Gare au mirage du «bloc canadien», dit Duceppe

Le 10 juin, Gilles Duceppe et Mario Beaulieu avaient annoncé le retour de l’ex-chef aux commandes du parti.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le 10 juin, Gilles Duceppe et Mario Beaulieu avaient annoncé le retour de l’ex-chef aux commandes du parti.

Confirmé chef du Bloc québécois par les militants du parti, Gilles Duceppe met en garde les électeurs contre la tentation d’élire un « Bloc canadien » qui négligerait les intérêts du Québec.

M. Duceppe est officiellement redevenu chef du parti qu’il avait dirigé durant 14 ans, mercredi, en succédant à Mario Beaulieu, en pleine fête du Canada. Près de 300 militants bloquistes — tous, sauf un qui a voté contre — ont donné le feu vert au retour de Gilles Duceppe à la tête de la formation souverainiste.

Par ce geste d’éclat, les militants du Bloc tentent d’empêcher une reprise du scénario électoral de mai 2011 : la vague orange menée par Jack Layton avait déferlé sur le Québec, laissant à peine quatre élus bloquistes. Une défaite historique que Gilles Duceppe paraît déterminé à faire oublier, même s’il se défend de chercher un « match revanche » contre le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Le discours de Gilles Duceppe devant ses militants, mercredi, a lancé de façon non officielle la campagne électorale du Bloc, à moins de quatre mois du scrutin fédéral fixé au 19 octobre prochain.

Dans les couloirs du centre des congrès de Nicolet où les militants s’étaient donné rendez-vous, la bête noire du Bloc s’est clairement révélée : les bloquistes craignent que les Québécois appuient le NPD de Thomas Mulcair dans l’espoir de défaire les conservateurs. Le parti de Stephen Harper paraît usé après neuf années au pouvoir. Et le Bloc craint d’être jugé inapte à « tasser Harper ».

« En 2011, le NPD disait aux Québécois que pour virer les conservateurs, il fallait voter orange. Les Québécois les ont crus, ils ont voté orange et Harper est devenu majoritaire ! », a lancé Gilles Duceppe, chaleureusement applaudi par les militants.

« Ensemble, les partis de Harper, de Trudeau et de Mulcair forment le Bloc canadien. Quant à nous, nous réunissons toutes celles et tous ceux pour qui c’est le Québec d’abord », a-t-il ajouté.

« Je dis ceci aux Québécois : si dans votre tête, dans vos tripes et dans votre coeur, le Québec passe avant le Canada ; si pour vous, c’est le Québec d’abord, le Québec tout le temps ; […] si vous croyez que le Québec doit être un pays ; il y a une maison dans laquelle vous êtes chez vous au niveau fédéral, une seule : c’est celle du Bloc québécois. »

Brassage de cartes

 

Les 300 militants réunis en conseil général paraissaient soulagés du retour de Gilles Duceppe, qui a mis fin à sa retraite par « sens des responsabilités ». Le chef bloquiste a salué Mario Beaulieu, qui a lui-même demandé à Gilles Duceppe de revenir aux commandes, devant des sondages qui semblaient annoncer une autre défaite historique du parti.

« Pour Mario, c’est un geste qu’on voit très rarement. Un geste d’une grande noblesse, que seuls les véritables militants d’une cause peuvent poser », a lancé Gilles Duceppe.

Le retour de l’ancien chef a rebrassé les cartes du jeu électoral. Le Bloc est de nouveau dans la course, en ayant gagné 10 points dans les jours suivant l’annonce du retour de Gilles Duceppe, le mois dernier. Un sondage Léger mené pour Le Devoir et Le Journal de Montréal a placé le NPD à 32 % des intentions de vote au Québec, comparativement à 26 % pour le Bloc, 24 % pour le Parti libéral de Justin Trudeau et 16 % pour les conservateurs.

« Le mouvement indépendantiste est à un tournant de son histoire, a déclaré Mario Beaulieu devant les militants bloquistes. L’année 2015 est cruciale, pas seulement pour les bloquistes, mais pour tous les indépendantistes. Nous devons reprendre notre place au palier fédéral. »

Les souverainistes unis

 

Des militants de tous les partis souverainistes sont venus appuyer le Bloc mercredi, dont Martine Ouellet, du Parti québécois, et Sol Zanetti, d’Option nationale. « Gilles Duceppe a hérité du parti de Mario Beaulieu. Je suis content qu’on revienne à une critique du régime fédéral », dit le chef d’Option nationale, la jeune formation souverainiste fondée par Jean-Martin Aussant.

Fait étonnant à l’ère où les tempes grises dominent la politique, une dizaine de jeunes de moins de 30 ans se portent candidats pour le Bloc. Catherine Fournier, 23 ans, est la plus jeune. Et sans doute une des plus convaincues.

« J’ai décidé de m’impliquer au Bloc le soir du 2 mai 2011 quand j’ai vu la défaite du parti. Je me suis dit : il faut faire quelque chose », explique la candidate dans la circonscription de Montarville, sur la Rive-Sud.

Elle fait campagne depuis un an. Elle dit rencontrer entre 300 et 400 personnes par semaine en faisant du porte-à-porte et en assistant à des événements. Elle consacre déjà 50 heures par semaine à la campagne électorale. Et prévoit d’augmenter la cadence d’ici au 19 octobre.

C’est un geste qu’on voit très rarement. Un geste d’une grande noblesse, que seuls les véritables militants d’une cause peuvent poser.

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