Programme fédéral de compassion - Pelletier dénonce l'unilatéralisme du gouvernement fédéral

À peine lancé, le programme fédéral visant à fournir une prestation temporaire aux travailleurs qui doivent soutenir un proche en phase terminale a suscité des réticences, voire de vives critiques, de la part du gouvernement du Québec, du Bloc québécois et de la Fédération de l'âge d'or du Québec.

En conférence de presse, hier, le ministre fédéral des Ressources humaines et du Développement des compétences, Joe Volpe, et sa collègue du Développement social, Liza Frulla, ont expliqué que la prestation en question sera valide pour une durée maximale de six semaines, sera limitée à 55 % du revenu et sera réservée aux travailleurs admissibles à l'assurance-emploi qui prendront congé pour s'occuper d'un proche parent (un conjoint, un enfant, un parent ou un conjoint de fait) susceptible de mourir dans les six prochains mois. Un certificat médical du médecin traitant sera exigé.

Le programme sera également offert aux travailleurs canadiens dont le membre de la famille qui a besoin d'aide se trouve à l'extérieur du pays.

À Québec, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, n'a pas tardé à dénoncer l'initiative fédérale.

«Une fois de plus, le gouvernement du Canada intervient dans des compétences provinciales», s'est insurgé le ministre.

«Si ça continue comme ça, grâce au déséquilibre fiscal qui lui profite, le gouvernement du Canada va faire tout ce qu'il veut et imposer toutes les conditions qu'il souhaite dans les champs de compétence que la Constitution attribue aux provinces», a-t-il ajouté.

«On ne peut pas diriger une fédération comme ça», a-t-il renchéri.

Le ministre Pelletier a été on ne peut plus clair. «Cela ne fait pas l'affaire du Québec. Le Québec s'objecte à cette intervention du fédéral dans ses compétences. D'ailleurs, il n'y a pas eu de consultation du Québec. Encore une fois, on est en présence d'une démarche fédérale unilatérale», a-t-il déclaré.

Le ministre entend profiter des prochaines semaines pour consulter ses homologues des autres provinces afin de déterminer ce qu'il y a lieu de faire.

Les ministres Volpe et Frulla avaient pourtant soutenu, tour à tour, que les provinces avaient été consultées.

«En 2002, les premiers ministres des provinces avaient indiqué le besoin d'un tel programme», a dit le ministre Volpe.

«Le gouvernement fédéral a l'obligation de mettre sur pied un programme, pas complet, que les provinces pourraient amplifier, adapter selon leurs exigences et peut-être avec beaucoup de collaboration avec le fédéral», a-t-il ajouté.

Selon les projections faites par le fédéral, le programme est susceptible d'entraîner des déboursés annuels de 1,5 milliard de dollars.

«L'annonce d'aujourd'hui n'est pas une provocation, mais une offre de collaboration», a soutenu le ministre Volpe.

La ministre Frulla a quant à elle indiqué qu'il sera possible d'améliorer le programme «bilatéralement, s'il le faut, avec les collègues provinciaux. Nous sommes très ouverts à le faire.»

Pour la porte-parole du Bloc québécois en matière de ressources humaines, Suzanne Tremblay, le programme fédéral n'est pas véritablement adapté aux besoins des gens, du fait que les personnes non admissibles à l'assurance-emploi ne pourront en bénéficier et que les travailleurs autonomes en seront exclus.

Du côté de la Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ), la porte-parole, Louise Aubert, a reproché au ministre Volpe d'avoir mis à l'écart les aidants naturels qui doivent soutenir leurs proches non pas pendant six semaines mais pendant des années.

«On trouve que le créneau choisi [le malade en phase terminale] est très limité et ne couvre pas les aidants naturels qui oeuvrent sur du long terme», a-t-elle fait valoir.