Duceppe appelle à l’unité

Gilles Duceppe, en compagnie ici de sa conjointe, Yolande Brunelle, a officialisé mercredi matin son retour à la tête du Bloc québécois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gilles Duceppe, en compagnie ici de sa conjointe, Yolande Brunelle, a officialisé mercredi matin son retour à la tête du Bloc québécois.

C’est pour donner un « nouveau souffle » au Bloc québécois que Mario Beaulieu a cédé sa place à Gilles Duceppe pour qu’il reprenne les commandes du parti qu’il avait quitté après la défaite acerbe de 2011. Et à peine quelques heures après que ce pacte politique a été officialisé, déjà d’anciens bloquistes lorgnaient un retour au bercail. Quatre songent à se porter candidats, tandis que tous les autres consultés par Le Devoir mercredi prévoient de prêter main-forte. Une centaine de jeunes indépendantistes ont en outre salué ce changement de garde.

L’ex-leader parlementaire du Bloc Pierre Paquette ne s’est pas fait prier. Dès que Gilles Duceppe lui a annoncé son retour au Bloc québécois, la fin de semaine dernière, il lui a indiqué qu’il voulait lui aussi retrouver la formation souverainiste pour l’aider. M. Paquette « ne ferme pas la porte » à se porter candidat. Sinon, M. Paquette est prêt à endosser tout autre rôle que lui proposerait son ancien patron. « S’il a besoin de moi pour le contenu, pour l’organisation, que sais-je, je suis disponible », a-t-il dit au Devoir mardi.

Idem pour l’ex-élu Claude Bachand, qui n’était pas tenté par un nouveau mandat. Mais ce retour change la donne. Il veut d’abord parler à M. Duceppe, voir comment le leader voir les choses et s’il le voit, lui, dans son plan. « C’est sûr que ça me tente un peu », a-t-il confié.

La tentation semble être la même chez Jean-François Fortin, qui avait claqué la porte du Bloc après l’élection de Mario Beaulieu pour former son propre parti Forces et Démocratie. Saluant le retour de Gilles Duceppe — qu’il admire et qui l’a inspiré à se lancer en politique en 2011—, M. Fortin n’a rien exclu. « Il y aurait un contresens à fermer toute porte », a-t-il dit, car sa formation prône une collaboration avec tout autre parti qui souhaite défendre les régions, sans ligne de parti. M. Fortin a refusé de détailler davantage ses intentions, puisqu’il n’y a pas eu de main de tendue.

André Bellavance, qui était parti en même temps que M. Fortin, a pour sa part maintenu sa décision de ne pas briguer de nouveau mandat.

Mais l’ancien député Guy André avoue lui aussi lorgner une candidature. « Je ne suis pas catégorique. […] C’est sûr que quand je vois Gilles, ça me chicote un peu », a-t-il dit au Devoir.

Cet attrait de Gilles Duceppe, les bloquistes espèrent qu’il en séduira plusieurs, militants comme électeurs.

« Des bloquistes non pratiquants, il y en a beaucoup », a noté Marc Lemay. Avec M. Duceppe de nouveau en selle, ces derniers n’hésiteront plus à renouveler leur carte de membre ou à se porter candidat, espère-t-il.

Pascal-Pierre Paillé a renoncé à la politique active, mais le retour de M. Duceppe « c’est sûr que ça me donne le goût de revenir », dit-il. Pareil pour Jean Dorion et Nicole Demers, qui prévoient de redoubler d’efforts pour prêter main-forte.

« C’est sûr qu’avec Mario Beaulieu, on sentait qu’on avait un petit vent dans la face. Pis là, avec la venue de M. Duceppe, on a le vent dans le dos », a imagé Robert Bouchard.

Le retour au bercail de Gilles Duceppe a aussi été souligné par les jeunes bloquistes. Dans une lettre ouverte publiée en soirée mercredi, 101 jeunes indépendantistes dont le président du Forum Jeunesse du Bloc québécois, Louis-Philippe Sauvé, et le président du Comité national des jeunes du Parti québécois, Léo Bureau-Blouin, saluent en outre la décision de Mario Beaulieu, « un geste admirable pour la cause d’un peuple ».

