Duceppe ranime le Bloc

Le retour de Gilles Duceppe est applaudi par des membres du Bloc québécois.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Le retour de Gilles Duceppe est applaudi par des membres du Bloc québécois.

C’est une remise à flots en bonne et due forme. Le retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois a permis au parti de faire un bond de dix points dans les intentions de vote — et un saut encore plus important auprès des électeurs francophones. À quelques mois des élections, son arrivée vient ainsi brouiller en profondeur le tableau des pronostics.

Un sondage Léger–Le Devoir–Le Journal de Montréal réalisé mercredi et jeudi auprès d’un millier de répondants accorde 26 % des intentions des votes au Bloc québécois, qui prend du coup le deuxième rang derrière le Nouveau Parti démocratique de Thomas Mulcair (32 %). Les libéraux suivent à 24 %, alors que les conservateurs pointent à 16 %. Le Parti vert est dans la marge d’erreur (2 %).


Par rapport à la dernière mesure prise par Léger, en mai, le Bloc enregistre une hausse de 10 points. Celle-ci se fait surtout aux dépens des libéraux (-4 points) et des conservateurs (-5 points), alors que le NPD reste stable (+1). Un sondage CROP dévoilé le 22 mai donnait plutôt le NPD (42 %) loin devant les libéraux (25 %), les conservateurs (15 %) et les bloquistes (13 %).


C’est là la première mesure d’un effet Duceppe… qui doit toutefois être pondéré du fait que le sondage a été mené alors que tous les médias parlaient de la passation de pouvoir entre Mario Beaulieu et l’ancien chef de retour d’exil. Il y a dans ce contexte un «effet de publicité» qui profite nécessairement au parti concerné, note Christian Bourque, vice-président chez Léger.

Rebrassage chez les francophones

 

N’empêche que ce changement de garde semble avoir complètement modifié le portrait de la carte électorale québécoise. La répartition du vote francophone — crucial dans une vaste majorité de circonscriptions — l’évoque clairement : néodémocrates (33 %) et bloquistes (32 %) sont ex aequo, devant libéraux (18 %) et conservateurs (16 %). Il y a trois semaines, CROP donnait 47 % d’appuis francophones au NPD, contre 15 % pour le Bloc.

À Montréal, le NPD et les libéraux se partagent aujourd’hui le premier rang, quelque huit points devant le Bloc. À Québec, les conservateurs devancent légèrement le Bloc et le NPD, alors que ce dernier est premier dans le reste du Québec, quatre points devant le Bloc.

Résultat ? « Contrairement à ce qu’on aurait pu dire il y a quelques semaines, la campagne au Québec est subitement devenue très imprévisible », dit Christian Bourque, vice-président chez Léger.

 

Dans ce contexte de redéfinition des appuis, le vote néodémocrate s’en tire néanmoins bien. Le parti conserve une avance notable dans les intentions de vote générales, demeure populaire auprès des francophones, et se positionne comme meilleur deuxième choix pour nombre de répondants.

 

Près de la moitié (48 %) des électeurs libéraux a désigné le NPD comme étant son deuxième choix : un tiers des bloquistes choisirait l’équipe Mulcair, et 29 % des conservateurs feraient de même. En comparaison, les libéraux récolteraient environ le quart (28 %) d’un transfert de vote des électeurs néodémocrates ou conservateurs (26 %).

Les perspectives de croissance du vote bloquistesont surtout du côté des néodémocrates (29 % des répondants pro-NPD ont dit qu’ils voteraient Bloc en deuxième choix). Elles sont autrement anémiques ailleurs (13 % de libéraux et 8 % de conservateurs).

Autre indicateur encourageant pour le NPD : son chef, Thomas Mulcair, est de loin le favori des Québécois comme « meilleur premier ministre », à 41 %. Par rapport à mai 2015, c’est une progression de neuf points. Justin Trudeau suit avec 19 %, quelques points devant Stephen Harper (16 %). Le nom de Gilles Duceppe n’a pas été sondé, puisqu’il n’aspire pas à ce poste.

« Pour le NPD, la baisse d’appuis des francophones pourrait faire mal, analyse Christian Bourque. L’arrivée de M. Duceppe vient endiguer ce qui se profilait depuis quelques semaines, soit l’émergence d’une deuxième vague orange. Mais Thomas Mulcair demeure très populaire et respecté au Québec. Et quand on regarde les deuxièmes choix, on voit aussi que le NPD a encore beaucoup de tirant d’eau. »

À l’échelle nationale, un sondage EKOS dévoilé vendredi montrait que cette tendance excède le Québec, puisque le NPD y était donné gagnant avec 33,6 % des intentions de vote, devant les conservateurs (26,9 %) et les libéraux (23,3 %).

Le sondage Léger a été mené en ligne les 10 et 11 juin auprès de 1006 répondants. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 % dans 19 cas sur 20.



