Trois des membres les plus puissants au Sénat visés par le VG

Ottawa — Trois des membres les plus puissants du Sénat ont fait des réclamations de dépenses injustifiées aux yeux du vérificateur général. Deux d’entre eux comptent contester le verdict.
 

Le président de la Chambre haute Leo Housakos, le leader du gouvernement au Sénat Claude Carignan et le leader de l’opposition James Cowan ont confirmé jeudi qu’ils faisaient partie des sénateurs nommés dans le très attendu rapport du vérificateur général Michael Ferguson.

M. Housakos soutient qu’on lui réclame environ 6000 $ en lien avec des contrats administratifs. Il a dit avoir l’intention de contester cette réclamation auprès de l’arbitre qui a été nommé la semaine dernière pour gérer le processus.
 

Le président de la Chambre haute a précisé qu’il a déjà accepté de rembourser un montant de 1600 $ qui avait été réclamé par l’un de ses employés pour des trajets entre Ottawa et Montréal. M. Housakos a soutenu que l’employé en question lui donnait un coup de main alors qu’il coprésidait une activité de financement destinée à amasser des fonds pour une organisation à but non lucratif de Montréal.

 

Le sénateur Carignan a quant à lui déjà remboursé en mars quelque 3000 $ en frais de voyagement qui avaient été réclamés par erreur, a-t-il assuré, par l’un de ses employés.


En désaccord

De son côté, le sénateur Cowan a précisé qu’on lui réclamait une somme d’« un peu plus de 10 000 $» — un remboursement auquel il compte lui aussi s’opposer.

 

« Je veux juste confirmer que je suis nommé dans le rapport. Je suis respectueusement en désaccord avec le vérificateur général concernant certaines dépenses de voyage que j’ai faites en 2011 », a-t-il dit en mêlée de presse.


Il a plaidé que ces dépenses avaient été encourues dans le cadre de ses fonctions et assuré que les réclamations soumises étaient appuyées par « toutes les factures et cartes d’embarquement » requises, puis traitées par l’administration du Sénat en 2011.

« Aucune information supplémentaire n’a été demandée [à l’époque]. Et voilà que quatre ans plus tard, le vérificateur général suggère que j’aurais dû posséder ou conserver plus d’informations, ce que je n’ai tout simplement pas », a poursuivi le sénateur Cowan.

Le leader de l’opposition au Sénat n’a pas été le seul à décocher une flèche en direction du bureau du vérificateur général Michael Ferguson : le sénateur québécois Jean-Guy Dagenais a de son côté remis en question les méthodes d’enquête de l’agent indépendant du Parlement.

« Moi, quand je faisais mes enquêtes, je ne les faisais pas comme ça. […] Disons peut-être que j’y allais plus en profondeur », a suggéré celui qui a été policier à la Sûreté du Québec

Il a ensuite laissé entendre que l’opération a été nettement trop coûteuse à la lumière des résultats qui en découlent.

« Il ne faut pas oublier que ça a coûté 20 millions, 20 millions, aux contribuables […] pour trouver cent quelque mille de dépenses ; on verra si ça vaut la peine », a poursuivi le sénateur.


Audit sans précédent
 

Les sénateurs se préparent à une avalanche de critiques — la plupart devraient venir des députés — lorsque les conclusions d’un audit sans précédent de leurs dépenses, réalisé sur deux ans, seront publiées mardi prochain.

Les dépenses de neuf autres sénateurs ont été jugées suffisamment graves pour justifier une enquête de la GRC.

Certains sénateurs ont soutenu que les députés n’ont aucun droit de juger ce qui se passe au Sénat alors qu’ils ne sont pas prêts eux-mêmes à se plier au même genre de surveillance.

À Ottawa, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a laissé peu de doute quant à sa position sur une possible abolition du Sénat : « Quand l’arbre est trop malade, faut l’arracher. »