Une idée plus consistante de Trudeau

Les conservateurs le disaient dans leur publicité anti-Justin Trudeau : il a de beaux cheveux. Mais il appert qu’il a aussi quelques idées, commence-t-on à découvrir.

La présentation, par le chef libéral, d’une ambitieuse réforme du système électorale a suscité beaucoup de commentaires — et certains très élogieux envers Trudeau. Une trentaine de promesses ont été faites pour modifier la façon dont Ottawa opère ou changer le rapport entre les citoyens et le gouvernement fédéral. Au coeur du document, un engagement phare : mettre fin au mode de scrutin actuel.

« Nous nous engageons à ce que l’élection 2015 qui s’en vient soit la dernière conduite au Canada, au niveau fédéral, selon le système uninominal à un tour », écrivent les libéraux en promettant de déposer un projet de loi en ce sens dans les 18 mois suivant l’élection.

Pour Andrew Coyne (Postmedia), la réforme proposée est « sérieuse, substantielle et radicale ». Il rappelle que Michael Ignatieff a tenté en 2011 d’alerter la population sur l’état de notre démocratie, la faiblesse du Parlement, la centralisation du pouvoir dans les mains du bureau du premier ministre : ce fut un échec lamentable. Le public n’avait pas d’intérêt pour ces questions.

Pourquoi le résultat serait-il différent cette fois ? Coyne écrit qu’il y a quatre ans, les libéraux parlaient beaucoup… mais ne proposaient rien de bien tangible pour régler les problèmes. Qui se souvient de la plateforme défendue par Ignatieff, demande-t-il ? En ce sens, le plan présenté cette semaine par Trudeau n’est pas parfait, mais il a de la consistance et propose un contraste clair avec ce que les conservateurs offrent.

Selon Coyne, la promesse de modifier le mode de scrutin — avec un échéancier précis — est quasi-révolutionnaire : changer la façon de compter les votes au Canada reviendrait à modifier de fond en comble la manière de faire de la politique. Il est moins enthousiaste face à d’autres mesures (les juges bilingues à la Cour suprême, la promesse d’avoir un cabinet paritaire hommes-femmes — Coyne dit qu’il faut d’abord s’assurer de pouvoir puiser dans un large bassin de candidats de qualité).

Vrai changement ?

Le Globe and Mail estime lui aussi qu’il y a du bon et du moins intéressant dans les propositions de Justin Trudeau. En éditorial, le quotidien relève qu’un plan qui dit proposer un « vrai changement » ne devrait pas compter de mesures comme celle promettant le maintien de la livraison du courrier à domicile : quel rapport avec la bonne gouvernance, demande le Globe ? Ce genre de promesses purement électorales tient plutôt d’une très vieille manière de faire de la politique, dit-on.

Mais si — ne serait-ce que certaines — des idées du document libéral étaient adoptées, la gouvernance du Canada s’en trouverait améliorée, estime le Globe. Il salue plusieurs propositions : accorder plus d’indépendance aux chiens de garde comme le directeur parlementaire du budget ; rendre la période de questions plus utile ; permettre plus de votes libres ; renforcer les comités parlementaires ; réviser la Loi électorale ; adopter une loi pour limiter l’utilisation des fonds publics pour des publicités partisanes ; réviser la Loi sur l’accès à l’information, etc.

Toutefois, plusieurs idées sont incomplètes, ajoute le Globe. Elles tiennent davantage du slogan marketing que de propositions pour gouverner le pays. La parité hommes-femmes au Conseil des ministres entre dans cette catégorie, dit-on. Aussi : comment concilier l’idée de faire des nominations basées sur le mérite, tout en soutenant qu’il faudra réserver plus de postes à des groupes précis ?

La promesse de changer le mode de scrutin n’impressionne pas le Globe, qui trouve qu’elle manque de détails. Un changement aussi important nécessite une approche prudente, pense le quotidien.

Dans le Toronto Star, Bob Hepburn écrivait avant même le dévoilement des propositions de Trudeau que ce dernier était en train de remonter la pente après quelques mois difficiles — les mauvais sondages, l’appui au projet de loi C-51, l’élection du NPD en Alberta…

Hepburn remarque qu’après avoir été dépeint comme un poids léger en matière de contenu, Justin Trudeau a récemment mis sur la table plusieurs éléments importants, dont un plan économique détaillé et un programme d’infrastructures national. Il parvient à attirer des candidats intéressants, il se montre plus combatif pour répliquer aux conservateurs, il fascine toujours les foules : la pente à remonter demeure importante, mais Trudeau fait des pas dans la bonne direction, écrit le chroniqueur.

Toxique

Vétéran de la politique fédérale, Don Martin écrivait jeudi sur le site de CTV que ce 41e Parlement aura été celui de la fin du décorum et de la diplomatie. Les Communes ont besoin d’un sacré ménage, selon lui.

Martin dresse une longue liste de ce qui ne fonctionne pas à Ottawa : projets de loi adoptés sans amendements et sous bâillon ; relations « toxiques » entre les élus ; dédain évident de Stephen Harper envers Justin Trudeau ; des ministres faibles et dociles dans des postes importants, alors que les têtes indépendantes sont gardées loin des gros ministères ; une période de questions vidée de son sens ; des déclarations hyperpartisanes à la Chambre des communes ; les problèmes du Sénat…

Il faudra que cela s’améliore, dit Martin. Faute de quoi certains vont finir par croire que les députés sont « biologiquement programmés » pour mal agir, exprime le chroniqueur en reprenant la formule malheureuse du chef d’état-major, Tom Lawson.