées entre 2004 et 2011, le taux de participation moyen dans les réserves des Premières Nations (44 %) a été largement inférieur à celui de la population en général (61,4 %). L’écart est encore plus grand au Québec, qui a enregistré le taux de participation dans les réserves le plus bas de toutes les provinces canadiennes lors de la période étudiée (27,8 %).

Un autre rapport commandé par Élections Canada constatait en 2011 que les autochtones sont plus susceptibles de voter s’ils considèrent que les partis politiques abordent des enjeux importants à leurs yeux.

Trop de jeunes autochtones ont vu leur espoir et leur optimisme se transformer en impatience et en désespoir. Trop de gens ont baissé les bras, pensant que le changement n’arriverait jamais. Je peux vous dire que je n’ai pas abandonné. Parce que je pense non seulement que le changement est possible, il est nécessaire.

À la conquête du vote autochtone

Le chef libéral Justin Trudeau a reçu un cadeau particulièrement symbolique mardi à Montréal : un canot miniature, mais sans pagaie. Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a promis de lui en remettre une s’il est élu en octobre, pour lui permettre d’avancer dans la même direction que les autochtones.


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