Le changement de garde au Bloc s’est voulu en douceur, mercredi. « Ce n’est pas Duceppe à la place de Beaulieu. C’est Duceppe qui rejoint Beaulieu », a déclaré le nouveau chef aux côtés de celui qui lui a offert sa place près d’un an jour pour jour après avoir été élu à la tête du parti.

« Après un an d’efforts, malgré le travail acharné et le dévouement d’une petite équipe dynamique et créative, j’en suis arrivé à la conclusion que j’allais manquer de temps d’ici les élections », a expliqué M. Beaulieu. Il a appelé son successeur en renfort, car il se dit « convaincu qu’avec Gilles Duceppe comme chef, nous allons vers une nouvelle victoire du Bloc qui est cruciale pour tous les indépendantistes ».

Le bureau national a donné le feu vert à ce partenariat politique mardi soir. M. Beaulieu demeurera président. La décision sera entérinée en conseil général le 1er juillet. Une telle procédure n’est pas sans précédent : c’est le conseil général qui avait élu Michel Gauthier chef, après le départ de Lucien Bouchard pour Québec en 1996.

MM. Beaulieu et Duceppe ont en outre appelé tous les souverainistes, y compris les militants d’Option nationale et de Québec solidaire, à se rallier au Bloc en vue des élections d’octobre prochain.

Sur les réseaux sociaux, certains militants du Bloc ou d’ON ont critiqué la venue de M. Duceppe sans vote des membres. M. Beaulieu était réputé comme étant plus près d’ON. Pierre Paquette ne s’inquiète pas de cette réaction, estimant que ce sera « une minorité ».

Le chef d’ON a salué le courage de M. Beaulieu et accueilli l’appel au ralliement de M. Duceppe. « Les idées de M. Beaulieu sont celles qui nous ont fait appuyer le Bloc québécois depuis un an, nous sommes rassurés de voir que le changement de chef ne remettra pas en question l’orientation pour laquelle les membres du Bloc avaient voté il y a un an », a indiqué Sol Zanetti.

Le fédéral n’a pas peur

M. Duceppe a par ailleurs lancé sa première salve de critiques préélectorales. Le NPD de Thomas Mulcair, « c’est le Canada d’abord et le Canada tout le temps. […] On a essayé avec les libéraux de [Pierre Elliott] Trudeau, avec les conservateurs de Stephen Harper […]. À chaque fois on est déçus. Les intérêts du Québec ont pris le bord. Il est grand temps que le Québec retrouve une voix forte, et cette voix, c’est celle du Bloc québécois », a-t-il scandé.

Ses rivaux fédéraux ont tour à tour répliqué que, eux, offriraient une place au gouvernement aux Québécois. « Le Bloc québécois, ce n’est pas une question de chef de parti, c’est une question de pertinence d’être ici à Ottawa », a lancé le ministre conservateur des Affaires intergouvernementales, Denis Lebel.

Thomas Mulcair a argué que le NPD « veut ouvrir toutes grandes les portes ici à la Chambre des communes pour que le Québec rentre en force ». Une promesse reprise du côté libéral, Justin Trudeau notant que le Bloc est « une option que les Québécois ont mise de côté à la dernière élection ».

La valse-hésitation de Duceppe

Juin 2005 Les sondages donnent Gilles Duceppe grand favori pour succéder à Bernard Landry comme chef du PQ. Il consulte son entourage mais décide de ne pas se présenter.

Mai 2007 M. Duceppe annonce officiellement qu’il se lancera dans la course au leadership. Il retire sa candidature 24 heures plus tard et se range derrière Pauline Marois.

Août 2011 L’ex-chef bloquiste devait être chroniqueur à l’émission Médium large, mais il revient sur sa décision en raison « d’un malentendu sur la nature de son mandat ».

Janvier 2012 Alors que le leadership de Mme Marois est plus contesté que jamais, Gilles Duceppe teste ses appuis au sein du parti. Plusieurs évoquent un putsch. Il renonce à un retour en politique lorsqu’il se retrouve au centre d’une controverse liée à l’usage illégal de fonds au Bloc, allégations pour lesquelles il sera blanchi. En entrevue à L’actualité, Pauline Marois soutiendra plus tard que M. Duceppe envisageait bel et bien de la remplacer, mais qu’il exigeait d’être seul en lice.