Couillard et le PLQ terminent en force

La session parlementaire à Québec se termine sur une bonne note pour les libéraux de Philippe Couillard : le parti a repris le premier rang dans les intentions de vote, après une courte pause suivant l’élection de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois. Le sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal réalisé mercredi et jeudi accorde 36 % des votes aux libéraux, devant le PQ (32 %), la Coalition avenir Québec (20 %) et Québec solidaire (10 %). Le taux de satisfaction envers le gouvernement Couillard est passé de 31 % à 38 % en un mois. M. Couillard a aussi gagné sept points comme « meilleur premier ministre » (de 20 % à 27 %), désormais devant M. Péladeau (passé de 30 % à 25 %).
16 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 13 juin 2015 04 h 07

    Excellent travail!

    Et ce n'est qu'un début, le NPD peut s'attendre à une chaude compétition!

  • Fernand Laberge - Abonné 13 juin 2015 08 h 11

    Projet VS stratégie...

    Avec cette division du vote, bienvenue au prochain gouvernement majoritaire conservateur ! Stratégiquement, le Québécois devraient en être mécontents et choisir la souveraineté... mais le passé ne l'indique pas tout à fait. Un projet de pays est autrement plus fondamental et c'est ce dernier aspect qui semble négligé.

    • Sylvain Deschênes - Abonné 13 juin 2015 10 h 38

      On a suivi cette consigne de voter npd aux dernières élections. Résultat: le parti conservateur a été élu de façon majoritaire pour la première fois.
      Sylvie Ménard

    • Fernand Laberge - Abonné 13 juin 2015 16 h 53

      En effet, mais qui parle de «consigne» et de «NPD» ?

      La réalité mathématique est que si les conservateurs peuvent être majoritaires sans le Québec, ils ne peuvent non plus être renversés sans le Québec.

  • Christian Gagnon - Abonné 13 juin 2015 08 h 56

    système de m...

    C'est ce système électoral brittanique désuet qui tue la démocratie. ÇA nous prend un système à 2 tours + la proportionnelle !

    • Gilbert Talbot - Abonné 13 juin 2015 10 h 51

      Je suis d'accord avec Christian Gagnon: ce sytème électoral est archaïque et mensonger. La démocratie exigerait que ceux qui nous gouvernent cumule 50% +1 des votes. Actuellement ceux qui nous gouvernent - autant à Ottawa qu'à Québec d'ailleurs - ne représentent pas la majorité. Avec cinq partis politiques importants sur les bulletins de vote, il devient quasiment impossible dans un système de votation à majorité simple, d'obtenir une majorité absolue.

      Le gouvernement fédéral lui-même est un archaïsme du XIXème siècle avec sa vieille reine, son vieux sénat, son vieux système de vote, sa vielle loi des indiens, tout sent le camphre, quand ce n'est la pourriture. On a vraiment besoin d'un grand ménage, mais aucun des partis n'a le courage de le faire.

    • Diane Gélinas - Abonnée 13 juin 2015 19 h 38

      Entre temps, ce même système britannique a permis à l'Écosse d'envoyer 56 députés nationalistes (sur 59) au Parlement de Londres.

      Alors, qu'est-ce qui empêcherait les Québécois de faire de même ?
      Le Bloc est le seul parti qui appuiera le Québec à 100% dans son choix.

      Espérons que ce sera la dernière élection fédérale du Québec et qu'aux élections de 2022, nous assistions à l'élection dans un pays distinct.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 14 juin 2015 07 h 05

      Ils n'aurons jamais le courage de faire cela, simplement parce que ce n'est pas dans leur intérêts. Imaginez un parti qui devrait partager le pouvoir avec un autre, et gouverner avec une coalition au pouvoir? C'est une abération sans nom, pour tout ces gens!

  • Gilbert Talbot - Abonné 13 juin 2015 10 h 48

    Résultats passagers.

    On ne peut absolument pas se fier sur ce premier sondage avec Duceppe dans le décor. La pré-campagne ne fait que commencer. Les coups de main et les coups bas sont pour la fin seulement.

  • Colette Pagé - Inscrite 13 juin 2015 11 h 13

    Dilemme à l'horizon !

    Ce sondage est révélateur d'une double tendance : D'abord, un BQ en hausse. Ce qui est une bonne nouvelle. Par contre, la mauvaise est le risque de revivre 4 ans d'un gouvernement conservateur majoritaire. Car, fidèle à son habitude, lorsque le ROC appréhende les risques de l'indépendance les électeurs canadiens votent majoritairement pour le parti le plus apte à défendre le Canada.

    Cette réalité, il faut le rappeler, s'est matérialisée lors du dernier scrutin : les Québécois votant NPD et le reste du Canada conservateur.

    Pour se débarrasser du gouvernement Harper, le vote stratégique exigerait que la vague orange se répète. Par contre avec l'arrivée du nouveau chef du BQ la donne et les pronostics peuvent changer. D'autant plus qu'aux débats des chefs Gilles Duceppe sera comme dans le passé un excellent tribun capable de défendre avec passion les intérêts du Québec.

    Autre sujet de réflexion : étant donné le retour de Gilles Duceppe reprendra-t-on les assemblées d'investiture portant sur le choix des candidats dans les comtés alors que ceux qui l'appuyaient ont préféré passer leur tour. Ne revient-il pas au chef du Parti en collaboration avec les membres de choisir les membres de sa future équipe.