Mai-juin 2014 Radio-Canada annonce que M. Duceppe sera analyste au Club des ex à l’automne suivant, mais il y renonce quand il apprend que son cachet serait déduit de sa pension de député.
Jessica Nadeau
53 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 11 juin 2015 04 h 33

    Magnifique!

    Juste à voir le nombre de gens que M.Duceppe rapatrie au bercail naturelle, je m'impatiente devant l'arrivé de la prochaine élection!

  • Chantale Desjardins - Abonnée 11 juin 2015 07 h 09

    Saluons de retour Duceppe

    Gilles Duceppe comme M. Parizeau n'auraient pas dû démissionner après la défaite.
    Mais rien ne sert de revenir sur le passé mais de regarder vers l'avenir. Nous sommes sur la piste qui nous mènera vers un pays et avançons lentement mais sûrement.
    Bon succès à M. Duceppe et merci à son épouse.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 11 juin 2015 07 h 25

    Bon retour d'exil

    Un retour fort à propos puisque sans lui le Bloc allait nulle part. Duceppe va certainement raviver la ferveur nationaliste des Québécois et s'il participe aux débats télévisés, ça sera encore mieux car de tous les «débateurs», c'est de loin le meilleur.

  • Yves Petit - Inscrit 11 juin 2015 07 h 45

    Manque de jugement

    L'élection d'André Boisclair et Mario Beaulieu montre à quel point beaucoup de citoyens puevent manquer de jugement et de flair dans le choix d'un chef de parti.

    Il était évident, même pour un enfant de sept ans, que ces deux-là ne "pogneraient" pas.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 11 juin 2015 08 h 51

      Vous avez tort en ce qui concerne Boisclair. Au contraire de ce que vous dites, au moment de son élection avant que n'éclate le «scandale», Boisclair avait ravivé la flamme nationaliste chez les plus jeunes. Et c'est la raison pour laquelle pour les fédéraux, il est devenu l'homme à abattre d'où la «job de bras» à son égard par Gesca (empire Desmarais) et radio-can. Et les enfants de sept ans, comme il fallait s'y attendre, sont tombés dans le panneau.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juin 2015 10 h 27

      Pas si sûr que vous, monsieur Boulanger. Un personne près du PLQ m'a jadis dit qu'il était fort probable que bien des libéraux fussent devenus membres du PQ pour pouvoir voter pour Boisclair...

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juin 2015 10 h 32

      Considérons quelques fois récentes où un chef de parti a été élu par les membres: Pierrre-Marc Johnson, André Boisclair. Stéphane Dion, Michael Ignatieff. Kim Cambell. On verra pour M. Mulcair...

    • Jacques Boulanger - Inscrit 11 juin 2015 11 h 16

      À Sylvain Auclair :

      «Pas si sûr que vous, monsieur Boulanger.»

      Ce que vous dites ne m'étonnerais pas. Mais alors, cela voudrait dire que l'Affaire Boisclair est un coup monté de toute pièce par les fédéraux ? Encore moins étonnant, connaissant les tactiques fédérales, style Chrétien-Dion, à l'égard des séparatistes.

  • Hélène Gervais - Abonnée 11 juin 2015 07 h 53

    Je suis bien contente que le BLoc reprenne sa place mais ...

    Je ne sais plus que faire; il faut que les conservateurs partent au plus vite et le Bloc ne pourra jamais gouverner, ce n'est pas un parti fédéraliste, ce qui est bien. Mais que faire alors, voter pour le Bloc en tant que souverainiste ou voter pour le NPD pour qu'il prenne le pouvoir à Ottawa? 6 mois ce n'est pas beaucoup pour prendre une décision.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 juin 2015 10 h 22

      Voici votre réponse madame : Un jour, il ne sera plus important pour les Québécois qui rêgne à Ottawa. Forçons pour que ce jour arrive le plus vite possible en concentrant notre attention à nos affaires à tous les paliers de gouvernements, pour l'instant.

      PL

    • Pierre Laliberte - Abonné 11 juin 2015 10 h 29

      Le prochain gouvernement sera vraisemblablement minoritaire. À moins que vous ne soyiez dans un des quelques comtés au Québec où les conservateurs ont une véritable chance de gagner, vous pouvez voter pour qui vous voulez.